La réponse de Saïed à ses détracteurs est venue hier à partir de Sidi-Bouzid, la ville symbole de la Révolution et point de départ du Printemps arabe. Son apparition publique le soir sous les ovations des citoyens de Sidi-Bouzid scandant des slogans exprimant leur refus de la bande des frères musulmans, appelant à la dissolution du Parlement, à consacrer la volonté du peuple et à réaliser les objectifs de la révolution, fut un défi aux protagonistes politiques incapables de se déplacer sur le terrain et de mesurer leur popularité à l’aune des bains de foule. Épinglant les dizaines de manifestants qui se sont rassemblés samedi dernier sur les marches du Théâtre Municipal à Tunis pour « dénoncer un coup d’État et une dérive démocratique et constitutionnelle », le Chef de l’État a qualifié cette manifestation d’une « comédie médiocre dont le réalisateur qui est connu (NDLR : Moncef Marzouki), n’est qu’un éternel perdant ».

« Je suis venu m’adresser à vous la nuit à un moment où les comploteurs se rencontrent dans les hôtels et les endroits mal famés où l’alcool et l’argent coulent à flots pour ameuter quelques dizaines sur les marches du Théâtre municipal, pour vous parler de la révolution et de l’explosion révolutionnaire qui a eu lieu à Sidi-Bouzid. Je suis venu vous dire que je tiens toujours ma promesse et mon engagement avec le même slogan : le peuple veut », a-t-il souligné.

Il a encore une fois indiqué que la révolution a commencé le 17 décembre et que le 14 janvier est la date de la contre-révolution. Le président de la République a rappelé que le péril était à la fois externe et interne rappelant à ce propos que des millions de dinars étaient déboursés pour nuire à son image ainsi que pour tenter à son intégrité physique par assassinat.

Il a à cet effet indiqué que le péril n’était pas uniquement à cause de la pandémie mais que son sens du devoir lui imposait d’agir pour sauver un pays à la dérive et pour sauver l’État. « Le péril est encore là et je ne laisserai pas l’État comme un jouet aux mains des marionnettistes », a-t-il martelé. Le chef de l’État s’est aussi attaqué à ceux qui font croire qu’ils luttent contre la corruption alors qu’ils ont volé les signatures de parrainage pour les élections. Il a dans le même sillage fustigé l’action législative des députés qui « votaient l’article moyennant la somme de 150 mille dinars ».

Ne me parlez pas de transition démocratique, a-t-il asséné, c’était plutôt une transition de corruption à corruption et de détournement à détournement. C’est pourquoi, il fallait selon Saïed recourir à l’article 80 de la Constitution et de promulguer les mesures exceptionnelles.

« Ces mesures pouvaient être plus sévères mais j’ai préféré traiter avec eux selon les textes de loi et selon une éthique politique démocratique », a-t-il ajouté. Pour ceux qui lui reprochent trop de lenteur dans son action et qui l’accuse de perplexité et de doute, il a dit « J’ai pris le temps pour séparer la bonne graine de l’ivraie et de choisir entre les vrais patriotes et les traîtres. La question n’est celle d’un gouvernement mais celle de tout un système. J’ai pris ces mesures non pas pour distribuer les postes mais pour sauver l’État.

Aujourd’hui, les feuilles de mûrier sont tombées, les opportunistes sont à nu devant le peuple et seuls les citoyens libres sont restés inchangés ». Au cours de son allocution, Saîed a réitéré son engagement à respecter les droits et libertés des citoyens et a promis de consolider et de corriger le processus démocratique. Il a promis de respecter l’esprit de la Constitution et de veiller à ce que personne ne volera la liberté acquise. À un moment où les défis se succèdent et où la Tunisie « connaît de nombreuses crises inventées car elles servaient comme un outil de gouvernance, notre détermination est grande pour les surmonter », t-il asséné.

Le Chef de l’État a rassuré qu’il n’y a pas de place pour le recul et a promis de révéler la vérité complète en temps opportun.

Charger plus d'articles
Charger plus par Chokri Ben Nessir
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire