Ouverture hier des états généraux du livre en amont du sommet de la francophonie qui se tiendra au mois de novembre à l’île de Djerba. L’occasion de réfléchir sur le marché du livre en langue française, notamment avec peu de livres tunisiens publiés en France et une déferlante de livres français vendus à des prix parfois inabordables en Tunisie.


Sylvie Marcé, commissaire générale des états généraux du livre

Demandez aux créateurs littéraires qui s’expriment dans la langue de Molière  parfois avec excellence. De redoutables narrateurs,   en voie de disparition d’ailleurs, et ils vous répondront. «Il est presque impossible pour un auteur francophone de se faire publier en France». Le marché, lui, est presque inaccessible. Cette réalité dure depuis plus d’un demi-siècle…  L’âge de la Francophonie. Un marché quasi-exclusivement développé en France, et dans les pays européens, à 95%. Les derniers 5% concernent le «reste du monde», en majorité des pays du Sud, où la population francophone est pourtant importante.Les chiffres du Bureau international de l’édition française nous permettent de mesurer le prix moyen des livres dans ces différents pays, de le comparer aux revenus du PIB en parité de pouvoir d’achat et donc de pouvoir estimer quelle est la part du prix d’un livre par rapport au pouvoir d’achat mensuel des familles. En France, un livre pèse 0,34% du pouvoir d’achat moyen mensuel d’un français. Dans les pays d’Afrique, si le livre est produit localement, il pèse déjà 4,1% du pouvoir d’achat, ce qui veut dire déjà 12 fois plus. Et pour un livre importé, c’est 9,1% du pouvoir d’achat, ce qui veut dire près de 30 fois le prix du livre pour un Français. Dans une interview accordée à France culture, Sylvie Marcé, la commissaire générale de ces états généraux déclare :

«A elle seule, la France pèse 85% des revenus générés par le livre en langue française dans le monde. Si l’on ajoute les pays du Nord, européens ou d’Amérique du Nord, cette part est de 95%. Pour l’ensemble des autres pays de la francophonie, il reste donc 5% de revenus qui correspondent à leur publication. C’est donc un marché très déséquilibré, surtout quand on voit la répartition de la population francophone dans le monde».

Le passage de l’économie du stock à l’économie du flux offre -t-elle une solution ? Les organisateurs de cet événement en parlent beaucoup ! Mais, à notre sens, le problème reste le même. La manière de diffuser le livre n’entre pas en compte dans le choix de l’auteur. Un auteur francophone venant de Tunisie, de Guinée ou de Côte d’Ivoire est passible de refus d’édition en ligne de la part d’un éditeur français tout comme il l’était dans la version «stock». Sur un autre plan, l’ère du flux peut rendre, certes, le livre numérique plus accessible pour un lecteur tunisien, mais techniquement, c’est une opération impossible, puisque le commun des lecteurs ne possède pas une carte paypal ou une carte de paiement international dans son portefeuille. Pour revenir à notre question principale, un auteur francophone venant de Tunisie, de Guinée ou Côte d’Ivoire a-t-il l’espoir un jour d’être diffusé de manière égale ou presque à un écrivain français ? 

Dans son entretien, Sylvie Marcé ajoute que «La France a un rôle particulier à jouer car elle est leader de ce marché, elle est très structurée, avec une grande expérience».  Attendons voir ! 

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