Ne nous voilons pas la face. L’échec de la transition démocratique a compromis le développement économique et social qui pouvait conduire le pays à la faillite et au chaos. La grogne populaire montante exacerbée par les effets de la pandémie, qui a mis à nu la fragilité d’un système politique exploité au profit des lobbies politiques, économiques et financiers, a signé son arrêt de mort.

L’activation de l’article 80 assortie par des mesures exceptionnelles a trouvé un large écho favorable auprès des citoyens qui ont applaudi des deux mains les décisions présidentielles et lui ont demandé d’aller de l’avant. Il n’empêche, les pressions exercées de part et d’autre pour un retour rapide à la légalité constitutionnelle et pour opérer les changements requis par le biais du Parlement avaient pour objectif de destituer le Président pour « violation de la Constitution ». Une option plus risquée et non moins dangereuse qui pouvait faire entrer le pays dans une phase de guerre civile. En promulguant de nouvelles mesures exceptionnelles, le Chef de l’État a perdu ses derniers soutiens politiques et s’est exposé ouvertement aux réprimandes de la communauté internationale qui tient à ce que le modèle démocratique tunisien reste une boussole pour les pays arabes. C’est pour dire que la prochaine période sera dure où les trous d’air seront partout. Mais maintenant les dés sont jetés et l’on se dirige vers un nouveau régime politique dont les contours ont déjà été dessinés dans le décret présidentiel publié au Jort le jeudi 22 septembre. Ces projets de révisions ont déjà provoqué une levée de boucliers parmi les acteurs politiques majeurs et la société civile. Le débat tourne de nouveau autour de la constitutionnalité de ces mesures prises de façon unilatérale et supraconstitutionnelle. Une inquiétude légitime, mais qui n’apporte pas de solutions aux vrais maux qui traumatisent le pays.

Pour apaiser un peu la tension qui monte et pour étouffer la braise qui couve sous la cendre, le Chef de l’État devrait ouvrir la voie au dialogue et rassurer les Tunisiens quant à la bonne marche pour l’établissement d’un véritable régime démocratique dans lequel le peuple sera le vrai détenteur de la souveraineté et la source des pouvoirs. Après la force dont il a fait montre, Saïed est appelé à faire preuve de courage en agissant en tant que Président rassembleur et non pas en tant qu’acteur de la division et de la confrontation. En politique, il n’y a pas de principes immuables et de position finale. L’intérêt du pays et des Tunisiens devrait être le socle qui unit tous les citoyens autour d’un projet commun qui balise la voie à plus de démocratie, à plus de prospérité et plus de cohésion. Une fracture entre les Tunisiens ne peut que miner davantage la situation et provoquer des orages. Nelson Mandela ne disait-il pas que “Cela semble toujours
impossible jusqu’à ce qu’on le fasse”.

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