Dans le domaine de l’eau, aujourd’hui, une certitude s’impose : la demande est en croissance continue alors que la ressource semble plafonner. C’est une situation de tension qui interpelle le politique et, à l’horizon 2050, le risque de pénurie nécessitera de concilier rationalité économique et équité sociale, développement et préservation du milieu. L’utilisation abusive de l’eau, ressource qui se raréfie, pourrait avoir des conséquences néfastes sur l’économie dans son ensemble, si ce n’est déjà le cas. Cette alerte est récente, mais la menace n’est pas nouvelle.

Aujourd’hui, la soif de l’économie nationale en or bleu est telle que, malgré la pénurie, la forte demande, tirée par de grands secteurs, ne cesse de croître. De fortes demandes qui se chevauchent par moments. L’heure est venue d’en payer le prix, à défaut de trouver immédiatement des solutions au manque d’eau, principal intrant dont la pénurie peut conduire les grands secteurs de l’économie nationale à l’étranglement.

La croissance démographique et la raréfaction des ressources hydriques augurent une pénurie d’eau en devenir. La croissance démographique et les changements climatiques, et, de ce fait, l’accès à l’eau potable pour la population, constituent un défi majeur pour la Tunisie dans les décennies à venir.

L’accès durable aux ressources en eau est une préoccupation majeure qui concerne tous les pays du bassin méditerranéen. Le changement climatique  et la croissance urbaine et démographique attendus dans la région risquent d’aggraver la situation de stress hydrique qui frappe déjà la plupart des pays de la Méditerranée.

La Tunisie est classée  parmi les  pays pauvres en eau, arides ou semi-arides. Un  problème lancinant qui ne cesse de s’accentuer d’une année à une autre et auquel il faudrait trouver des solutions.

D’après Dr Hatem Jemmali, enseignant universitaire en Sciences économiques,  « si le volume d’eau disponible par année par personne est entre 1.000 m 3 et 500 m 3, on commence à parler d’un manque d’eau chronique. Et si cette quantité est inférieure à 500 m 3 par personne et par année, on parle de rareté d’eau absolue».

Cependant, en Tunisie, la moyenne de disponibilité de l’eau par personne par année ne dépasse pas 420 m 3 en temps normal. Ce chiffre diminue de moitié pendant les années de sécheresse, précise Hamadi Habaïeb, directeur général du Bureau de la Planification et des Equilibres Hydrauliques.

En effet, durant les six dernières années, on ne compte qu’une  seule année pluviale sur cinq années de sécheresse, sachant que les deux dernières années sont des années de sécheresse.

Bien que  la Tunisie dispose  de 37 barrages situés pour la plupart dans le Nord et le Nord-Ouest, leur approvisionnement en eau ne dépasse pas les 33%. Quant à l’apport général en eau, il n’excède  point les  42%.

Gestion de la demande en eau

La Tunisie fait aujourd’hui face à un défi plus grand : la pénurie d’eau. Et pour cause, en plus du réchauffement climatique, on enregistre une consommation excessive de cette ressource rare. En effet, au cours des dernières décennies, le pays a connu une forte et rapide augmentation de la demande globale en eau qui nécessite un plan de gestion qui a pour objectifs de réduire à la fois les «inutilisations» d’eau prélevée et les «mauvaises utilisations», c’est-à-dire les gaspillages du point de vue aussi bien physique qu’économique.

Il s’agira de lutter contre les «surconsommations», d’adapter au mieux les demandes aux conditions des offres et de favoriser les demandes les plus valorisantes.

Cela implique de «faire des économies d’eau à chacune des étapes du transport, du stockage et de l’usage, favoriser la «réutilisation, planifier l’allocation sectorielle des ressources suivant des critères socioéconomiques qui influent la demande en eau.

De même, le pays affronte, depuis des années, une nouvelle phase critique de développement et de gestion de ses ressources en eau. La raréfaction des ressources renouvelables, la détérioration continue de la qualité des eaux et l’accroissement du coût de leur mobilisation génèrent des problèmes chroniques qui sont de nature à déclencher les crises politiques et sociales.

Risques réels

Il parait aujourd’hui que le «Système eau» fonctionne de plus en plus aux limites et peut être confronté à des risques réels de pénurie-disponibilité en terme de quantité, et à des problèmes de qualité.   

D’après le ministère de l’Agriculture, «les ressources en eau subissent en Tunisie des pressions anthropiques accrues liées, entre autres, à la forte croissance démographique et urbaine ainsi qu’au développement économique qui poussent la demande en eau à la hausse de sorte que l’eau devient de plus en plus rare. Cet état de fait sera potentiellement aggravé par les effets des changements climatiques».

Actuellement, les défis majeurs du secteur de l’eau dans notre pays se résument notamment en plusieurs facteurs dont la protection des eaux souterraines contre la surexploitation. En effet, le taux d’exploitation des nappes profondes est estimé à 126%. «La prolifération des forages illicites ne fait qu’aggraver la situation. L’eau des nappes exploitée en mode d’accès libre exige en réalité un système de gestion associant tous les usagers, mais les expériences pour une gestion locale participative des eaux souterraines restent jusque-là limitées».

D’autres facteurs non moins importants constituent des défis majeurs dont la lutte contre l’érosion et l’envasement des retenues, la gestion de la pollution hydrique, la valorisation économique de l’agriculture irriguée, l’utilisation efficiente de l’eau, la relance de l’agriculture pluviale…

Volet sécurisation de l’alimentation en eau potable, le dernier rapport national sur  le secteur de l’eau indique que le déséquilibre offre-demande dans plusieurs systèmes est à l’origine de la majorité des perturbations du service de l’eau vécues pendant la pointe de la consommation. Cela s’est aggravé par l’état des réseaux dont le rendement global est en baisse continue.   

De nombreux défis persistent, et les efforts doivent s’accélérer et prendre plus d’ampleur pour lutter contre les problèmes critiques de surexploitation des eaux souterraines , les risques à court terme et dégradation des services des fournisseurs d’eau, la perte en qualité continue des eaux , les gaspillages…

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Un commentaire

  1. Maghzaoui

    29/09/2021 à 11:48

    Par ce présent message, j’invite quelques journalistes Tunisiens à se rendre en visite à la wilaya El Oued en Algérie, ville frontière avec la Tunisie et vous allez vous rendre compte par vous-même que cette wilaya, avec l’aide de l’État central a pu exploiter la nappe phréatique qui se trouve à leurs pieds au Sahara. La région d’ El Oued est devenue un Paradis sur terre, avec des productions en légumes dépassant toutes prévisions et le contre verse, c’est que la région d’ El Oued est devenue une grande exportatrice en légumes à destination de toutes les Wilayas en Algérie qui souffrent de la sècheresse. Cette même nappe phréatique se prolonge à Nefta voir même au grand Erg oriental Tunisien. Je suis persuadé qu’avec la volonté des dirigeants non corrompus, le problème de l’eau sera en grande parie résolu en Tunisie.

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