Le film d’Anis Lassoued «Une seconde vie» vient d’être sélectionné dans la compétition officielle d’un grand festival arabe. A l’occasion, nous avons eu cet entretien avec lui où il parle du non-respect des cinéastes tunisiens par l’administration des JCC et de la démission de cette dernière.


On croit savoir que vous avez refusé que votre film «Une seconde vie» soit projeté dans la section Regards sur le cinéma tunisien lors des JCC…

Oui, je le confirme ! J’ai inscrit mon film dans la compétition officielle. Il n’a pas été sélectionné. Soit ! Même si on aurait aimé que le jury soit composé de professionnels du métier, plus connaisseurs du cinéma tunisien, de sa production et de sa distribution… Mais je respecte les résultats. Cela étant dit, ce qui nous met en colère, c’est le manque de respect avec lequel la direction des JCC nous traite et traite la production nationale en général.

Pourquoi ?

Parce que nous n’avons reçu aucun courrier officiel nous informant de la sélection ou non-sélection du film. On apprend les résultats, comme tout le monde, via les réseaux sociaux ! Tous les festivals du monde envoient un courrier donnant suite à l’inscription des films, ce qui témoigne du respect des cinéastes postulants, producteurs et/ou réalisateurs. Pour certains, cela peut paraître banal, mais pour les professionnels, cela dénote d’un total irrespect des cinéastes, qui relève soit de l’ignorance des règles du travail, soit de la désinvolture.

De surcroît, on nous envoie un courrier tardif nous annonçant que notre film a été sélectionné à la section «Regards sur le cinéma tunisien» ! Cette invitation nous choque et nous met encore plus en colère. On n’a pas inscrit notre film dans cette section. D’ailleurs, c’est une section qui n’existe même pas, initialement, dans le règlement général des JCC-édition 2021. Cette section créée par l’administration des JCC ne participe pas donc à une logique de promotion du cinéma tunisien, mais constitue clairement un moyen pour satisfaire les uns, ne pas fâcher les autres et surtout nous «utiliser» et utiliser nos films, sans aucune vision, ni aucun intérêt pour leur distribution.Ce qui montre une totale démission des responsables des JCC. Ces démissionnaires ont ainsi laissé la place à des gens qui profitent de tout, ouvrant la porte à tous les abus et dérapages.

Selon vous, pourquoi les associations professionnelles n’ont pas été représentées au jury ?

Elles ont, peut-être, été écartées pour que justement avec la situation démissionnaire des responsables, les secondes mains soient libres et fassent dans les accointances. D’ailleurs, c’est ce genre d’histoire qui a affaibli les JCC. Notre festival national a effectivement perdu de son rayonnement dans la région et ailleurs, à cause des responsables de ces dernières années. C’est devenu trop personnel, trop d’intérêts privés en jeu… Il y a même des gens qui n’ont aucun rapport avec l’industrie cinématographique et qui représentent les cinéastes.

L’administration des JCC tourne carrément le dos à la politique de l’Etat car si elle suivait une véritable logique de promotion du cinéma tunisien, en détresse à cause de la crise sanitaire, et était en phase avec la politique de relance du secteur du cinéma suivi, dès le début de la crise, par le ministère de la Culture et le Cnci, elle aurait sélectionné cinq films tunisiens, par exemple, faisant une exception à la règle des trois films comme beaucoup de festivals dans le monde. Pour moi, c’est important pour aider les cinéastes et les producteurs à faire vivre l’embryon du box office tunisien qui commence à se dessiner et à relancer la dynamique commerciale.

Sur un autre plan, elle aurait associé dans l’organisation de cette édition spécial post-covid l’Association des réalisateurs et le Syndicat des producteurs. A y  regarder de près, aujourd’hui les films tunisiens ont plus de visibilité dans les autres festivals étrangers (arabes ou internationaux) que dans les JCC. Il faut s’attendre à une réelle désertion des réalisateurs tunisiens de leur festival national.

Au non-respect des cinéastes, s’ajoute la démission des responsables des JCC 2021, en décalage par rapport aux enjeux de la relance du secteur culturel en général et cinématographique en particulier en cette phase de reconstruction fragile et délicate.

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