Tous les voyants sont au rouge. La crise économique, l’instabilité politique et la détérioration de la situation sociale étouffent les entreprises qui peinent à se projeter dans le futur. A en croire les résultats du Baromètre EY 2021, l’horizon s’assombrit pour les entreprises en Tunisie. Le taux des entreprises qui s’attendent à une régression de leur situation interne est passé de 9% en 2020 à 19% en 2021. 63% des dirigeants estiment que l’activité de leurs entreprises serait menacée sur un horizon inférieur à 2 ans

De la résilience malgré une conjoncture politique, économique et sociale très difficile mais aussi des craintes quant à l’avenir. C’est ce qui a été mis en évidence par le baromètre EY 2021 des entreprises en Tunisie. Les chiffres, qui ressortent de la dernière édition de cette enquête qui s’intéresse de près aux préoccupations des entreprises basées en Tunisie, révèlent un optimisme timoré et, en même temps, une peur de l’avenir qui gagne du terrain et qui est alimentée par une situation économique détériorée. Un webinaire a été organisé, mercredi 6 octobre, pour braquer les projecteurs sur les résultats de la dernière édition de l’enquête. Lancée au mois de mai et clôturée en  septembre, le baromètre a été réalisé durant une période particulièrement difficile où une nouvelle vague virulente  de la pandémie covid 19 vient s’ajouter  à un blocage politique et une forte dégradation de la situation économique. Présentées par Mounir Ghazali,associé EY Tunisie, les statistiques du baromètre, qui a été réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 250 entreprises, ont permis de déceler les appréhensions des entreprises en Tunisie.

Des inquiétudes qui s’amplifient 

En effet, en 2021, le pessimisme des dirigeants monte d’un cran. Près de 82% d’entre eux ont évalué de mauvaise la situation politique, un niveau jamais atteint dans les baromètres EY précédents. Cette proportion était de 47% en 2020. La succession des conflits et des blocages politiques tout au long de l’année a nettement affecté la perception des chefs d’entreprise.

S’agissant de la situation économique et sociale, 69% des sondés estiment que la conjoncture est mauvaise. Un taux inédit en comparaison avec les résultats des éditions précédentes. Selon Ghazali, ces inquiétudes  sont alimentées par la récession historique, provoquée par la crise liée au coronavirus. 

Le taux des chefs d’entreprise qui  s’attendent à une forte dégradation de la situation économique et sociale  a quasi doublé par rapport à 2020, pour atteindre 43%. 

Naviguer entre l’optimisme et l’incertitude 

Pour le monde des entreprises, la date du 25 juillet n’est pas anodine. Les effets des événements politiques qui se sont déroulés, ces jours-ci, ont impacté la perception des dirigeants de l’évolution de la situation économique et sociale. Alors que le taux des répondants pré-25 juillet qui s’attendent à une légère amélioration de la situation économique et sociale est de 12%,  il  est passé à 33% chez les répondants post-25 juillet. 

Les entreprises estiment que l’impact de la crise politique et économique devrait s’inscrire dans la durée puisque la part des dirigeants qui s’attendent à une régression de leur situation interne est passée de 9% en 2020 à 19% en 2021 tandis que le taux de ceux qui prévoient une stabilité de leurs activités reste pratiquement constant aux alentours de 45%. Seul 1% d’entre eux se projette dans le futur et s’attend à une forte amélioration de la situation de leurs entreprises. Selon les chefs d’entreprise,  les trois principaux éléments qui ont un impact décisif sur l’activité de leurs  entreprises sont la conjoncture économique et sociale (27% d’entre eux), la situation politique (23%)  et le cadre d’investissement (13%). 

Les dirigeants d’entreprise sont particulièrement pessimistes à l’égard de la résilience de leurs activités et de l’évolution du climat des affaires. Les chiffres sont alarmants et traduisent des craintes et des inquiétudes qui s’amplifient d’une année à l’autre.   Le taux des chefs d’entreprise qui s’attendent à une forte dégradation du climat d’investissement est passé de 18% en 2020 à 41% en 2021. 63% d’eux estiment que leurs activités seraient menacées sur un horizon inférieur à 2 ans. Ce chiffre était de 55% en 2019. 

Des efforts d’adaptation aux changements du marché 

L’enquête a également mis l’accent sur la détérioration de la capacité des entreprises à investir, due à la fois à la baisse des chiffres d’affaires ainsi qu’à l’hostilité de l’environnement économique et social.

Si 30% des dirigeants déclarent une baisse de leur chiffre d’affaires en 2020, seulement 23% affirment une amélioration de la situation de leurs entreprises. Sur le plan investissement, 21% des dirigeants comptent réduire leurs investissements en Tunisie dans l’année à venir. Le nombre des  sociétés qui vont augmenter leurs investissements continue sa baisse pour cette édition et s’établit désormais à 24% du total des entreprises de l’échantillon,  contre 30% en 2020 et 35% en 2019. 

L’innovation, la croissance du portefeuille de produits et de services ainsi que la structure organisationnelle sont les 3 chantiers prioritaires pour les chefs d’entreprise à court terme.  En outre, un défi d’adaptabilité au client et au marché s’impose pour les entreprises à moyen terme. Mettre le cap sur l’innovation, se confirme en tant que priorité pour les dirigeants d’entreprise, et ce, afin de  mieux s’adapter au marché. En effet,  42% des répondants affirment vouloir miser sur l’accélération de la génération d’idées tandis que 36% ont opté pour “l’innovation inspirée par le client”. 

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