Avec une moyenne annuelle de 50 collectes par an, ces deux dernières années —à cause de la crise sanitaire du Covid-19 et ses complications— qui est loin d’être suffisante pour répondre aux besoins, il est grand temps désormais de revenir à une moyenne de 150 collectes afin de combler le déficit actuel dans les banques de sang.


Avec l’approche de la célébration de la Journée mondiale du don d’organes prévue le 17 octobre, il faut rappeler dans la foulée l’importance du don de sang. Le don de sang est un geste crucial qui sauve de nombreux malades et de blessés en situation d’urgence. Entretemps, il est utile de rappeler combien les cliniques et les hôpitaux sont actuellement en manque de sang, surtout au moment de recevoir un patient pour une opération chirurgicale lourde, notamment pour les maladies cardio-vasculaires. L’Association tunisienne pour la promotion du don de sang (Atpds), avec à sa tête Dr Mohamed Sadok Boudaya, fait partie des associations qui privilégient le don du sang tous azimuts, au détriment de toute considération superflue ou secondaire comme le fait de refuser parfois à certains ressortissants étrangers de pratiquer le don du sang, chose incompréhensible. Un homme milite dans ce sens. Dr Boudaya, Professeur agrégé de la faculté de Médecine de Tunis et chirurgien thoracique à l’hôpital Charles-Nicolle, se livre à l’opinion publique pour qu’elle saisisse l’importance de ce geste. Il est le président de l’Atpds, créée en 2002, qui est une association tunisienne à but non lucratif ayant pour objectifs : la sensibilisation au don de sang, l’organisation de collectes de sang… .

Elle encourage les jeunes à devenir des donneurs réguliers. «Notre association vise également la vulgarisation du don du sang pour constituer de plus grandes réserves de stocks de sang à travers le recours aux jeunes. Parce que ces jeunes-là représentent l’espoir d’avoir durablement des donneurs», affirme notre interlocuteur. L’Etat, quant à lui, est représenté par deux établissements de santé qui ont le contrôle exclusif et la pratique des prélèvements polysanguins : l’unité centrale de transfusion sanguine à Bab Saâdoun et les banques de sang à l’hôpital Charles-Nicolle.

L’Atpds, qui est une organisation non-gouvernementale, bénéficie de l’appui permanent de ces organisations gouvernementales. Elle est quasiment la seule en Tunisie qui travaille sur la sensibilisation au don du sang puisque l’association des donneurs de sang dont l’activité est très réduite œuvrait surtout à mobiliser un plus grand nombre de donneurs, sans plus. Une perte de vitesse marquée par une conjoncture qui ne doit pas faire oublier la nécessité d’encourager de nouvelles collectes de sang dans toute la République. «Il faut savoir qu’une collecte de sang rassemble 30 à 40 donneurs, ce qui a provoqué une baisse de deux tiers entre les saisons 2019-2020 et 2020-2021, passant d’une moyenne annuelle de 150 à 50 collectes», poursuit Dr Boudaya. Pourtant un don de sang est un don de vie…

Alors si «vous êtes A+, A-,B+, B-, AB+, AB-, O+ ou O-, vous êtes concernés par le don  de sang», tel est le message véhiculé par l’Atpds qui vise à mobiliser en masse les donneurs de sang où qu’ils soient et tout au long de l’année.

Tous les rhésus sanguins sont potentiellement donneurs, alors la question de donner ou pas de son sang ne se pose même plus à condition qu’on soit jeune et en bonne santé.

Baisse de la collecte de sang  

Nous avons demandé à Dr Boudaya pourquoi la Tunisie traverse une phase critique en termes de dons de sang et est-ce que par exemple la parenthèse pénible du covid-19 qui prend une meilleure tournure et la crise sanitaire qui s’en est suivie ont impacté négativement les quantités de sang collectées ces dernières années ? Dr Boudaya reconnaît cette réalité au moment de dévoiler la baisse drastique des collectes de sang ces deux dernières années. Il dévoile les raisons : «Au cours de la saison universitaire 2020-2021, la majeure partie des cours ont été interrompus, ce qui a eu une incidence sur les collectes de sang mais aussi au niveau des prélèvements. La baisse des réserves de sang conjuguée à une pénurie ont impacté négativement la santé des malades. Depuis 2002, les manifestations trimestrielles auprès des jeunes suscitent l‘espoir d’avoir des donneurs réguliers parmi les étudiants et les personnes âgées de plus de 18 ans qui habitent les foyers universitaires. Les collectes se déroulent en milieu universitaire mais aussi en milieu professionnel…».

Pour la représentation régionale, trois bureaux en dehors de la capitale ont été ouverts respectivement à Jendouba en 2014 puis à Gafsa et enfin à Sfax. Les réserves sont uniquement utilisées pour les urgences. Pour le reste, ce sont des dons familiaux qui permettent de combler le manque de sang lors d’une échéance opératoire d’un membre de la famille du patient. Dr Boudaya schématise : «Il y a une pénurie permanente qui résulte du manque de donneurs. Même si on obtient 240.000 poches, la situation n’est pas idéale, puisque l’excédent de réserves de sang n’est pas atteint. Il faut tabler dans le cas d’espèce sur l’objectif d’atteindre 300.000 donneurs». Toutefois, il évoque une bonne législation en la matière puisque la Tunisie ne connaît ni l’importation ni l’exportation du sang en dehors de son territoire. C’est une ligne rouge. «Tout citoyen âgé entre 18 et 55 ans a la possibilité de donner de son sang. Par la suite, le sang collecté  est traité pour éliminer les risques d’hépatite, de syphilis ou de sida éventuellement présents dans le sang du donneur», termine Dr Boudaya. Pour rappel, la journée nationale du don de sang est célébrée le 8 avril et la Journée mondiale le 16 juin de chaque année. Un appel au don est vivement lancé à l’endroit de chaque citoyen tunisien ou étranger pour se rendre dans les centres de collecte et contribuer à sauver une vie ou plusieurs vies…

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