Nous ne vivons plus dans un petit coin renfermés sur nous-mêmes, comme ce fut le cas pour tous les pays d’ailleurs, il y a trente ans et plus. Aujourd’hui, nous avons même dépassé l’ère de la mondialisation du début du millénaire pour une ère d’échanges multilatéraux, non seulement de biens, services et capitaux, mais aussi d’informations et de cultures à travers ce fou «réseautage» qu’offrent les technologies de communication et la digitalisation.

Ceux qui désirent revenir aux sources et se protéger en fermant leurs frontières économiques pour soi-disant protéger leur identité et leur économie des effets des fluctuations économiques internationales vivent dans un passé lointain et sont déconnectés de la réalité.

Le retour en force des courants populistes d’extrême droite n’est, d’ailleurs, qu’une réponse maladive aux échecs et aux aléas de ce modèle où tout le monde est lié  à l’international à travers toutes les formes d’échanges et d’interdépendance : on s’échange des expertises, on achète et on vend chacun de l’autre, on prête et on emprunte du monde entier, les voies du transport maritime et aérien vous expliquent à quel point le monde est lié par une interdépendance qui va au-delà de toute considération nationale et géographique.

En 2021, il y a eu ceux qui veulent contrecarrer ce modèle d’internationalisation poussée basé sur internet comme moyen capital (dangereux) de réseautage, par des propos naïfs qui prônent le protectionnisme poussé et la mise en question de l’international. En ce qui nous concerne, en tant que pays émergent en pleine difficulté de financement et de compétitivité, mêler le patriotisme à l’encouragement de l’économie et de l’identité tunisienne par des arguments trompeurs à première vue, est très dangereux. Si on décide de laisser tomber les importations et l’endettement extérieur( bien sûr étudié), veut dire également un traitement pareil de nos partenaires.

C’est-à-dire que nos exportations de biens et de services, nos transferts vers l’étranger vont être bloqués. Cela veut dire également être en retard par rapport à toutes les opportunités qu’offrent l’ouverture des marchés et le développement du commerce et de l’e-commerce international. Le patriotisme est, sûrement, aimer son pays, défendre ses intérêts et sa souveraineté, tout en restant ouverts à toute forme  de collaboration fructueuse et digne avec l’étranger. Sinon, ces discours irréfléchis et agaçants où des gens se donnent le droit de distribuer le label patriotique vont tuer le petit espoir qui reste pour relancer notre pays.

Il y a beaucoup à creuser à l’international, mais avec intelligence, avec des outils intelligents de régulation. On doit travailler plus et mieux, on doit inventer des idées, attaquer des marchés étrangers, chercher des partenariats avec tous les pays et ne pas dépendre d’un seul pays ou d’un seul marché. C’est cela le patriotisme : trouver subtilement le juste milieu entre une identité nationale ancrée et une ouverture d’égal à égal avec l’international. C’est un fait accompli : tout le monde est lié à l’international maintenant. Retrouver une classique et caduque autarcie populiste va faire plaisir aux gens déconnectés et vivant sur une autre planète.

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