Les Tunisiens ont la mémoire courte, voire très courte, et oublient facilement. Nous n’avons  vraiment rien appris ni retenu de cette crise sanitaire qui bat son plein, et ce sont toujours les enfants qui subissent les désagréments.


Faisant le tour dans quelques jardins d’enfants, le constat était tout simplement effarant. A cause de leur encombrement, ces établissements sont une bombe à retardement alors que personne n’en parle ; plus de 25 élèves sont dans une salle de 16 m². Ceci sans évoquer l’augmentation continue du nombre des espaces anarchiques pour enfants dans plusieurs régions. Il s’agit là d’un dérapage intolérable et dangereux qui va coûter cher, car l’enjeu est de taille, surtout qu’il s’agit de la santé de nos enfants dans ce contexte très particulier.

Dominer la crise et la dépasser

Soumaya C., animatrice dans un jardin d’enfants privé, indique à La Presse que cet encombrement est dû, notamment, à l’augmentation du nombre d’élèves par rapport à l’année dernière, puisque les cours ont repris normalement depuis le début de cette année scolaire. Par ailleurs, à cause d’une crise profonde que connaît le secteur des jardins d’enfants et des crèches depuis le déclenchement de la pandémie en mars 2020, le manque de salles, de matériel d’équipements et de fournitures reste parmi les grandes problématiques rencontrées par les propriétaires de ces établissements privés qui font face, aujourd’hui, à des difficultés économiques et financières et risquent même de fermer définitivement leurs portes.

«Pour éviter ce scénario catastrophe, on n’a pas d’autre choix que d’élever le nombre des élèves par classe pour augmenter en partie les recettes qui restent, malgré tout, en dessous des limites prévues pour payer nos dettes. En parallèle, on essaie de garder et de respecter l’application des mesures du protocole sanitaire (port du masque, utilisation du gel, distanciation sociale…)… Dans notre établissement, le personnel même s’il est vacciné doit porter le masque pour protéger les enfants. Il n’y a pas d’exception à la règle. On essaie aussi de séparer les classes pour éviter le contact physique dans la mesure du possible. Dans notre établissement, on a deux espaces ouverts dont un jardin, ce qui nous permet de séparer les enfants et de travailler d’une manière plus efficace sans toucher à leur sécurité et à leur santé… En un seul mot, on essaie de gérer les urgences dans une situation de crise sans précédent. Et certainement cette situation diffère d’un établissement à un autre», explique-t-elle.

L’autre point de vue

Pour sa part, l’animatrice Yosra T. précise que dans son groupe de 5 ans, il existe 25 élèves et il est prévu d’ajouter au moins deux autres enfants à besoins spécifiques. Mais elle refuse d’accepter plus d’élèves dans sa classe et menace même de dimensionner si la directrice maintient sa décision.

«La classe est déjà pleine à craquer. Cette décision ne me semble pas du tout juste et surtout justifiée par la réalité du terrain, puisque nous devons protéger nos enfants de cet ennemi invisible, garantir la qualité des prestations des jardins d’enfants, renforcer le contrôle et le suivi, essayer de limiter la propagation du Covid-19…Mais sur le terrain, les choses ne sont pas aussi simples. Il est vrai que ce secteur souffre depuis un bon moment et on a l’impression que personne ne se soucie de nous, alors que les jardins d’enfants privés jouent un rôle important dans l’entourage de l’enfant dès ses premières années, mais le plus important dans tout cela c’est la santé de nos enfants qui est menacée aujourd’hui pas l’apparition de nouveaux variants… On a l’impression que nous sommes seuls dans ce combat», souligne-t-elle.

Les parents sont aussi responsables

Mohamed A., propriétaire d’un jardin d’enfants, partage le même avis et ajoute que la crise du coronavirus devrait être l’occasion d’aider et de participer activement à la mise en place d’actions correctrices pour rendre à ce secteur sa grandeur et la place qu’il mérite, mais, malheureusement, le flou persiste.

«C’est toujours la gestion de cette crise sanitaire qui inquiète les propriétaires de ces établissements, étant donné qu’avec l’apparition du variant Delta, les enfants, notamment les moins âgés, sont fortement impactés puisque des cas symptomatiques graves semblent augmenter chez eux. A cet égard, si la distanciation sociale n’est pas respectée dans ces établissements où l’enfant passe plus de huit heures par jour, les contaminations repartiront à la hausse à cause de l’encombrement des classes et personne ne peut arrêter ce fléau.

D’un autre côté, je reproche aux parents le manque de sérieux dans cette affaire. Avant d’enregistrer leurs enfants, ils doivent s’assurer qu’ils sont en sécurité. Mais malheureusement, les Tunisiens ont la mémoire courte, car ils n’ont rien retenu de cette crise sanitaire. Voila pourquoi rien ne marche et pourquoi nous sommes toujours dans un cercle vicieux. En tant que propriétaire d’un jardin d’enfants, j’essaie d’améliorer le rendement de mon institution. Mais je ne peux pas mettre en jeu la santé des enfants, ni la mienne. Pour ce faire, je l’ai dit et je le redis, la situation de l’enfance tunisienne nécessite la multiplication des visites d’inspection qui doivent être effectuées d’une manière régulière par le Comité régional d’inspection et de suivi des espaces anarchiques pour enfants. Mais sur le terrain, les choses ne sont pas aussi simples puisque les infractions qui ont été détectées dans les différents espaces vont du non-respect du cahier des charges et des mesures sanitaires ….jusqu’au viol d’enfants», regrette-t-il.

Meriem KHDIMALLAH

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