De retour de Tokyo d’où elle a ramené deux médailles d’or et battu deux records mondiaux et paralympiques, la championne paralympique s’est vu couper les vivres. En effet, pour cause d’absence, on a suspendu son salaire d’animatrice sportive. Elle a été reçue hier en audience par le ministre de la Jeunesse et des Sports en compagnie de Walid Ktila.


Sous d’autres cieux, en Allemagne notamment, les sportifs à besoins spécifiques sont traités comme des stars au même titre que les footballeurs. Des sportifs sponsorisés et qui gagnent bien leur vie grâce à leurs performances sportives.

Sous nos cieux, nos sportifs à besoins spécifiques sont au bas de l’échelle. Pourtant, ils ont honoré haut les couleurs nationales ces vingt dernières années. Les Walid Ktila, Raoua Tlili, Maher Bouallègue ou encore Soumaya Boussaïdi ont haussé haut le drapeau tunisien sous l’air de l’hymne national dans les plus prestigieux tournois mondiaux, les Jeux paralympiques notamment. Des sportifs qui ont excellé avec des moyens du bord le moins qu’on puisse dire modestes. Des athlètes d’élite dont la seule source de revenu est le salaire qu’ils perçoivent de leur travail d’animateur sportif.

Un salaire censé être un privilège qu’on accorde aux sportifs d’élite qui se présentent sur leur lieu du travail tant qu’ils ne sont pas à l’étranger pour les besoins d’une participation à une échéance sportive. Et tant qu’ils sont en Tunisie, ils doivent se présenter tous les jours sur leur lieu de travail et à eux de se débrouiller pour trouver le temps pour s’entraîner.

La correspondance qui a mis le feu aux poudres …

La championne paralympique, Raoua Tlili, fait partie des sportifs d’élite qui exercent le métier d’animateur sportif. Durant la période de préparation et de participation aux Jeux paralympiques, elle ne s’est pas présentée sur son lieu de travail, le Centre d’insuffisants moteurs de La Marsa.

De retour de Tokyo où elle a remporté deux médailles d’or et battu deux nouveaux records mondiaux et paralympiques au lancer de poids et au lancer de disque, elle a pensé d’abord être exempte d’aller exercer comme animatrice sportive : « Je pensais qu’étant sportive d’élite, je suis exempte d’aller exercer comme animatrice sportive. Puis, on m’a dit qu’il fallait se présenter sur mon lieu de travail. Je suis allée voir la direction du Centre d’insuffisants moteurs de La Marsa où je suis affectée. On m’a demandé si je peux me présenter tous les jours au travail. Par honnêteté, j’ai répondu par la négative. On m’a refusé la validation de ma reprise », nous a confié Raoua Tlili avant de poursuivre : « Nous nous sommes mis d’accord, nous sportifs d’élite à besoins spécifiques, de refuser par solidarité d’assurer la reprise tant qu’on nous ne délivre pas les autorisations spéciales quand nous sommes en Tunisie pour les besoins des stages et entraînements spécifiques. Sinon, nous ne pouvons pas assurer le nombre d’heures exigé pour les entraînements dont a besoin un sportif d’élite. Honnêtement, si à chaque fois on doit cravacher dur pour une autorisation et qu’on n’a pas l’assurance de l’obtenir, car notre statut de sportif d’élite ne le garantit pas, on n’assurera pas convenablement notre métier d’animateur sportif et on ne s’entraînera pas comme il faut non plus. Je voulais me battre pour défendre la cause du sportif d’élite. Je me suis trouvée avec Soumaya Boussaid, la seule qui a tenu bon avec moi, sur la ligne de touche. Et ce qui a mis le feu aux poudres et causé la suspension de mon salaire, c’est une correspondance de la fédération mentionnant que Raoua Tlili refuse d’assurer la reprise en tant qu’animatrice sportive. J’avoue que par ignorance des règlements, je me suis mise moi-même en porte à faux. Par solidarité et par honnêteté, je paye le prix fort. Maintenant, je n’ai plus le choix. Je dois assurer la reprise et je me débrouillerai pour les entraînements ».

Une championne d’exception de la trempe de Raoua Tlili mérite un meilleur traitement. On ne coupe pas les vivres à une championne paralympique. Notre championne devra connaître un dénouement heureux à cette situation. Elle a été reçue hier en audience par le ministre de la Jeunesse et des Sports, Kamel Deguiche, en compagnie de Walid Ktila. Le ministre a promis de trouver une solution. Pour ce faire, une réunion devra se tenir d’ici la fin de la semaine en présence de M. Moncef Chalghaf, chargé de la gestion de la Direction générale des sports.

Walid NALOUTI

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