Les députés européens qui se sont penchés sur la situation politique en Tunisie n’ont jamais exigé — contrairement à ce que certaines parties s’obstinent à répandre — le retour du Parlement et des députés aux activités gelées le 25 juillet dernier.
Ils exhortent plutôt, dans une proposition de résolution qui attend d’être adoptée par les pays européens, à l’instauration d’un dialogue national, revendication à laquelle adhèrent même les partisans inconditionnels du Président de la République


La séance plénière du Parlement européen sur la situation politique en Tunisie programmée pour hier, mardi 19 octobre, a accouché d’un communiqué final sous la forme d’une proposition de résolution qui sera soumise aux gouvernements des pays de l’Union européenne pour adoption ou rejet.

Et la publication des dispositions contenues dans la proposition de résolution du Parlement européen de susciter une vive polémique entre, d’une part, ceux qui considèrent que l’Union européenne a désavoué clairement et énergiquement le Président Kaïs Saïed et lui a ordonné de rétablir le Parlement gelé dans ses compétences pour que le président du Parlement Rached Ghannouchi, dont les activités sont aussi suspendues, et les 216 autres députés empêchés d’accéder au siège du Bardo reprennent leurs fonctions comme si les mesures exceptionnelles du 25 juillet dernier n’ont jamais existé, et entre, d’autre part, ceux qui ont saisi autrement le texte de la résolution pas encore officielle  appelant le  Président de la République «à rétablir immédiatement une démocratie parlementaire à part entière». Et c’est bien là que se situe la discorde entretenue par les opposants aux mesures exceptionnelles du 25 juillet 2021 qui crient à l’intention de ceux qui veulent les entendre pour affirmer que l’Union européenne menace Kaïs Saïed de couper toutes les aides et d’annuler toutes les conventions de coopération et de  partenariat signées avec la  Tunisie au cas où Rached  Ghannouchi et les députés aux activités gelées ne réintégreraient pas le palais du Bardo.

Ainsi, la manipulation du texte de la résolution du Parlement européen est-elle des plus criardes dans la mesure où les députés de Bruxelles n’ont jamais exigé le retour du Parlement auquel les Tunisiens ont fait leurs adieux lors de la soirée du 25 juillet dernier.

Certes, les députés européens appellent le Chef de l’Etat à la mise en œuvre d’une feuille de route claire détaillant «les prochaines étapes et le calendrier de la transition politique, l’exhortant  à réactiver les instances constitutionnelles mises en veilleuse comme l’instance de lutte contre la corruption et l’instance provisoire de contrôle de la constitutionnalité des projets de loi et évoque, enfin, «la  possibilité d’élections législatives anticipées».

Sauf qu’il  est à relever qu’ils n’ont jamais exigé, en menaçant de couper les vivres à la Tunisie, que les  nahdhaouis et leurs alliés s’installent de nouveau au Parlement et au palais de La Kasbah.

Des revendications légitimes

Et la lecture du texte de la proposition de révéler que les députés européens n’ont pas dérogé à toutes les positions déjà exprimées par certains pays européens comme la France et l’Allemagne ainsi que les Etats-Unis, sans oublier les organisations internationales qui ont déjà fait part de leur désir de voir la Tunisie sortir de sa crise le plus tôt possible, tout en préservant ses acquis démocratiques.

Et c’est bien dans cet esprit que se situent, à titre d’exemple, les appels des députés européens à l’instauration «d’un dialogue national inclusif avec la participation de tous les acteurs nationaux, au soutien à tous les défenseurs des droits de l’Homme en Tunisie, à la consécration de l’égalité entre les femmes et les hommes».

Ces revendications rejoignent celles exprimées par l’ensemble des acteurs politiques, y compris ceux qui n’hésitent pas à déclarer publiquement leur soutien à la dynamique du 25 juillet, sans oublier les associations de la société civile qui saluent les mesures exceptionnelles mais ne s’empêchent pas d’exprimer leur opposition aux éventuels dépassements ou abus qui pourraient accompagner l’application de ces mesures.

Finalement et contrairement à ce qu’on essaye vraiment de répandre sur le contenu de la résolution du Parlement européen, l’on découvre que les députés invitent dans l’une des dernières recommandations «la Commission à continuer à aider les autorités tunisiennes, notamment par le biais de l’assistance économique et de l’initiative Covax».

Les députés européens exigent, toutefois, «que les droits de l’homme et les principes démocratiques soient respectés», ce qui constitue une revendication que tous les Tunisiens partagent.

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