La plupart en noir et blanc, les 80 images de Jacques Pérez, exposées actuellement au Palais Kheireddine, célèbrent le regard et le style d’un monument de la photo contemporaine tunisienne.


Plus que tout autre photographe tunisien, Jacques Pérez, né à Tunis le 26 octobre 1932, sait arracher à l’instant éphémère toute la magie que portent les gens simples. La profondeur d’un regard ancré dans un territoire. Ou encore la spiritualité fugace des processions et autres « kharja ». Ses photos de Sidi Bou Saïd, du sud du pays, des artisans de la médina et des vedettes ramadanesques, nocturnes et oubliées de la cafichanta (café chantant) des années 60 et 70, sont des moments de méditation. Elles nous manquent les temps où elles se font rares. En les retrouvant comme actuellement au Palais Kheireddine, dans la médina de Tunis, on s’y attarde, on y revient, on les déguste, on les revisite passionnément. Il faut faire le plein pour les journées de disette.

La raison ? Ces images-là nous donnent la sensation d’être chez soi. Home sweet home. Dans le roman d’une Tunisie multiple en éternelle narration, qui nous ressemble et nous rassemble. L’exposition  intitulée « Souvenirs d’avant l’oubli », qui  est consacrée actuellement à Jacques Pérez par l’Association « Nous Tous », nouvellement créée et la Maison de la Photographie, avec le soutien fidèle et amical du photographe Hamid Eddine Bouali raconte tout cela. Et plus encore.

La plupart des photos exposées dans les murs du Palais Kheireddine sont en noir et blanc. Expressionnistes, introverties, des fois intimistes. Intemporelles et belles. Avec une constante, qu’on appelle le style, à savoir ces contre-jours et une certaine manière de manipuler la lumière. Des années durant, Pérez a utilisé le même type de pellicule pour obtenir la même gamme chromatique. Certaines de ses photos sont devenues, comme il le dit lui-même « des icônes », qui appartiennent à toutes et à tous. Beaucoup d’entre elles se trouvent par ailleurs dans des musées prestigieux à l’étranger : à l’Institut du Monde Arabe à Paris, à la Maison Européenne de la Photo en France, à l’Unesco…

Et même si Jacques Pérez a sillonné le monde, armé d’un objectif, de plus en plus discret au fil des ans, il n’a jamais exposé que des images de sa Tunisie. Une fidélité à la terre de ses ancêtres, qui fait de lui un monument vivant de la photo tunisienne. C’est ce qu’ont dû ressentir la plupart des visiteurs de l’exposition «Souvenirs d’avant l’oubli », lors de la séance de vernissage le 8 octobre dernier. En s’empressant de le saluer et de le remercier, ils semblaient faire face à une sorte de saint, à Sidi Jacques Pérez.


La plupart des photos exposées dans les murs du Palais Kheireddine sont en noir et blanc. Expressionnistes, introverties, des fois intimistes. Intemporelles et belles.

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