La lutte contre la corruption tous azimuts n‘épargne pas le secteur de la santé qui connaît d’abord un réel problème de gouvernance, sous-jacent à celui de la corruption. C’est l’ambition du projet « Saha » qui tente de mettre fin au manque de transparence et de traçabilité qui règne dans le secteur mis à mal par la crise du Covid-19.

Soutenir la bonne gouvernance dans l’administration du secteur de la santé en Tunisie à travers le projet triennal « Saha » qui s’étale du 01/10/2020 au 30/09/2023 vise à développer et améliorer le cadre juridique et réglementaire régissant le secteur de la santé en se basant sur une approche participative et inclusive. Ainsi, les instigateurs du projet Saha ont organisé hier matin à Remada Plaza, hôtel de Gammarth, une table ronde sur les défis et les enjeux de gouvernance du secteur de la santé en Tunisie. Cet évènement, qui fait partie du projet « Saha » financé à 5 millions de dollars par l’ambassade des Etats-Unis en collaboration avec l’association Beder et le Centre international pour l’entreprise privée (Cipe), a permis aux principaux acteurs du secteur de la santé de discuter les priorités de réforme du cadre juridique et réglementaire régissant ce secteur stratégique afin d’en renforcer et améliorer la gouvernance. Les principales thématiques qui ont été discutées lors de cette table ronde sont : la nécessaire amélioration des modalités de gestion des différentes structures sanitaires, la gouvernance du secteur pharmaceutique et la nécessaire adoption d’une politique de santé axée sur le citoyen et le patient. Cette première table ronde est la première étape dans un processus consultatif global qui sera mené dans le cadre de la mise en œuvre du projet Saha dans les différentes régions du pays. Lors de son mot d’ouverture de l’événement, le Directeur général de la santé, Dr Abderrazak Bouzouita, a déclaré que « le projet Saha » est l’un des piliers de la gouvernance dans le secteur de la santé en Tunisie qui permettra de relever les défis afin de promouvoir la transparence et améliorer la performance du système de santé ». Il a développé à La Presse : « C’est un projet qui va consolider l’informatisation du système de santé de façon globale, en particulier les médicaments, de l’industrie jusqu’au citoyen pour avoir un accès fluide aux circuits des médicaments ». Outre ce premier axe d’intervention du projet et le deuxième qui tend à améliorer le traitement et le suivi du patient de façon numérisée, un troisième axe s’ajoute avec la formation à distance destinée aux professionnels de santé dans les centres de soins de base et les hôpitaux régionaux. De ce fait, la crise sanitaire du Covid-19 a favorisé l’émergence de ce projet d’envergure. L’informatisation des circuits des médicaments et des circuits des patients est requise pour avoir une gouvernance adéquate. De son côté, l’ambassadeur des États-Unis, M. Donald Blome, a poursuivi en indiquant : « Le projet Saha » est un exemple de notre intérêt commun à accroître la transparence pour mieux répondre aux besoins du peuple tunisien. » Dans son discours à l’ouverture de la table ronde, l’ambassadeur américain rappelle combien « l’expérience de la pandémie a prouvé l’importance de fournir des soins de santé efficients et efficaces à tous les citoyens.  Cela comprend la fourniture de vaccins vitaux et d’autres produits pharmaceutiques ».  Il poursuit en précisant que, pour cela, le projet « Saha » « vise à numériser la chaîne d’approvisionnement des médicaments en Tunisie et à simplifier ses procédures ».  Les États-Unis allouent plus de 15 millions de dollars pour travailler avec le gouvernement tunisien et les organisations de la société civile pour faire progresser la responsabilité et la bonne gouvernance dans de nombreux programmes.  Le projet « Saha » est un exemple de l’intérêt commun de nos deux pays à accroître la transparence pour répondre aux besoins du peuple tunisien.  La transparence est l’outil le plus puissant contre la corruption et permet aux gouvernements d’être tenus responsables par leurs citoyens.

Suite aux interventions des différentes parties prenantes au projet dont la Cipe et l’association Beder, des ateliers instructifs et constructifs ont été exposés par différentes personnalités parmi des juristes et des médecins car « les professionnels de santé ne sont pas seulement des experts mais aussi des consultants », dira l’un d’eux.

Faire évoluer les mentalités avant les textes

« Il faut changer les mentalités et la culture avant les textes et les procédures ». Une citation en fin d’atelier du Dr Aida Caid Essebsi, professeure agrégée en droit, maître de conférences à la faculté des Sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis et consultante du projet Saha qui résume à elle seule les entraves et les obstacles aux défis à relever en matière de bonne gouvernance. Elle dévoile les impératifs de la bonne gouvernance en matière de santé lorsqu’on l’interroge : « Le projet relatif au cadre légal en matière de santé et on parle de principes qui sont la transparence, l’intégrité, la redevabilité, la gestion des conflits d’intérêts, l’approche participative. La lutte contre la corruption est essentielle lorsqu’on légifère en matière de bonne gouvernance dans le secteur de la santé ». Dans le cadre de ce rapport, j’ai essayé de faire un diagnostic, un état des lieux, afin de déterminer les lacunes et voir s’il y a des incohérences entre les textes.

Afin de faire des propositions ou favoriser l’adoption de nouveaux textes. Je me suis fondée sur les textes existants, sur les rapports élaborés ». Pour revenir aux obstacles en matière de mentalités et de culture qu’il faut changer, elle pointe du doigt l’instabilité gouvernementale, « puisque ce ne sont pas les mêmes équipes qui travaillent et parfois il n’y a pas la volonté politique nécessaire. Il n’y a pas de coordination entre les différentes parties qui élaborent les programmes en matière de bonne gouvernance des projets financés par le Conseil de l’Europe ou autres », poursuit-elle avant de terminer : « On est réticents au changement. Il faut que les différents intervenants soient impliqués dans les décisions qui ne doivent pas se faire de façon verticale pour que tout le monde soit concerné directement par le projet de réforme ». Au sujet de la pénurie des médicaments, elle revient en substance en affirmant que dans son rapport elle relate les médicaments essentiels, la gestion des stocks de médicaments et qu’elle a également précisé l’existence d’une seule circulaire, ce qui est insuffisant. Il y a un réel problème financier outre l’absence de textes pour améliorer le cadre légal. Il y a un cadre législatif qui est régi par des lois qui datent de 1974 et 1981 qui ont du mal à évoluer. Elle spécifie du reste que les attributions du ministère de la Santé sont devenues obsolètes.

Pour sa part, le directeur du projet “Saha”, M. Issam Sghaier, a présenté les principales composantes du projet, qui comprennent le développement d’un système de suivi électronique de la chaîne d’approvisionnement en médicaments, le lancement d’un dialogue participatif et inclusif afin d’identifier et élaborer les réformes prioritaires du cadre juridique et réglementaire régissant le secteur de la santé, ainsi que le développement des structures et des supports de formation continue et du système de certification au sein du ministère de la Santé.

Tout en précisant que les différentes composantes du projet vont permettre de renforcer les pratiques et les garanties de bonne gouvernance dans le secteur de santé, ce qui va permettre à ce secteur de mieux répondre aux besoins et aspirations des citoyens et de renforcer sa résilience face aux crises sanitaires.

La crise du Covid-19 a placé le secteur de la santé au centre des attentions, mais en contrepartie elle a permis de mettre en lumière les lacunes dont souffre ce secteur. Parmi elles, le manque de gouvernance qui s’est traduit dans l’exploitation inadéquate des ressources existantes.

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