• En attendant la parution du décret présidentiel qui en fixera la date de tenue, les points à son ordre du jour et les résultats qui en seront issus, le dialogue national suscite un débat pluriel, des échanges passionnants et passionnels et des attentes diversifiées
• Reste à savoir qui y participera et quel sort sera réservé à ses travaux. Pour le moment, personne n’est en mesure d’y répondre clairement

Quand aura-t-il lieu ? Où se déroulera-t-il ? Qui aura le droit d’y participer? Quels sont les thèmes qu’il aura à discuter et comment ceux qui auront l’opportunité d’y participer matérialiseront-ils leur contribution, ce qui revient à dire auront-ils à assister à des réunions ou à des cercles de débat qui seront tenus dans certains endroits à définir à l’avenir ou se contenteront-ils d’envoyer leurs contributions et suggestions, via email, en ayant recours à l’application électronique qui sera consacrée à la question ?

Il s’agit, en effet, comme beaucoup de Tunisiens l’attendent, du dialogue national dont le Président Kaïs Saïed a confirmé, enfin, l’organisation dans les jours ou les mois qui viennent. (Il parle de la probabilité d’un mois, de deux mois et va jusqu’à trois mois), tout en promettant d’en définir les conditions de tenue ainsi que les thèmes qui y seront traités dans un décret présidentiel à publier prochainement au Journal officiel de la République Tunisienne (Jort).

Et les intéressés, c’est-à-dire ceux qui suivent l’évolution de la vie politique nationale depuis le déclenchement du processus du 25 juillet appuyé par le décret 117 en date du 22 septembre dernier, de lancer un débat pluriel, une polémique sans fin et des échanges interminables le plus souvent empreints d’une violence verbale inédite et d’un déni de démocratie inqualifiable dont l’objectif est de répondre aux questions citées plus haut en prétendant, chaque partie de son côté, détenir la vérité, parler au nom du Président de la République sans être mandaté, être au parfum de ce qui se trame dans les coulisses à Carthage et aussi à Montplaisir et dans les chancelleries étrangères et, enfin, saisir mieux que tous les autres les enjeux et l’étape actuelle de l’histoire de la Tunisie et savoir, contrairement aux autres également, de quoi sera fait l’avenir du pays.

A chacun sa version et ses desiderata

Et comme personne ne peut, en réalité, répondre aux questions que tout le monde se pose tout en sachant que seul le Président de la République détient la réponse, l’on s’est résolu au niveau des partis politiques, des organisations nationales et des associations de la société civile, à scruter ce que révèle Noureddine Taboubi ou Sami Tahri du côté de l’Ugtt, ce que pronostique Zouheïr Maghzaoui ou Haykel Mekki au nom du mouvement Achaâb, ce que tente de faire comprendre aux Tunisiens le professeur de droit public Slim Loghmani, la formule selon laquelle se déroulera le dialogue national comme le veut le Chef de l’Etat ou comment Mabrouk Korchid, le député aux activités gelées et chef du parti Arraya Al Watania (en cours de création), voit-il les thèmes qui seront à l’ordre du jour du dialogue national, sans oublier les tentatives déployées quotidiennement sur les plateaux radio et TV par les membres de la campagne électorale du Président Kaïs Saïed s’employant volontairement à éclairer les Tunisiens sur tout ce qui entoure l’organisation du dialogue national et surtout sur les résultats auxquels il doit déboucher.

Ainsi, pour Zouheïr Maghzaoui, secrétaire général du parti Achaâb, les choses sont claires. S’il ne peut pas encore affirmer si son parti ou lui-même sera de la partie au dialogue national, il sait et il est certain «qu’Ennahdha ne fera pas partie du dialogue dans la mesure où le 25 juillet a constitué une révolution contre ce parti, principal responsable de la dégradation de la situation du pays».

Et même si le Président de la République n’a jusqu’ici désigné par leurs noms ceux qui n’auront pas le droit de participer au dialogue national, se contentant de souligner qu’il ne dialogue jamais «avec les corrompus, les corrupteurs, les traîtres», pour Mabrouk Korchid, il est clair «qu’Ennahdha doit être suspendu parce que déjà responsable de l’échec des précédents dialogues».

Et Korchid de se démarquer en soulignant: «La mise en place d’un dialogue national où seuls les jeunes auront le droit de participer va accentuer le conflit des générations».

De son côté, Slim Loghmani, professeur de droit public, pense ou semble avoir découvert qu’en recourant à une plateforme électronique sur laquelle s’exprimeront les participants, le Chef de l’Etat résume le dialogue national en un simple formulaire qu’on aura à remplir pour répondre aux questions qui y seront inscrites, sur les systèmes politique et électoral.

Du côté de la Place Mohamed-Ali, Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’Ugtt, est tranchant : «Il n’est pas question que le dialogue national se déroule selon la formule des comités populaires», appellation qui renvoie aux coordinations régionales prétendant parler au nom du Président de la République.

Et même tout en admettant qu’entre la présidence de la République et l’Ugtt il n’existe plus de contact depuis plusieurs semaines et que  la centrale syndicale «n’a reçu aucune précision officielle concernant le lancement d’un dialogue avec les jeunes», Noureddine Taboubi précise : «Notre organisation n’est pas en rupture avec le Palais de Carthage».

Une déclaration qui pourrait renforcer celle de Sami Tahri, secrétaire général adjoint chargé de l’information, qui affirme: «L’Ugtt considère le dialogue avec les jeunes comme un enjeu stratégique et permanent compte tenu de l’importance de cette tranche d’âge qui comprend des personnes hautement qualifiées et qui représente également les chômeurs et les jeunes dans les régions».

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