Par Donia Gharbi Kilani | Médecin-major de la santé publique, médecin tabacologue, médecin compétent en médecine du travail

La Tunisie serait troisième en Afrique en termes de pollution environnementale, après l’Égypte et l’Algérie, avec un taux de pollution estimé à 75,12%.

Selon l’OMS, « La santé est un état de complet bien-être physique, mental, social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité». 

Depuis quelques mois, la capitale Tunis croule sous des amas d’ordures de tous genres, devant une inconscience et un déni des conséquences écologiques, sanitaires et environnementales imminentes. Le regard inquiet  et l’âme triste, les  Tunisiens assistent impuissants, à cette décadence environnementale qui s’intensifie de manière soutenue. Des amas d’ordures, s’entassent aux hasards des rues, des avenues, des trottoirs, des escaliers, des parkings, des portes d’entrées de cinémas, de restaurants, de pâtisseries, d’écoles… et je peux sûrement dire plus, si ce n’est cette mémoire qui, par égard ou par pitié, essaye de me voiler certaines horreurs, pour me consoler, ou peut-être  pour ne pas trop nous alarmer!

Pas plus tard qu’hier, la capitale, où je suis née, où j’ai grandi, où j’ai fréquenté l’un des plus prestigieux lycées de jeunes filles, à quelques mètres du plus grand marché, «le marché central de Tunis», fleuron du commerce tunisien, tant par la qualité de ses produits, que par la propreté et la fraîcheur de son espace était pimpante et belle. Mon frère, à l’autre bout de l’Avenue brillait dans l’un des plus anciens lycées français de la capitale, devenu «pilote» de nos jours. Les senteurs des viennoiseries, des limonades, des bonbons, des pizzas, des glaces, de ces vieux livres gracieusement et savamment conservés dans un respect environnemental et une rigueur sanitaire sans faille. Ces odeurs circulaient en toute liberté, embaumant nos rues et nos cœurs de ce sentiment de bien-être mental, social et moral. Et l’histoire dont je suis juge et témoin, le confirme. 

Que reste-t-il de nos souvenirs? De cette fraîcheur saine qui emplissait nos poumons et ressourçait nos cœurs, en prenant soin de nos âmes et de nos rêves! Une capitale et 24 zones municipales envahies par les déchets. Sfax «la capitale du Sud» croule et se meurt sous les ordures! Une crise écologique se positionne dans le pays, dans un silence et une inaction étrange et étrangère aux coutumes sanitaires et environnementales tunisiennes. Je ne saurais dire à qui incombe la responsabilité : aux citoyens, aux responsables municipaux qui, par mégarde, par incompétence ou à cause d’une mauvaise gouvernance, ou une défaillance dans la gestion de la communication des risques ? Ou alors, tout cela à la fois! Mais compte tenu de l’urgence du moment, il semble évident qu’une stratégie de bonne gouvernance, avec des actions et des objectifs spécifiques précis doit être élaborée dans les plus brefs délais et que des experts multidisciplinaires puissent suivre, orienter et évaluer à court, moyen et long terme. 

Le défi est grand et l’impact est vital, car il s’agit de la vie des Tunisiens. Des campagnes de sensibilisation. Un programme de prévention, de riposte et de résilience doit définir nos plans d’action, afin de familiariser les générations futures à certaines habitudes simples, mais salvatrices et pérenniser les changements comportementaux escomptés.

Et les événements récents sont là, pour nous rappeler au quotidien, que la crise sanitaire ne prévient pas!

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