• Le décès dans des circonstances obscures d’un jeune homme à Agareb enflamme
la rue et attise les manifestations.

• Le ministère de l’Environnement promet plusieurs mesures d’accompagnement

• Mise en œuvre d’une stratégie nationale de gestion des déchets avec la participation de la société civile.


Quelle solution pour les tonnes de déchets domestiques et autres qui jonchent les rues de Sfax depuis maintenant 42 jours sans que les autorités compétentes, c’est-à-dire la municipalité, n’intervienne pour les lever et la direction régionale de l’environnement ne leur trouve un nouveau dépotoir à la suite de la décision de la fermeture de celui de Agareb pour expiration de sa capacité d’accueil des déchets, comme le veut la loi en vigueur.

Une véritable catastrophe environnementale qui a suscité une grande polémique entre ceux qui tiennent la municipalité de Sfax (sous la coupe d’Ennahdha à la suite des municipales du 6 mai 2018) pour responsable, refusant de dégager les déchets qui s’amoncellent de jour en jour, d’une part, et ceux, d’autre part, qui considèrent que la responsabilité doit être assumée par la direction régionale de l’Environnement relevant du ministère des Affaires régionales et de l’environnement (avant que ce ministère ne disparaisse dans la composition du gouvernement Najla Bouden et ne soit rattaché au ministère de l’Intérieur comme une simple direction générale) et donc sommé de trouver un dépotoir où déverser les déchets de Sfax, loin des villes de Agareb et aussi du Mahrès, villes que certaines voix ont choisies pour accueillir ces déchets, alors que les habitants de ces localités se dressent comme un seul homme pour afficher un non catégorique à ce projet.

Finalement et  après avoir chargé la ministre de l’Environnement d’aller enquêter sur place et sonder les citoyens de Sfax sur les propositions qu’ils veulent avancer pour libérer leur ville de la pollution et des déchets qui les étouffent et leur polluent la vie, le Président de la République a décidé de prendre les choses en main en invitant, lundi 8 novembre, la Cheffe du gouvernement, Najla Bouden, et le ministre de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine, à une séance de travail au Palais de Carthage, en l’absence — on ne sait pour quelle raison — de la ministre de l’Environnement, consacrée, selon le communiqué publié par la présidence de la République, «à l’examen des solutions pour éradiquer ce type de crises sciemment créées pour enflammer le peuple».

Et le Chef de l’Etat de charger le ministre de l’Intérieur d’intervenir dans l’immédiat pour mettre fin à cette situation.

Et contrairement à ceux qui prétendent que la rencontre Saïed-Bouden-Cheikhrouhou n’a abouti, in fine, à aucune décision concrète au profit des Sfaxiens sauf qu’à offrir au Chef de l’Etat une nouvelle  opportunité pour stigmatiser «ceux qui ont été éjectés par l’histoire et qui sont derrière la catastrophe sanitaire à Sfax qu’ils seront jetés dans  la poubelle de l’histoire», une décision a été prise consistant à charger le ministère de l’Intérieur, c’est-à-dire les forces sécuritaires, à intervenir pour appliquer la décision du ministère de l’Environnement de rouvrir la décharge d’Agareb en dépit de l’opposition des habitants de la ville et en contradiction de la décision que le même ministère a déjà prise de fermer la même décharge.

Hier, mardi 9 novembre, le ministère de l’Environnement a publié un communiqué dans lequel il a annoncé la reprise de l’acivité de la décharge d’Agareb dans le gouvernorat de Sfax.

Le communiqué précise : la réouverture s’accompagnera de plusieurs mesures: réhabilitation du site, extraction et traitement des gaz en doublant la fréquence de désorisation et de traitement contre les insectes.

Et le ministère d’insister sur l’implication de la société civile «dans la mise en œuvre de la stratégie nationale de gestion des déchets orientée principalement vers le tri des déchets afin de les valoriser et de les recycler».

Reste à savoir comment les habitants d’Agareb ont réagi à la décision de rouvrir leur ville pour accueillir, de nouveau, les déchets de Sfax.

Hier, la ville a connu un mouvement de protestation organisé par plusieurs habitants en signe d’opposition à la décision du ministère, «manifestations nocturnes qui ont été fortement réprimées par les forces de  l’ordre qui ont usé de gaz lacrymogène» au point qu’un manifestant a trouvé la mort, selon les organisateurs du mouvement de contestation.

Le ministère de l’Intérieur dément le décès du jeune manifestant des suites des blessures dont il aurait été l’objet durant la manifestation.

De son côté, le porte-parole du tribunal de première instance de Sfax indique qu’une enquête judiciaire a été ouverte et que seul le rapport du médecin légiste (qui sera révélé aujourd’hui mercredi 10 novembre) déterminera les causes réelles du décès du jeune manifestant.

Repères

Le ministère de l’Intérieur annonce les mesures urgentes suivantes :

— Nettoyage immédiat et élimination des déchets accumulés dans les quartiers de la ville.

— Intensification des opérations de contrôle de l’air à Agareb.

— Contrôle du niveau de la pollution émanant des usines de la région.

— Lancement immédiat des travaux de réhabilitation du site d’Agareb.

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