Pour Hédi Ben Abbès, président de la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-japonaise, la Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique «Ticad 8», qui aura lieu en 2022 à Tunis, est une occasion “inespérée” pour la Tunisie. En promettant plus de 20 milliards de dollars d’investissement, lors de l’édition précédente “Ticad 7”, les Japonais souhaitent consolider davantage les échanges et les liens économiques avec l’Afrique. “On suppose que suite à la crise économique du Covid, les investisseurs japonais vont mettre un peu plus d’argent sur la table. Il ne tient qu’à nous, Tunisiens, de présenter des projets à même de séduire l’investisseur japonais”, affirme Ben Abbès. Il apporte son éclairage sur les enjeux de la Ticad 8.

Que traduit le choix de la Tunisie, en tant que pays hôte de la Ticad ?

Votre question est politique, mais elle a quand même un volet économique très important. Les Japonais sont des gens rationnels qui regardent toujours les chiffres avant de prendre n’importe quelle décision. Certes, la situation politique en Tunisie n’est pas—le moins qu’on puisse dire—extrêmement stable, mais elle est prometteuse dans la mesure où nous sommes, certainement,  en train de construire quelque chose pour l’avenir et qui peut être intéressant pour les Japonais.

Mais, en même temps, tous les chiffres en matière de développement technologique, mais aussi en termes d’approche rationnelle du marché, indiquent que la Tunisie est réellement un pays sur lequel les Japonais peuvent compter.

C’est-à-dire qu’ils misent sur la Tunisie malgré la crise et l’instabilité politique?

En fait, un investisseur regarde toujours le potentiel et ne regarde pas l’existant uniquement. Il regarde quelles sont les perspectives pour l’avenir. Et les  perspectives en Tunisie— une fois qu’on aura stabilisé le pays politiquement— ne pourront qu’être bonnes parce qu’on voit que nous avons des entreprises tunisiennes, qui ont déjà investi et qui ont une présence en Afrique et qui y ont exécuté plusieurs projets. Elles continuent, d’ailleurs, à le faire. On a des bureaux d’étude qui sont aussi des success story en Afrique. C’est pour cela qu’on a choisi de se focaliser dans cette édition de la Ticad sur les secteurs dans lesquels nous avons un avantage comparatif par rapport aux pays concurrents. Les secteurs (les TIC, l’industrie des composants automobiles, les énergies renouvelables, la santé, l’agriculture bio, l’infrastructure)  qu’on a identifiés sont réellement porteurs et cadrent bien avec la Ticad et la perspective de la Ticad. Nous y réalisons des résultats  extrêmement positifs. Donc nous n’avons pas la prétention de couvrir tous les domaines économiques, on a uniquement identifié les domaines dans lesquels nous avons cet avantage comparatif et cette valeur ajoutée. Et je pense que les Japonais, au vu des chiffres et du classement de la Tunisie dans ces secteurs-là, ont opté pour la Tunisie.

Pourquoi cet événement est-il important pour la Tunisie ?     

Quand vous avez plus de 10 mille investisseurs qui viennent chez vous, c’est une occasion inespérée. Jamais, un événement de cette  ampleur-là, n’aurait été organisé  avec un partenaire aussi solide que le Japon et dans un cadre institutionnel aussi important que la Ticad qui existe depuis 1993. Donc, ça donne une idée sur l’importance de l’événement  en termes de volume, parce que cela regroupe l’ensemble des pays africains plus le Japon. Le soutien financier derrière est, également, très important.

L’édition précédente, plus de 20 milliards de dollars ont été mis sur la table pour encourager les investissements japonais en Afrique. On suppose que suite à la crise économique du covid,’ils vont mettre un peu plus d’argent sur la table. Il ne tient qu’à nous-mêmes, nous Tunisiens, de présenter des projets à même de séduire l’investisseur japonais. Des projets qui sont sérieux et soutenus par des études faites préalablement, qui ont une dimension internationale et africaine.

Le marché tunisien est tellement petit. Il ne faut pas qu’on table, uniquement, sur notre marché,  il faut qu’on table aussi sur l’ensemble des marchés africains ou du moins qu’on puisse profiter de notre relation et notre francophonie pour couvrir l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord qui constituent déjà  un espace dans lequel les entreprises tunisiennes évoluent de manière très efficace.

Parmi les secteurs qui attirent les investisseurs japonais, figure le secteur du numérique. Comment le partenariat entre les deux pays peut-il y être renforcé? 

Il peut être renforcé, dans la mesure où la Ticad est basée sur le secteur et sur l’investissement privés. Quand le secteur privé voit les réalisations déjà faites par les entreprises tunisiennes à l’échelle internationale, il comprend alors qu’il y a une opportunité unique en Afrique, sachant que les entreprises tunisiennes dans le digital et l’Intelligence artificielle sont en concurrence avec les plus grands pays, comme l’Allemagne et la France. Elles arrivent à décrocher des marchés, à être beaucoup plus compétitives et crédibles, à exceller  sur le plan technique. Le livrable tunisien est très respecté à l’échelle internationale que ce soit en Europe ou en Afrique. Donc le Japonais le sait, l’investisseur japonais le sait et en termes d’infrastructures numériques, l’Afrique a besoin d’investissement. Si le Tunisien se met en interface pour pouvoir investir en même temps que les Japonais dans ces secteurs-là, il y a tous les atouts qui sont réunis pour que l’investissement puisse voir le jour.

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