En présumant que le locataire de Carthage est avide de pouvoir et qu’il a été acculé et manipulé par certains «idéologues» afin de s’attaquer aux opposants islamistes, Ghannouchi ne fait que louvoyer, encore et toujours. Tous les moyens sont bons pour lui pour desserrer l’étreinte imposée au parti depuis le 25 juillet au point que ses dirigeants ne daignent plus se montrer aux rassemblements de protestation organisés contre le coup de force constitutionnel de Kaïs Saïed.


S’il est vrai aujourd’hui que les Tunisiens sont attachés à la liberté, aux institutions de l’Etat et à l’Etat de droit, comme l’avait souligné Rached Ghannouchi, président du parti Ennahdha et du Parlement gelé, dans un entretien accordé ces derniers jours au journal Arrai-Elam, il n’en est pas moins vrai que son parti a détourné à son  profit la révolution de la dignité et a fait vivre le pays dans une démocratie illusoire toute une décennie durant. Toujours la même attitude quand il s’agit de faire face à la situation d’isolement dans laquelle s’est empêtré le parti et de trouver une échappatoire. Une attitude ponctuée par des propos redondonants mais aussi par des positions qui changent radicalement au gré de chaque situation.  

Lorsque resurgissent  les démons du passé

Dans cet entretien, Ghannouchi, qui compte toujours  parmi les dirigeants politiques auxquels les Tunisiens ne font pas confiance (82% selon le baromètre politique de Sigma Conseil du mois de novembre) et qui fait face à une grande grogne au sein même de son parti,  tente lamentablement  de rattraper le temps perdu.

Sa tactique de faire revigorer l’islam politique à travers un discours obsolète, adressé non pas aux Tunisiens mais à ceux qui ont aidé les islamistes à accéder aux pouvoirs en janvier 2011, ne convainc plus.

A ce propos, il a révélé que le «25 juillet a sonné le glas pour l’islam politique au regard de plusieurs pays, mais il ne s’agit en fait que d’une victoire pour les puissances contre-révolutionnaires», selon ses dires.

Dans ce même contexte, il a argumenté que « la Tunisie est un petit pays qui n’a pu supporter le lourd fardeau de la transition  démocratique dans un contexte régional marqué par un renversement de la situation au profit des forces contre-révolutionnaires». Il est vrai que la Turquie et le Qatar  qui ont apporté un soutien de taille aux pays dits du «printemps arabe» , notamment la Tunisie, ont été contraints de mettre en œuvre des ajustements stratégiques qui ont contribué à la chute vertigineuse du parti Ennahdha.   

En présumant que le locataire de Carthage est imbu de pouvoir et qu’il a été acculé et manipulé par certains «idéologistes» afin de  s’attaquer aux opposants islamistes, Ghannouchi ne fait que  louvoyer, encore et toujours.

Tous les moyens sont bons pour lui pour  desserrer l’étreinte appliquée depuis le 25 juillet sur le parti au point que ses dirigeants ne daignent plus se montrer  aux rassemblements de protestation organisés contre le coup de force constitutionnel de Kais Saied.

La date du 25 juillet 2021 s’apparente beaucoup plus à un cauchemar politique pour l’éternel président dudit parti, comme en témoignent ses prises de positions contradictoires au  fil des jours et des mois. Les démons du passé resurgissent pour Ghannouchi  neuf ans après ses dangereuses  confidences fuitées en octobre 2012 et à travers lesquelles il demande aux  islamistes d’écarter les laïcs avant de jeter un pavé dans  la mare en déclarant que  «l’armée et la police ne sont pas sûres».

Dans sa récente interview accordée au journal en question, il reprend (presque) les mêmes paroles en dévoilant sa crainte que les mesures du 25 juillet ne soient le début de l’instauration d’un «régime militaire déguisé» à la manière de ce qui se passe  en Amérique Latine ou dans des pays arabes en Afrique.        

Volte-face coutumières

Il est bien loin ce retour «triomphal» de Ghannouchi de Londres en 2011. Ses pouvoirs et son influence se réduisent comme une peau de chagrin  depuis le 25 juillet et même les tentatives menées par le député gelé d’Ennahdha Meher Madhioub auprès du  président du Parlement turc en octobre dernier pour briser l’isolement de Ghannouchi ont été vaines, selon certaines sources fiables. Sous la menace d’une sortie par la petite porte, l’octogénaire répète toujours les mêmes erreurs  avec des revirements de position qui n’étonnent plus.  

Dans une déclaration à l’agence Anadolu en août dernier, il a déclaré que son mouvement «avait reçu et compris le message du peuple et qu’il annoncera son autocritique, avec beaucoup de courage». Il ne l’a toujours pas fait et ne le fera jamais.

Il persévère dans ses volte-face qui lui sont coutumières.

Dans son récent entretien avec le journal Arrai-Elam, Ghannouchi  n’a pas manqué de justifier l’action de Kaïs Saïed en confirmant l’échec du gouvernement de Mechichi et en expliquant que les mesures du 25 juillet répondaient à la volonté d’un peuple assoiffé de changement. Il s’érige même en donneur de leçons au président de la République  en le conseillant de  prendre garde et de se méfier de son entourage qui opte pour l’exclusion de ses opposants en misant sur sa popularité.  

Plus Kaïs Saïed avance dans la mise en place d’un nouveau système excluant, pour le moment, les partis politiques, plus Rached Ghannouchi s’emballe et multiplie les sorties médiatiques  visant à discréditer le locataire de Carthage sous prétexte que ce dernier «compte mettre en place un système politique lui permettant d’accaparer tous les pouvoirs», comme il le confirme dans cet entretien. 

Son gendre Rafik Abdessalem va encore plus loin en annonçant sur les réseaux sociaux que le parti Ennahdha n’a pas de concurrent sur le terrain.

Ce sont de tels propos qui ont précipité la chute de ce parti scindé déjà en deux  avec Abdellatif Mekki d’un côté et Ghannouchi et ses proches de l’autre.

Samir DRIDI

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