En deux ans de crise, la structure du secteur bancaire tunisien est restée globalement stable. Le ton est plutôt rassurant concernant l’état de santé des banques publiques et privées malgré les répercussions de la crise. Cette dernière a constitué une épreuve réelle de stress qui a touché de plein fouet quasiment l’ensemble des secteurs économiques en 2020. Les banques et les établissements financiers ont fait preuve de résilience opérationnelle grâce à leurs plans de continuité d’activité et ont assuré la continuité de leurs services aux entreprises et aux ménages.


Dans ce contexte, la BCT a réagi de manière proactive et énergique dès le début de la crise en mettant en place un ensemble de mesures d’ordre monétaire, économique et prudentiel, qui « visent à appuyer l’action du gouvernement dans sa lutte contre cette pandémie, à circonscrire la portée de la crise sur l’activité économique et à préserver la stabilité financière ».

Toutes les réformes structurantes entreprises par la BCT durant la dernière décennie, en l’occurrence le renforcement du cadre légal, réglementaire et prudentiel et la restructuration des banques publiques, ont permis de consolider les assises financières du secteur et sa capacité à financer l’économie.

Dans son dernier rapport annuel, la BCT  précise qu’à la faveur de la suspension de la distribution des dividendes qu’elle a décidée en mars 2020 en tant que mesure préventive, les banques sont parvenues à renforcer davantage leurs assises financières avec un ratio de solvabilité sectoriel moyen de 13,2% à fin 2019, « ce qui confère aux banques un coussin de fonds propres pour absorber l’impact éventuel attendu de la crise ».

Surveillance rapprochée des risques bancaires

Le stress test conduit par la BCT durant le second semestre 2020, sur les banques de dépôts résidentes, « a confirmé la capacité de résilience des principales banques même dans un scénario extrême et leur capacité à soutenir les opérateurs économiques durant les prochains exercices. Cela étant et vu que la crise sanitaire n’a pas encore livré tous ses impacts sur les opérateurs économiques, la BCT continuera à assurer une surveillance rapprochée des risques bancaires et veillera à prendre toutes les mesures requises pour garantir une identification et une couverture adéquates des risques avérés et latents », précise Marouane El Abassi, gouverneur de la BCT.

En se penchant sur les indicateurs de 2021, l’Intermédiaire en Bourse Tunisie Valeurs, dans sa note rétrospective sur le parcours boursier des huit premiers mois de cette année,  se dit «optimiste» pour le reste de l’année, à la lumière des performances de la place Tunisie entre janvier et août 2021.

Par ailleurs, la relative stabilité des taux d’intérêt et le niveau bas des valorisations devraient continuer à stimuler un regain d’intérêt dans les actifs risqués d’ici la fin de l’année.   De même, la Bourse affiche une performance de 6,8%, due à une reprise quasi-généralisée de l’activité pour la majorité des sociétés cotées, mais aussi de la bonne orientation des valeurs bancaires qui ont propulsé l’indice de référence. Les valeurs bancaires, poids lourd de la cote, ont été, en effet, favorisées par la levée conditionnée de la suspension de la distribution des dividendes relatifs à l’exercice 2019 et décidée en 2020.

Optimisme prudent

L’intermédiaire en Bourse avertit toutefois sur les mauvaises surprises. Un voile d’incertitude entoure encore les résultats de 2021 en raison d’une possible énième vague de contamination. Par ailleurs, les répercussions du choc pandémique qui ont détérioré davantage les conditions macro-économiques en 2020 pourront être ressenties jusque fin 2021.

L’essentiel de la performance de l’indice de référence a été réalisé sur le mois de mars (+6,2%), constate Tunisie Valeurs, mois qui a été marqué par la publication de la note de la BCT, levant la suspension de la distribution des dividendes par les banques et les établissements financiers.

Les indicateurs montrent que depuis le début de l’année, les volumes d’échange se sont nettement améliorés comparativement aux huit premiers mois de 2020. Les capitaux transigés se sont envolés de 33,9% à 1,2 milliard de dinars, soit une moyenne quotidienne de 7,2MDt. Le marché des blocs continue à jouer son rôle de tremplin des échanges sur le marché. Ce compartiment du marché a cumulé des capitaux de 432,7MDt, à la fin du mois d’août, contre un flux de 181,2MDt pour la même période de 2020.

Les indicateurs d’activité du premier semestre de l’année 2021 sont bien orientés du côté des dépôts: une progression de 3,2% depuis le début de l’année. L’évolution de la collecte s’annonce prometteuse sur l’année pleine. « L’avancement de la campagne de vaccination, l’occurrence d’une croissance économique de rattrapage en 2021, la poursuite de la politique monétaire non conventionnelle menée par l’institut d’émission et les efforts soutenus par les banques pour capter des ressources devraient stimuler un retour de l’épargne dans le circuit bancaire. Nous tablons sur une croissance de l’encours de dépôts du secteur bancaire coté de 9,8% à 79,4 milliards de dinars, en 2021 ».

Au chapitre des crédits, selon l’institut d’émission, le rythme de progression des crédits à l’économie s’est affermi en 2020, pour atteindre +6,9%, après +3,7% en décembre 2019. Cette évolution a été tirée par l’accélération des crédits aux particuliers (+5,9%  contre +0,4% en décembre 2019) qui a concerné, à la fois, les crédits au logement (+4,0%) et les crédits à la consommation (+7,6%). Les crédits aux professionnels ont, également, été dynamiques en 2020. Ces derniers ont évolué de +7,2% contre +4,9% une année auparavant.

Force est de constater que ce sont les banques publiques qui ont tiré vers le haut la production du secteur (+9,6% à 30,8 milliards de dinars) en 2020. Le secteur privé a, quant à lui, vu son encours des crédits augmenter de 6,4% à 42,1 milliards de dinars.

La production du secteur a nettement perdu de sa vigueur au cours de la première moitié de 2021. L’encours des crédits des banques cotées a affiché une reprise timide de 0,4% à 74 milliards de dinars. « La résurgence des tensions sur la liquidité bancaire, depuis le mois de juillet dernier, ne plaide pas en faveur d’une reprise de la distribution des crédits sur toute l’année 2021 aussi vigoureuse qu’en 2020 ». Le niveau global de refinancement peut en témoigner: il a atteint 10,5 milliards de dinars fin septembre 2021 après avoir connu un apaisement au mois de juin avec un total encours de près de 7 milliards de dinars. L’Intermédiaire en Bourse estime que le secteur bancaire coté devrait réaliser une croissance de son encours des crédits de 4,0% à 76,7 milliards de dinars, d’ici fin 2021.

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