Rien de nouveau jusque-là. L’affaire fait encore du surplace. Justice transitionnelle, dites-vous !

C’était, comme aujourd’hui, un certain «mardi noir» en 2012 à Siliana. Neuf ans déjà, la plaie est encore ouverte ! Personne n’a oublié les événements de la chevrotine et les séquelles qu’ils ont laissées dans la mémoire d’une région jusque-là en marge du développement. Aujourd’hui, elle fête son drame, sans pouvoir se débarrasser d’une triste journée, où de légitimes revendications populaires furent sauvagement réprimées.

Suite à l’appel de l’union régionale de l’Ugtt, une imposante marche de protestation a parcouru l’artère principale de la ville, gagnant le siège du gouvernorat de la place. Cette marée humaine agissait comme un seul homme, scandant à haute voix le départ du gouverneur. Aux ordres d’un gouvernement nahdhaoui, il n’avait pas tenu ses promesses d’emploi et de développement, ce qui avait attisé les tensions sociales et enfoncé la ville dans un flux et reflux interminable. Mais, nul ne croyait, à l’époque, que la situation allait dégénérer, de la façon la plus meurtrière. Crime d’Etat, pour ainsi dire ! Mobilisées en renfort, les forces de l’ordre avaient usé de leurs moyens pour étouffer les voix et museler toute forme d’expression. Leurs interventions étaient si musclées qu’elles ont tiré, sans pitié, à la chevrotine sur des milliers de manifestants, procédant à l’usage excessif et arbitraire des bombes lacrymogènes. Cela s’est soldé par un grand nombre de blessés dont certains ont été grièvement touchés aux yeux. D’autres, faute de traitement et de prise en charge à temps, sont atteints de cécité.

A chaud, juristes, société civile et activistes des droits de l’homme avaient vivement dénoncé ce qui s’est passé à Siliana, considéré comme un crime prémédité contre une population quasiment désarmée. Et des enquêtes   furent ouvertes, mais sans suite. Sauf que la commission, lancée en 2018 par le Ftdes, a fini par imputer l’entière responsabilité au gouvernement de la Troïka et pointer du doigt son ministre de l’Intérieur, Ali Laârayedh. De même, la défunte Instance vérité et dignité n’a pas manqué d’agir sur le terrain et mener ses études balistiques, tout en auditionnant des victimes de la chevrotine.

Leur dédommagement a toujours été sa principale recommandation. Mais, rien de nouveau, jusque-là. L’affaire fait encore du surplace.

Contre l’oubli !

Pourtant, la région souffre encore. Le syndrome de Siliana continue de remuer le couteau dans la plaie. Dans l’impunité totale, sans justice sociale. Cette région du nord-ouest tunisien n’a point profité des fruits de la croissance dans le pays.

Et la faiblesse de l’investissement public-privé pèse sur son développement régional. Toujours est-il que tous les gouvernements post-révolution n’y ont jamais pensé, du moins comme un droit et non pas une faveur. Avoir droit à l’emploi et au développement est un objectif qui mérite bien la messe.

Commémorer un tel drame, en ce 27 novembre 2021, c’est agir contre l’oubli.

Charger plus d'articles
Charger plus par Kamel FERCHICHI
Charger plus dans Actualités

Laisser un commentaire