Quarante-six ans après son décès à Paris, Joséphine Baker, cette Franco-Américaine, est la première femme noire et la première artiste scénique à faire son entrée dans le temple laïque. Josephine Baker, peu connue en Tunisie, est pourtant venue jouer, à Dougga, dans le film Princesse Tam Tam, un film en noir et blanc d’Edmond T. Gréville, sorti en 1935 tourné dans leur pays. Dans une photo immortalisée par Paul Sebag, l’amour qu’elle portait aux enfants y est restitué. En effet, elle est entourée d’enfants tunisien comme elle a l’habitude de le faire avec tous les enfants du monde. C’est en sorte sa «tribu arc-en-ciel» avec ses enfants blanc, noir, jaune, juif, musulman, chrétien, bouddhiste. Pourtant sa fin de vie fut abominable. Elle fut jetée à la rue avec ses enfants en France.

Aujourd’hui, la France lui rend hommage en la faisant entrer au Panthéon.  En effet, artiste et résistante franco-américaine, Joséphine Baker sera la première femme noire à entrer au Panthéon. Elle sera également la première artiste de music-hall qui vient prendre sa place aux côtés des “grands hommes” et de quelques “grandes femmes” au Panthéon. C’est un cénotaphe, un cercueil vide, qui contiendra de la terre des quatre endroits symboliques où Joséphine a passé une partie de sa vie : St-Louis, Paris, les Milandes en Dordogne, et Monaco, qui sera placé au Panthéon avec son nom. Sa famille a refusé que son corps soit déplacé de Monaco, où elle est enterrée près de son mari et un de ses enfants.  Le cercueil qui sera porté rue Soufflot par des aviateurs sur la musique de l’armée de l’air, en hommage de ce corps à Joséphine Baker —­ car elle a été sous-lieutenant de l’armée de l’air pendant la seconde Guerre mondiale — sera installé dans le caveau 13 avec Maurice Genevoix, dans une allée en face de celle où reposent André Malreaux, le couple Veil, Jean Moulin… et d’autres personnalités illustres.  Elle s’est engagée très tôt, en septembre 1939, d’abord comme soutien au moral des troupes (elle donnait des spectacles) puis comme agent de renseignement lors de ses voyages, et enfin dans l’armée de l’air en 1943, après le débarquement en Afrique du Nord. Elle portait d’ailleurs son uniforme  lors de son intervention pour les droits civiques en 1963 aux côtés de Martin Luther King. Pourquoi le 30 novembre ? C’est la date anniversaire de son mariage avec Jean Lion, à Crèvecoeur-le-Grand, dans l’Oise. Une union assez brève mais qui lui a permis de devenir française. A l’époque, cela se faisait automatiquement.

«Tous enfants de J. Baker»

Les enfants de Joséphine Baker, ses amis et ses fans n’ont pas attendu que les différents présidents qui se sont succédé, depuis sa mort, daignent s’introduire au Panthéon. Ils ont, dès le début du siècle, créé l’association «Tous enfants de Joséphine Baker» et lui ont réuni un comité d’honneur international des plus prestigieux, avec des personnalités comme Mohammed VI du Maroc, Dee Dee Bridgewater, Barbara Hendrix, Line Renaud…

Au 100e anniversaire de sa naissance, l’assiocation qui pérennise l’adoption par la star franco-américaine de douze enfants des quatre coins du monde («ma tribu arc-en-ciel», disait-elle), organisait une grande manifestation dans la région d’Île-de-France, du temps où elle était dirigée par le socialiste Jean-Paul Huchon. Dans l’esprit des valeurs humanitaires et de tolérance, défendues par Joséphine Baker, on annonçait la création d’un Prix international portant son nom, on présentait un livre de son enfant Brian (d’origine algérienne) «Joséphine Baker: Regard d’un fils» et on organisait «24 images secondes», des projections suivies de débats citoyens pour accéder et mieux comprendre l’Autre, animés par le réalisateur tunisien Kamel Chérif, fan de l’artiste et fort actif au sein de cette association, toujours installée dans Les Milandes, l’ancien château de Baker, racheté depuis par le petit fils de Saint Exupéry.

Aujourd’hui et à l’occasion de l’entrée de l’artiste au Panthéon, on s’apprête à annoncer la naissance du «Club Joséphine Baker» qui ambitionne de montrer l’autre face des banlieues et des quartiers dits difficiles, en mettant en contact de jeunes diplômés, immigrés ou issus de milieux défavorisés» avec des promoteurs et des employeurs, souvent réticents à l’égard de ces laissés-pour-compte. «C’est aussi cela l’esprit et le combat de Joséphine Baker», nous dit Kamel Chérif.

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