«L’instabilité politique n’a pas permis d’amorcer un cycle de réformes stable et continu, comment le faire alors que nous avons eu une dizaine de ministres des Finances en 10 ans ? On est en train de travailler sur la priorisation des réformes afin de pouvoir commencer à redresser l’économie et rééquilibrer la situation».


«Les Banques centrales jouent un rôle primordial dans les périodes d’incertitude en tant qu’acteurs principaux de la préservation de la stabilité macroéconomique», déclarent les premiers responsables des instituts d’émission de la Tunisie Marouane Abassi, du Maroc Abdellatif Jouahri et de l’Egypte Tarek Hassan Amer.

Intervenant aux travaux du panel de clôture de la 1ère conférence annuelle de la Banque centrale de Tunisie (BCT) sur l’économie du développement dans la région Mena, les trois gouverneurs ont insisté sur l’importance de la coordination entre la politique monétaire et budgétaire (policy-mix) dans le respect des missions confiées à chaque politique, à savoir la stabilité des prix pour la politique monétaire et la maîtrise de la dette publique pour la politique budgétaire.

Les gouverneurs se sont, également, accordés sur le fait que les pressions sur les équilibres budgétaires ne doivent pas porter préjudice à l’indépendance des banques centrales.

Au cours de son intervention à ce panel axé sur la question de l’inflation dans la région Mena et la manière dont les banques centrales y font face, Abassi a rappelé que l’Institut d’émission a pris beaucoup de décisions en relation avec la politique monétaire.

«En une année ou une année et demie, on est parvenu à stabiliser l’inflation et le taux de change pour arriver à un niveau de réserves en devises confortable», a-t-il indiqué.

Et d’ajouter que dans le contexte de la pandémie de Covid-19, l’inflation a repris son ascension, mais heureusement l’inflation de base n’a pas suivi le même rythme, même si elle oscille entre 6.2 et 6.4%.

«Ce n’est même pas comparable avec ce qu’on a vécu en 2017 et 2018, ou le taux a avoisiné les 6.7%. On va terminer l’année 2021 à 5.8%», a-t-il estimé, prévoyant toutefois des pressions extrêmement importantes au niveau des déficits budgétaires et de la demande du gouvernement en termes de financement intérieur.

«La Tunisie est un pays importateur net en beaucoup de produits même en termes de produit industriel, et les prix sur les marchés internationaux sont en train d’augmenter», a-t-il fait savoir, ajoutant que même les pays avec lesquels on a d’importants échanges commerciaux comme l’Europe sont aussi dans une logique inflationniste.

Pour Abassi, le problème c’est que la BCT est dans une logique ou elle est obligée d’assurer un financement intérieur au-delà de ce qui est possible.

«Là nous serons vraiment dans une situation très compliquée, d’autant plus qu’on n’a engagé ni réformes ni créé de la croissance pendant longtemps», a estimé le responsable.

Et de rappeler qu’après la Révolution tunisienne, on est passé d’un endettement de 40% jusqu’à 100% aujourd’hui, et on a un déficit budgétaire qui devient complètement ingérable.

«Quand je suis arrivé à la Banque centrale, le déficit courant était à 8.8%, l’inflation montait et le déficit budgétaire frôlait 7%. Il fallait une politique monétaire un peu plus restrictive», a-t-il fait savoir.

«L’instabilité politique n’a pas permis d’amorcer un cycle de réformes stable et continu, comment le faire alors que nous avons eu une dizaine de ministres des Finances en 10 ans», s’est-il interrogé, ajoutant «On est en train de travailler sur la priorisation des réformes afin de pouvoir commencer à redresser l’économie et rééquilibrer la situation.

Pour sa part, Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient et l’Afrique de Nord, a affirmé que la Tunisie, un pays aux prises avec l’inflation, subit une forte pression, ajoutant que tous les pays de la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (Mena) font face à ce problème émergent.

Le responsable s’est interrogé sur la manière dont les instituts d’émission de la région font face à de telles difficultés et sur la durabilité des solutions mises en œuvre.

Il a, toutefois, salué le rôle joué par les banques centrales pour atténuer l’impact de la pandémie de Covid-19 par des réponses monétaires et politiques qui ont facilité leurs actions de politique budgétaire.

Cette première conférence annuelle, organisée conjointement par la BCT et le Réseau régional de recherche des départements de recherche des banques centrales de la région Mena relevant de la Banque mondiale, s’est tenue en ligne les 1er et 2 décembre 2021.

Le thème de la conférence «Politique macroéconomique : innovation et défis en période d’incertitude» tire son importance du fait que la crise du Covid-19 a soulevé de nombreuses questions sur la manière de concevoir la politique monétaire en période d’incertitude élevée et sur l’indépendance des banques centrales, précise un communiqué de la BCT.

Et d’ajouter que le risque croissant de perturbations économiques, tant dans la région que dans le monde, souligne la nécessité de concevoir des politiques monétaires efficaces pour permettre aux pays de la région Mena de se préparer, de résister et de se remettre de la pandémie.

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