La médina s’organise autour d’un centre, c’est la place publique autour de laquelle sont répartis les commerces et artisanat, un espace hôtelier, une mosquée, un café…
C’est une organisation introvertie; le reste du tissu urbain est tissé autour de ce centre : notamment l’habitat. En effet les maisons donnent sur des espaces labyrinthiques appelés « sebbat » ou « bortal »  qui mènent à la place centrale et aux équipements qui l’entourent. Ces maisons semblent tourner le dos à la rue et à la palmeraie. A première vue, le tout se présente comme une masse compacte tournée vers elle-même. La ville est animée par la centralité de la place. Les maisons sont introverties autour d’un autre centre qui est le patio.

Lecture de la ville dans son environnement
Le degré de complémentarité entre la ville et son environnement se mesure et se lit dans un rapport de relativité cyclique : ce qui est à première vue fermé peut être ouvert à un moment donné et inversement. C’est une recherche d’équilibre en éternel changement suivant les saisons, l’abondance ou la rareté de l’eau, le changement des facteurs climatiques, tels que le vent dominant, les vents de sable, le sirocco, la pluie, le soleil, l’érosion, ainsi que les écarts de température typiques du climat continental sub-saharien.

Sur le plan environnemental
La frange de la médina est parsemée de mosquées, d’écoles coraniques et de zaouias qui protègent la ville. Protection spirituelle et physique. Elles constituent une ceinture d’espaces semi- publics qui protège l’espace privé de la maison. Elles sont le point de liaison entre la ville et la palmeraie. La limite entre elles est une démarcation physique et non une rupture.
A une échelle plus grande (macro-climatique), la formation ville-oasis constitue une unité faisant face à l’environnement immédiat assez hostile et difficilement domptable.
En effet, l’oasis constitue un écran naturel et protège la ville des vents de sable qui sont rafraîchis en la traversant, adoucis et ralentis.
Dans toute la zone présaharienne, la lutte est quotidienne pour un équilibre fragile entre l’homme et la nature, lutte contre l’érosion, l’ensablement, les vents de sable et l’avancée continuelle du désert.

Etude comparative : le cas de l’oasis de Ghadamès en Libye
Dans cette oasis, l’adaptation à l’environnement s’est faite d’une manière géniale et originale, qui consiste à surélever le niveau des constructions de toute la ville-médinale et faire entrer l’air frais de l’oasis à travers les rues couvertes. L’air frais entre par des ouvertures en bas des rues, il rafraïchit les maisons et ressort comme air chaud par des cheminées et ouvertures faites dans les toits des rues couvertes.

L’architecture de la maison 
L’intégration à l’environnement par la construction bioclimatique et les matériaux locaux. La typo-morphologie dans la maison oasienne patrimoniale. C’est une architecture qui s’adapte aux données climatiques du site géographique où elle se trouve. Elle est aussi appelée architecture vernaculaire. Elle utilise essentiellement les matériaux puisés sur site. Cette architecture patrimoniale s’appuie sur le savoir-faire local et empirique développé par des générations d’artisans. Elle répond aux normes de confort en vogue au moment de sa réalisation. En sachant que ces normes dépendent du pouvoir économique et social de l’habitant.
Répartition des espaces de vie : les chambres et les services sont répartis autour du patio. L’ orientation des chambres ne se fait pas par rapport aux points cardinaux, mais suivant l’orientation à la Mecque. Le vide du patio participe à la création d’un microclimat. Il offre une liberté au déroulement de la vie familiale et sociale à l’abri des regards et de la rue. Il donne la possibilité d’un nomadisme à l’intérieur de la maison suivant les saisons.
Les matériaux utilisés : ils sont puisés dans l’environnement immédiat. Ils sont transformés pour les besoins de la construction :
– l’argile pour faire les briques pleines cuites appelées «  galeb »
– le gypse (sulfate de chaux) est extrait et utilisé comme liant dans le mortier ou bien la pierre du plâtre cuite (par déshydratation et calcination, elle est pulvérisée) et employée comme enduit.
– les troncs de palmiers pour couvrir les toits de l’intérieur. Cette poutre est appelée «  jaiza » (traversant pouvant enjamber une distance)
– les branches de palmier appelées «  jrida » pour couvrir l’espace entre les poutres.
– le bois d’abricotier pour servir de nez de marche. Il est recherché pour sa solidité et sa dureté.
Les murs :
Les murs sont massifs, leur épaisseur varie entre cinquante et quatre vingts centimètres. Ils sont formés de deux parois en briques pleines cuites. L’intérieur est rempli de mortier de terre et de moellons. Les murs travaillent par leur masse et leur épaisseur, ils luttent contre l’effort par leur masse, leur poids et leur inertie. Echange thermique : ils diffusent leur fraîcheur dans la maison toute la journée et accumulent la chaleur pour la restituer le soir. On assiste à un nomadisme à l’intérieur de la maison. On utilise les terrasses abritées par des toitures légères en branches de palmier.
Dans le langage parlé, on dit que la maison respire. Elle est considérée comme une entité vivante et interactive avec le milieu ambiant. La paroi ou le mur : le mur semble être étanche alors qu’il est perméable et échange avec l’extérieur. La paroi n’est pas perçue de la même façon que dans l’architecture moderne, où le mur est une séparation fine qui n’a aucun rôle porteur. C’est un revêtement sans épaisseur assimilé à une feuille. Dans l’architecture patrimoniale, l’épaisseur de la paroi est semblable à l’épaisseur de la peau humaine. Celle-ci comporte plusieurs couches ayant chacune un rôle à jouer dans l’échange thermique avec le milieu ambiant. En effet la peau peut réguler la température du corps humain suivant la température ambiante. Elle aide le corps à s’acclimater. La paroi de par son épaisseur joue le même rôle dans l’échange thermique entre l’intérieur et l’extérieur. Les ouvertures : elles ont un rôle important dans la circulation de l’air, la distribution de la lumière dans les pièces d’habitation suivant leur taille, leur orientation par rapport à la course du soleil. Dans les zones chaudes oasiennes, on constate que les ouvertures sont étroites. Ce qui ne permet pas au soleil de trop réchauffer l’intérieur.
*Architecte urbaniste ( A suivre)

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