4«Face au tarissement des ressources financières, la conclusion d’un accord  avec le FMI est la seule issue, non seulement  pour surmonter l’impasse budgétaire, mais aussi pour déclencher le processus d’assainissement des finances publiques qui va permettre de créer un espace budgétaire suffisant pour stimuler l’investissement», constate Fatma Marrakchi Charfi. 


Le constat fait presque l’unanimité des observateurs économiques. Les marges de manœuvre budgétaires sont quasi-inexistantes. Sans faire une longue litanie des causes des dérapages budgétaires, percée désormais à jour, la crise des finances publiques inquiète tous les acteurs économiques. Le tarissement des ressources de financement et l’augmentation exponentielle des dépenses incompressibles (dépenses relatives à la compensation, service de la dette et masse salariale) ont poussé la Tunisie dans ses derniers retranchements. Le pays est désormais dans l’obligation de conclure un accord avec le FMI pour pouvoir accéder au marché international et mobiliser des financements extérieurs. Le gouverneur de la BCT se veut, en ce sens, rassurant. En ces temps de disette budgétaire, pas question de jouer les Cassandre. Il vient de lancer un message d’espoir pour calmer les esprits en déclarant que la Tunisie est capable de conclure un accord avec le FMI au premier trimestre 2022. Mais si le gouvernement n’arrive pas à décrocher un accord avec l’institution financière, parviendra-t-il à boucler l’exercice 2022?

Ouvrir la porte des bailleurs de fonds multilatéraux

Pour la professeure universitaire, Fatma Marrakchi Charfi, il est difficile pour l’Etat de mobiliser les financements nécessaires pour la LF 2022, sans un accord avec le FMI. “Je ne vois pas comment sans un accord avec le FMI, on peut financer le budget pour l’année prochaine. Il n’y a pas d’autres solutions mis à part un accord avec le FMI, qui déjà en lui-même n’est pas suffisant pour assurer le financement du budget parce que c’est lui qui va ouvrir la porte des bailleurs de fonds multilatéraux tels que la BM, la BAD… etc.”, affirme -t-elle dans une déclaration à La Presse. Etayant ses propos, Marrakchi explique cette orientation par la raréfaction des ressources financières à mobiliser. L’insuffisance des ressources propres, due à un niveau de croissance faible, d’un côté, et l’augmentation de la part des dépenses incompressibles, de l’autre“. Les recettes propres sont des ressources que nous pouvons avoir à partir de l’IRPP, de l’IS, de la taxation indirecte… etc. Or, toutes ces recettes-là dépendent de la croissance que nous allons réaliser. Aujourd’hui nous ne sommes même pas en train de faire des taux de croissance d’avant la révolution”, précise la professeure universitaire. Et d’ajouter : “Je crois que la Tunisie doit présenter un programme de réforme faisable sur lequel on doit s’entendre avec le Fonds. Le gouvernement doit montrer effectivement sa volonté et la faisabilité des mesures qu’il est en train de proposer”.

Le risque de crise systémique

Pour Marrakchi, ce programme est nécessaire parce qu’il va assainir le budget de l’Etat et diminuer son trend de vie. Ces réformes vont permettre une réallocation des dépenses et la création d’un espace budgétaire suffisant pour stimuler l’investissement public, la locomotive de l’investissement privé et des IDE.

Interrogée sur le risque d’assèchement de la liquidité bancaire, la professeure d’économie n’y est pas allée par quatre chemins pour mettre en garde contre le financement monétaire du déficit budgétaire, précisant que c’est une mauvaise manière de financer le budget de l’Etat. “Si la Banque centrale va continuer à alimenter le budget de l’Etat soit directement, comme cela était fait à la fin de l’année 2020, ou par le biais de banques, il y aura nécessairement un assèchement de la liquidité parce que les banques devraient choisir entre le financement des projets d’investissement ou le financement du déficit budgétaire. Même au niveau des banques, si elles vont continuer de financer le déficit budgétaire de l’Etat, cela signifie qu’elles vont mettre tous leurs crédits autour d’un même client. Il y a même un risque de crise systémique”, fait-elle savoir. Elle souligne, à cet égard, que les banques doivent diversifier leurs portefeuilles de crédits pour que le taux ne repose pas uniquement sur des crédits octroyés à l’Etat.

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