Le ministre de l’Economie et de la Planification, Samir Saied, annonce la couleur. Dévoilant la feuille de route de son département, il a lancé un message rassurant sur la démarche entreprise pour faire redémarrer la croissance, en annonçant :

. La suppression d’une deuxième liste d’autorisations qui concerne 26 activités touchant plusieurs secteurs

. Le prolongement du mécanisme de la garantie de l’Etat et la mise en place d’un fonds mezzanine pour la restructuration des entreprises sinistrées

. La création du poste de chargé d’affaires au niveau de la TIA et des ministères qui se charge des problèmes des investisseurs. “La TIA va se transformer en une machine d’analyse des blocages”.

Lever de rideau sur la feuille de route du ministère de l’Economie pour la relance économique et l’impulsion de l’investissement. C’est lors  du panel “Investissement et attentisme: Quels remèdes?”, que le ministre de l’Economie et de la planification, Samir Saied,  a présenté le plan d’action qui sera mis en œuvre par son département pour la dynamisation de l’investissement, un des principaux moteurs de la reprise de l’économie tunisienne.

Les mêmes difficultés qui font fuir les investisseurs

Revenant, dans un premier temps, sur l’évolution de l’investissement au cours des dix dernières années, Saied a souligné que le taux d’investissement n’a cessé de reculer, accusant une baisse moyenne de 7% par an pour s’établir à près de 15% en 2020.  “En 2021, le niveau d’investissement n’a pas progressé.

C’est pour dire qu’on doit multiplier les efforts parce que la situation est difficile”, a commenté le ministre. Il a ajouté qu’au niveau de la structure de l’investissement, la part de l’investissement privé a fortement baissé et elle ne représente, aujourd’hui, que 30%, alors qu’elle était de 50% en 2010. “Pour pouvoir attirer les investisseurs étrangers, la première étape c’est de regagner la confiance des investisseurs tunisiens. Il  n’y a que l’investissement et  l’export qui peuvent générer la croissance économique. On ne peut pas baisser le taux d’intérêt parce qu’il y a une stagflation et on ne peut pas augmenter, non plus,  les dépenses publiques  parce que nous sommes excessivement endettés. La marge de manœuvre est faible, on doit tirer profit du peu de leviers dont on dispose”, a-t-il précisé.  Saied a expliqué que, malgré les atouts majeurs de la Tunisie, il y a  des carences qui altèrent l’environnement des affaires. L’investissement énorme dans l’éducation n’a pas généré de  retour sur investissement et les jeunes ne trouvent pas suffisamment d’opportunités pour exceller, a-t-il fait remarquer.

Evoquant les difficultés à l’export, le ministre de l’Economie a affirmé que tous les moyens vont être mis en place pour récupérer le port de Radès qui est  le centre névralgique de l’export.  “Aujourd’hui, la cadence de manutention au port de Radès est de 2 conteneurs par heure alors qu’on devrait être à 20.  On ne peut plus continuer avec le centre névralgique de l’export étranglé. C’est un port qui appartient à l’économie nationale et qui appartient à tous les Tunisiens et on ne peut pas permettre à quelques-uns de le prendre en otage”, a-t-il précisé.

Lancement des travaux du plan 2023-2025

Au sujet des réformes, Saied a précisé que l’accent sera mis sur  la question de la lenteur d’exécution et du déficit d’implémentation. “Nous voudrions aller dans le sens de l’agilité, nous voulons avoir une plus grande célérité et détermination. Nous voulons renforcer le dialogue public-privé et nous avons commencé à le faire”, a-t-il indiqué. Par ailleurs, le ministre de l’Economie a annoncé le lancement, au mois de janvier 2022, des travaux du plan triennal 2023-2025. Ce plan  devrait s’inscrire dans une vision 2035 qui doit comporter l’ensemble des réformes économiques structurelles.

Concernant les chantiers engagés, Saied a affirmé que  le ministère de l’Economie s’est déjà penché sur les priorités qui vont faire améliorer le climat des affaires pour le rendre plus attractif et conforme aux standards internationaux. Il s’agit principalement de l’amélioration de la gouvernance de l’investissement, l’accès au marché fluide avec des règles claires, l’amélioration des mécanismes d’accès au financement, la poursuite de la digitalisation du parcours de l’investisseur, l’amélioration de l’offre logistique et la relance de projets PPP et des grands projets.

Suppression d’une deuxième liste d’autorisations

Face à une situation qualifiée de difficile, le ministère compte frapper fort et engager des Quick Wins. Dans le domaine de l’accès au marché fluidifié, Saied a annoncé la suppression d’une deuxième liste d’autorisations qui concerne 26 activités touchant plusieurs secteurs, notamment le transport, les télécommunications, le tourisme et l’industrie.  «L’ambition c’est d’établir, avant la fin 2022,  la liste négative restreinte pour qu’on soit conforme aux standards nationaux et pour qu’on diminue cette inertie de l’administration”, a-t-il précisé. Il s’agit également de digitaliser les autorisations et la simplification et l’harmonisation des cahiers de charge. En matière d’amélioration de la politique d’incitations, le département va également, à travers la révision  du décret 389, améliorer les incitations financières et simplifier les procédures d’octroi d’avantages.

Un mécanisme rapide de résolution des difficultés  au niveau de la TIA

S’agissant de la gouvernance de l’investissement, le ministre a annoncé le déploiement d’un mécanisme rapide de résolution des difficultés rencontrées par les investisseurs  au niveau de la TIA avec un système de reporting récurrent au CSI (Conseil supérieur de l’investissement).  “Nous avons l’intention de créer des chargés d’affaires au niveau de la TIA et des ministères qui vont s’occuper des problèmes de leurs clients, en l’occurrence  les investisseurs. La TIA va se transformer en une machine d’analyse des blocages.

A chaque fois où on trouve un problème particulier, il y a le Conseil supérieur de l’investissement, présidé par la cheffe du gouvernement, qui va s’en charger  pour changer la procédure bloquante», a-t-il expliqué.

Prolongement des mécanismes d’appui aux PME

Volet financement, Saied a annoncé le prolongement du mécanisme de la garantie de l’Etat pour soutenir les PME touchées par la crise covid. Il a ajouté, dans ce contexte, que son département travaille en concertation avec la BCT sur les différentes pistes à même d’apporter le soutien nécessaire aux entreprises et les aider à faire face à la crise covid. La bonification du taux d’intérêt, le prolongement du mécanisme de la garantie de l’Etat, la promulgation des décrets d’application de la loi relative au crowdfunding et, enfin, la mise en place d’un fonds mezzanine qui accompagnera les Sicar et qui permettra la restructuration des entreprises classées à cause de la crise covid, sont les principales mesures sur lesquelles le département de l’Économie s’est déjà penché.  “L’important pour nous  est de créer une démarche, une dynamique nouvelle en rupture avec le modèle économique actuel parce que l’économie internationale est en rupture. L’économie du savoir est en rupture avec le  modèle, “low cost”, des années 70. Aujourd’hui nous sommes à l’ère de l’économie du savoir et on a pris du retard dans ce domaine. Donc, nous devons changer de méthode.”, a fait savoir Saied. Et de soutenir : “Le vrai défi, cette fois-ci c’est de trouver les moyens pour réussir et  pour que cette feuille de route ne soit pas une lettre morte”.

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