La crise des magasins de prêt-à-porter est à son paroxysme, parce que les ventes ne redécollent pas. Bien au contraire, les Tunisiens, qui ont du mal à s’en sortir, se tournent en masse vers le système D : l’achat des vêtements d’occasion.


Les soldes d’hiver sont imminents et devraient débuter en janvier 2022, mais des commerçants en grande difficulté financière n’hésitent pas à anticiper la date butoir, en proposant de nombreux articles en promotions et rabais, à la caisse, pour des clients aux abonnés absents.

Ces derniers lui préfèrent la fripe de luxe et autres petits magasins de vêtements bien moins chers et meilleurs au niveau des prix pratiqués. Dans ce contexte de crise, la forte dégradation du pouvoir d’achat du Tunisien conjuguée à une augmentation régulière de la taxe douanière sur de nombreux produits importés et le gel des salaires depuis deux ans ont conduit à une triste et amère réalité.

Le consommateur tunisien n’a plus beaucoup de ressources financières pour se vêtir et préfère consacrer une grande part de ses dépenses à la première nécessité : l’alimentaire. Les dépenses liées à l’habillement viennent au second plan et se réduisent comme peau de chagrin. Le système D qui appelle au sens de la débrouillardise prend place et devient monnaie courante. Mais on franchit le Rubicon quand on voit comment les magasins de prêt-à-porter éprouvent toutes les peines du monde à écouler leur marchandise. La fin d’année est poussive et les vendeurs d’habits ne sont pas à la fête. Mercredi 29 décembre 2021 à deux jours de la fête du Réveillon qui annonce la nouvelle année 2022, un célèbre magasin de marque turque implanté depuis dix ans en Tunisie, plébiscité pour son bon rapport qualité-prix est totalement désert. Dans sa boutique d’Ennasr (Ariana) vers 11h00 du matin mercredi dernier, on tombe des nues. Si un agent d’accueil vérifie la détention du «passe vaccinal» par le client donne une bonne impression, le manque de gel hydroalcoolique à l’entrée est une chose qui fâche. Mais pour quel client donc ? Fini le temps des bousculades, même si les soldes n’ont pas débuté.

Hors de prix

Toutefois, une fois à l’intérieur, le consommateur est pris de vertige par la grille des prix pratiqués et affichés. Côté ligne vestimentaire masculine, des doudounes fines à 200 dinars et un lot de pulls proposés à 100 D l’unité invitent à attendre la période des soldes pour espérer dénicher quelques articles. Les rayons bébés et enfants sont étonnamment déserts, sans doute à cause de la baisse inquiétante des taux de natalité mondiaux ces deux dernières et très sombres années qui inquiètent et indignent de grands scientifiques américains, à l’instar d’Elon Musk… Pour les femmes, c’est une autre paire de manches pour rester belle et coquette toute l’année. Car les vêtements sont chers, très chers pour le Tunisien moyen qui doit contempler la masse de vêtements sans pouvoir se les offrir. Le nombre de clients se compte sur les doigts d’une main. Un jeune étudiant portant un sac-à-dos se contente d’un tour éclair, le temps de scanner les prix et repérer les habits qu’il voudrait acheter le jour des soldes. Les soldes privés ont disparu comme par enchantement dans certains magasins qui préfèrent garder leur lot de vêtements assez neufs du reste, vu la faible clientèle, plutôt que de les brader. Malgré tout, d’autres commerçants et petits magasins en ville font des pieds et des mains pour attirer une clientèle qui se détourne d’eux et va vers la friperie. Des soldes avant l’heure voient le jour, alors qu’ils n’auront pas lieu avant un mois encore si on se réfère à la date de démarrage de l’an dernier, le 29 janvier 2021, et qui auront duré deux mois. Le préposé au rayon confirme qu’il n’y a pas de soldes à l’horizon et qu’il faut casquer ou payer rubis sur l’ongle des fringues devenues inaccessibles au vu de la modicité des salaires des Tunisiens amenés à jongler avec la montagne de dépenses quotidiennes, à commencer par l’alimentation, les charges fixes et les coûts de scolarité des enfants. Du coup, il ne reste plus que la fripe pour faire des affaires !

Assaut sur les produits bon marché des circuits parallèles

Un petit tour dans les souks libya (Ariana) ou Boumendil permet de réaliser à quel point la différence est de taille entre les prix. Des chaussettes épaisses, de qualité 100% coton coûtent trois dinars, des gants avec leur étiquette à cinq dinars, des bottes de grande marque qui réchauffent, comme neuves, à quinze dinars. Les Tunisiens ne sont pas dupes et savent acheter malin et ne pas «dépenser sans compter». Pendant ce temps-là, les boutiquiers attendent désespérément le début des soldes pour écouler leurs marchandises qui ne quittent plus les rayons, hiver comme été. La crise sanitaire du covid-19 qui n’en finit pas avec le variant Omicron est passée par là pour anéantir les commerçants et fragiliser les ménages et consommateurs tunisiens qui ne voient plus le bout du tunnel.  Par ailleurs, on apprend qu’en France, pays connu pour sa grande tradition des soldes et l’engouement important de la population pour cet événement commercial, les soldes d’hiver débuteront le 12 janvier 2022 et s’étaleront sur quatre semaines.

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