Des caméras de vidéosurveillance dotées de logiciels de reconnaissance faciale se mettront bientôt au service de la lutte contre le terrorisme et le crime.

C’est à la faveur d’un contexte marqué par la persistance de la menace terroriste et la montée du crime qu’un système de surveillance et de protection de haute technologie connecté à un réseau de caméras de vidéosurveillance sera bientôt opérationnel en Tunisie et notamment au niveau de la capitale dont l’artère principale. Il s’agit d’un système de reconnaissance faciale capable d’analyser les images en temps réel, de détecter les personnes à comportements suspects, d’identifier les individus fichés ou recherchés par les unités de police. 

Le projet d’installation de ce système de surveillance et de protection  a été rendu possible grâce à un don d’environ 8 millions de dinars accordé par le Japon à notre pays en août 2019 à l’occasion de la 7e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique. «Ce dispositif vise à améliorer les mesures de sécurité», selon l’ambassade du Japon à Tunis.

Plus sûre sera la capitale

Les attentats terroristes perpétrés notamment  dans la capitale ont accéléré la mise en place de ce système de reconnaissance hautement sophistiqué. Les  nouveaux  logiciels liés à des caméras de vidéosurveillance seraient capables de repérer et d’identifier un individu suspect au milieu de la foule.

La principale avenue de la ville de Tunis, pourtant bien quadrillée par des unités sécuritaires, a connu ces dernières années trois attentats terroristes soit une attaque chaque  année, ce qui explique par ailleurs l’imposant dispositif de sécurité tout au long de cette artère qui est devenue depuis la révolution le lieu de prédilection pour les grands rassemblements commémoratifs et protestataires.

A cet effet, on rappelle qu’en octobre 2018, un attentat a été perpétré par une kamikaze à proximité d’un véhicule de police à l’avenue Habib-Bourguiba. Au moins 20 personnes ont été blessées dont 15 policiers et 5 civils. «Le terrorisme est toujours présent au cœur de la capitale», avait commenté feu Beji Caïd Essebsi. Il avait vu juste puisqu’en juin 2019, un double attentat-suicide avait ciblé les forces de l’ordre dans la capitale causant la mort d’un agent de police et la blessure de huit personnes. Le groupe «Etat islamique» avait revendiqué quelques jours après l’opération terroriste.

En novembre 2021, les forces de l’ordre ont réussi à maîtriser un individu armé connu par ses antécédents terroristes qui tentait  d’agresser un agent  à proximité du ministère de l’Intérieur.

Armé d’une machette et d’un couteau, il a réussi à franchir les barrières de sécurité à quelques mètres du ministère en criant Allah Akbar. Ce fut l’acte de trop pour le nouveau maître du 17 avenue Habib-Bourguiba et son équipe. 

Bientôt des caméras de vidéosurveillance seront dotées au niveau de certains points névralgiques de la capitale Tunis (et pas toutes) de logiciels de reconnaissance faciale et se mettront au service de la lutte contre le terrorisme et contre le crime.  

Quelle position pour l’Instance de protection des données personnelles?

L’Instance nationale de protection des données personnelles (Inpdp), qui figure parmi les garde-fous des droits et des libertés dans la Tunisie post-révolution, est chargée d’après l’article 76 de la loi organique numéro 63 du 27 juillet 2004 de la mission, entre autres, de «déterminer les garanties indispensables et les mesures appropriées pour la protection des données à caractère personnel». Son président, Chawki Gaddes, ne badine pas avec le respect des données personnelles, ce qui n’est pas de nature à plaire à certains décideurs. Lors de son audition en janvier 2021 par la Commission parlementaire des droits, des libertés et des relations extérieures, au sujet des deux projets de loi n°83-2020 et n°84-2020, relatifs à la carte nationale d’identité.et aux documents de voyage, il a assuré que l’Inpdp s’est employée, depuis 2015, pour que le projet de loi relatif à la carte d’identité biométrique soit en harmonie avec les principes de protection des données personnelles.

«Il est inévitable pour notre pays de passer à l’usage de la carte d’identité biométrique, en dépit des problématiques que pose cette pièce d’identité au niveau de la souveraineté numérique de l’Etat», avait-il déclaré par la même occasion, faisant ainsi référence aux fournisseurs étrangers qui produisent la puce électronique utilisée dans la pièce d’identité biométrique, et, par conséquence, à la possibilité du non-respect des données personnelles de tous les citoyens.

Pour Chawki Gaddes, l’Inpdp n’est pas contre l’installation de caméras de surveillance dans les rues pour des raisons sécuritaires, mais contre le fait de ne pas révéler leurs emplacements aux citoyens, puisque cela relève de la protection des données personnelle, d’après sa déclaration à la TAP en décembre dernier. Mais qu’en est-il de sa position à l’égard de l’application du système de la reconnaissance faciale? Contacté à cet effet, il a été catégorique. «L’Inpdp n’a pas été consultée à ce propos et, en principe, elle s’oppose à la mise en application de ce système. Ceci s’apparente plutôt  à un système de surveillance», a-t-il mis en garde. Au cas où la vidéosurveillance ciblerait des individus recherchés par la justice, ceci ne pose aucun problème, ajoute-t-il.

En 2018, la question de la mise en place d’un système de reconnaissance faciale  a été évoquée au niveau de l’ARP à l’occasion de la discussion du projet de la carte d’identité biométrique. Notre position a été on ne peut plus claire. Ceci est en contradiction avec la loi de 2004 portant sur la protection des données à caractère personnel et exige la consultation de l’Inpdp, a conclu Chawki Gaddes.

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