Immersif à souhait, le long métrage iranien d’Ahmad Bahrami «The Wasteland» déroute surtout par sa maîtrise exceptionnelle de la caméra et par la construction de son scénario. Un ovni iranien que les cinéphiles espèrent voir prochainement sur grand écran.

En version originale, «Dashte Khamosh» est une expérience cinématographique forte d’un langage éloquent nouveau : il parvient à transmettre d’une manière implicite les états d’âme des personnages, les ressentis divers émanant de leurs errances et de leurs échanges, et d’accorder au spectateur une libre interprétation.

Résumer le film, c’est le réduire : l’histoire est construite autour du personnage de Lotfollah, qui est un superviseur d’usine de briques, servant d’intermédiaire entre les ouvriers et le patron. C’est dans cette usine et ses environs que le public est entraîné et fera la connaissance aussi d’un patron, qui, à un moment précis, annonce à ses ouvriers, composés de plusieurs ethnies, la fermeture de l’usine. Une succession d’événements, narrée presque au ralenti, se déroulera. Et pour Lotfollah, garder Sarvar, la femme qu’il aime, indemne, reste primordial.

En noir et blanc, le réalisateur raconte une fiction dystopique d’un réalisme saisissant, tournée dans des décors bruts. Dans un élan de ralenti, l’étau se resserre autour des travailleurs de l’usine et du personnage Lotfollah. La scène centrale du discours du patron s’adressant à différentes foules est récurrente : une manœuvre qui rappelle l’impact de l’événement sur le devenir du récit. La narration est schématisée jusqu’à impliquer Sarvar, la bien-aimée de Lotfollah. Une répétition qui met en relief un aspect socio-philosophique riche, puisqu’en s’adressant à différentes ethnies, ce patron parle à de nombreuses personnes, évoquant ainsi différentes problématiques liées à la superstition, les croyances, les relations extraconjugales, le racisme, les mœurs… Autant de thématiques sociales évoquées simultanément avec la chute de l’usine, et un patron soucieux omniprésent, essayant de trouver des alternatives à cet échec. Mais le personnage de «Lotfallah» reste tragique par excellence : digne et résistant, il garde le cap en pleine spirale. Un homme caractérisé par son sens de la loyauté et du sérieux à côté de Sarvar, un personnage féminin discret, mais intriguant. Le cinéma de Bahrami est fort d’une esthétique nouvelle sur grand écran qui interpelle. Ce film a été présenté à la Mostra de Venise de 2020 et n’est pas encore sorti dans plusieurs pays. Il a été néanmoins projeté pendant les JCC 2021 à Tunis, en présence de son réalisateur. A l’affiche, les deux acteurs Mahdieh Nassaj et Ali Bagheri.

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