Tribune | La congélation d’ovules

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Dr Mohamed Ali Bouhadiba*

On connaissait les bébés éprouvettes, mais pas encore les bébés congelés ou pour être moins «Gore», les ovocytes qui fabriquent le corps du bébé. La déclaration fracassante de Nermine Sfar —par qui le buzz arrive—, qui souhaite congeler ses ovocytes, a mené à se poser des questions. Cette pratique est-elle légale? Morale? Maîtrisée? Déontologique?

Une petite fille qui vient de n’être possède 500 mille ovules dans ses ovaires. Ce nombre n’augmentera jamais, car cette cellule ne se multiplie pas, par contre, chaque mois qui passe et cela pendant toute sa vie, elle en perdra plusieurs centaines.

A la puberté, apparaîtra un nouveau phénomène, l’ovulation, c’est-à-dire la libération d’un ovocyte par l’ovaire, et c’est ce qui rythme le cycle de la femme. Après 50 ans, tous les ovocytes auront disparu.

Un ovocyte est une cellule mystérieuse aux pouvoirs étranges, c’est la plus grosse cellule du corps, 300 fois plus grande que les autres.

Cette cellule est celle qui fabrique le corps du bébé, le spermatozoïde, lui, n’apporte que de l’ADN, elle détermine selon le point d’entrée du spermatozoïde, notre symétrie droite gauche et le haut et le bas de notre corps.

Elle nous fournit de quoi respirer sous forme d’organelles appelées mitochondries qui font respirer la cellule. Ces mitochondries sont identiques pour tous les humains sur terre, et c’est ce qui nous permet d’affirmer que toute l’humanité descend d’une seule femme, la Eve mitochondriale.

Cette cellule envoie des signaux à l’utérus pour qu’il se prépare à recevoir l’embryon (cell signalling), comme un avion envoie des signaux à la tour de contrôle pour atterrir.

La  congélation d’ovocyte consiste à conserver cette cellule dans le froid pour lui préserver sa compétence fécondante. Elle n’est pas nouvelle et date de plus de 40 ans. Cette congélation est un processus délicat, car il faut éviter la formation de cristaux de glace qui endommageraient la cellule.

La technique est maintenant bien rodée et utilise une déshydratation de la cellule avant de la plonger dans de l’azote liquide à -196 degrés Celsius. Cela s’appelle la vitrification.

On le fait généralement pour les fertilisations in vitro pour garder des cellules disponibles au cas où ca ne marcherait pas dès la première fois, et cela évite à la patiente une autre ponction.

On le propose aussi aux femmes malades de cancer qui vont recevoir une chimiothérapie ou une radiothérapie qui pourrait endommager les ovaires. Cela préserve leur capacité reproductive future.

Récemment, on a commencé à l’offrir aussi aux femmes qui veulent reculer leur grossesse et qui craignent d’atteindre l’âge de la ménopause. Soit pour des raisons professionnelles, soit parce qu’elles n’ont pas encore rencontré l’âme sœur.

La congélation d’ovule est pratiquée de plus en plus dans tous les pays et montre d’aussi bons résultats qu’avec des ovules frais; en outre, on ne note pas d’effets négatifs particuliers sur la grossesse.

*Médecin spécialiste, consultant en obstétrique et gynécologie                 

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