Encore une femme rurale travaillant dans la cueillette des olives qui succombe à un accident du travail des suites de brûlures. Encore une femme dont les médias citeront le nom comme victime et qui a laissé deux orphelins, une fille et un garçon handicapé. Malheureusement, l’Etat regarde avec une indifférence glacée ces drames et ne bouge pas le petit doigt pour empêcher que de telles situations dramatiques ne se reproduisent.

Elles sont plus de 500.000 femmes à travailler en milieu rural. Mais leurs conditions de travail sont toujours marquées par une précarité à la limite d’une exploitation honteuse et indigne. Elles meurent en route vers les champs ou dans des accidents du travail tragiques. Elles représentent une sorte de main-d’œuvre d’appoint à différents moments du cycle agricole (récoltes, entretien, sarclage, stockage, soins des animaux) à bon marché. Sans couverture sociale, sans reconnaissance de leurs droits, elles sont les murs porteurs de plusieurs familles démunies. Elles prennent aussi à leur charge tous les travaux domestiques sans lesquels les cellules familiales ne sauraient survivre (ramassage du bois, collecte d’eau, entretien des lieux). En Tunisie, pays qui se targue, dans les forums internationaux, d’être celui qui a libéré la femme, un tiers d’entre elles sont analphabètes et deux tiers sont femmes au foyer.  Selon l’INS, près de 47% des femmes rurales sont des travailleuses occasionnelles et vivent de la vente de proximité des produits.

Mais en dépit de cette contribution quantitative comme qualitative à l’agriculture et à la pérennité des liens et de la vie familiale (ce que l’on appelle l’économie domestique), son rôle est  toujours ignoré, au mieux largement sous-estimé.

Une marginalisation de ces femmes est aggravée par une exposition à de multiples facteurs de risques liés à leur intégrité physique comme morale. En plus de ces conditions pénibles, elles sont exposées à des risques multiples liés à leur travail dans les champs. Combien de fois le halo des projecteurs a été dirigé vers cette catégorie de femmes laborieuses, qui succombent dans des accidents de la route, entassées comme des bêtes de somme à l’arrière des camions ? Combien de fois l’Etat s’est-il engagé à améliorer les conditions de transport de ces femmes sans pour autant imposer un protocole à même de préserver leurs vies et leur dignité ? Cette femme, qui a été brûlée, car les flammes d’un feu de bois allumé pour préparer le petit-déjeuner pour elle et les autres travailleuses ont accidentellement pris ses vêtements, ne sera qu’un autre chiffre dans le registre des sinistres subis par les femmes rurales. Malheureusement, l’Etat regarde avec une indifférence glacée ces drames et ne bougera pas le petit doigt pour empêcher que de telles situations dramatiques ne se reproduisent, alors  que 35% d’entre elles sont confrontées aux risques d’accidents du travail et aux maladies professionnelles. D’autres indices confirment cette vulnérabilité aux limites de l’insoutenable. Mais qui s’en soucie ? Certainement pas l’Etat.

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