Doux rêve et vœu pieux, le projet d’un réseau ferroviaire rapide, entamé depuis 2007, n’arrive pas encore à démarrer après près de 15 ans. Les derniers verrous qui freinent encore son avancement sont multiples, mais pas impossibles. Pourtant, le projet qui est remis sur la table de tous les gouvernements qui se sont relayés est toujours à l’arrêt. Conséquence, le coût du projet, réestimé en 2018 à 4,3 milliards de dinars contre 3,2 milliards de dinars initialement prévus, nécessite la mobilisation de trois autres milliards de dinars pour pouvoir achever les travaux. En plus des plaintes des riverains objet d’expropriations, s’ajoute la défaillance de l’entrepreneur étranger chargé de la réalisation des travaux de génie civil sur la ligne D, en l’occurrence le groupe italien Tecnis dont le contrat a été annulé pour manquements. On pointe du doigt un énorme problème de gouvernance depuis le lancement du projet.

Le RFR est le moyen de transport de l’avenir, comme le clament certains pour sa bonne performance environnementale, pour sa rapidité et pour l’étendue de son réseau.

En effet, le but de ce projet est de désenclaver un nombre important de régions. Il y a des citoyens qui souffrent d’un déficit de transport et qui se déplacent avec beaucoup de difficultés dans le Grand Tunis. Ce qui rend ces régions peu attractives pour l’investissement et pour l’habitation. Une région comme El Gobbâa, qui sera à moins d’un quart d’heure du centre-ville (contre une heure  et demie actuellement), prendra certainement de la valeur. L’impact du RFR y sera spectaculaire. Imaginez Souk El Mellassine à 4 minutes de Tunis. La fréquentation de la clientèle va sans doute connaître un boum.

À l’usage des travailleurs, des employés, des étudiants, des familles, ce train  rapide, qui roulera en site propre avec une vitesse commerciale de 35 à 40 km/h (le métro roule à 17 km/h), permettra de favoriser la qualité de la vie dans les quartiers en les rendant plus attrayants, de réduire la pollution atmosphérique grâce à l’utilisation de l’électricité et à la réduction de la circulation automobile, de revitaliser les centres des cités, de contribuer au dynamisme économique des cités, de favoriser l’expansion des entreprises, de diminuer le nombre de parcs de stationnement, d’augmenter la fluidité et la rapidité de circulation des personnes. S’agissant d’un mode qui tend à améliorer les déplacements urbains, le RFR roulera entièrement en site propre. Il n’y aura aucune intersection ni avec la route, ni avec les piétons. Mais comment contourner le piège des contestations des habitants à cause du tracé du RFR qui passera sous leur nez ? En effet, ce projet risque de causer quelques désagréments aux riverains, car il va empiéter sur leurs emplacements. Un travail, pour réduire au maximum les effets indéniables du RFR sur son environnement direct, a été effectué. Les personnes atteintes par ces effets ont eu droit à des indemnisations. Mais il faut reconnaître que les effets bénéfiques de ce mode de transport sont beaucoup plus nombreux et revêtent un caractère d’intérêt général. L’objectif est que les habitants de ces quartiers ressentent rapidement l’impact positif du RFR.

Ainsi, pour favoriser la réceptivité de certains groupes, il est prévu la création d’une fondation RFR pour la responsabilité sociétale de l’entreprise. Elle aura pour objectif de créer une dynamique économique autour du projet par la création de l’emploi dans les endroits par où passe le RFR, et ce, à travers un appel à projets.

En effet, pour créer des liens avec son environnement socioéconomique, l’entreprise prévoit, à travers cette fondation, d’initier les jeunes à l’entrepreneuriat privé, par la prise en charge de l’autofinancement de quelques projets, par exemple. Un schéma complet est prévu pour tracer les contours de ces actions.

A cet effet, les stations du RFR ne seront pas de simples arrêts. Des activités commerciales à l’intérieur des bâtiments génèreront une dynamique économique et une animation des lieux. Encore mieux, le RFR, à travers cette fondation, va aider les populations démunies et les catégories vulnérables prendra en charge la restauration des écoles, des dispensaires et créera une dynamique sportive et culturelle pour mieux établir le contact avec les populations des quartiers.

Les raisons d’un retard

Mais pourquoi un tel projet, qui va mettre en ébullition le secteur ferroviaire, a-t-il accusé un tel retard? Certes, à l’instar de tous les grands projets qui ont été affectés par la période de troubles qu’a connue le pays depuis le 14 janvier 2011, le projet du RFR a subi les contrecoups de la transition et de l’instabilité politique et sociale dans notre pays. Toutefois, ce retard dans l’exécution des travaux et qui coûte, selon les estimations 100 millions de dinars par an en termes de perte et de manque à gagner n’est pas simplement le fruit de la Révolution. En effet, la gestion du projet n’était pas idéale. Il n’y avait pas de coordination entre les divers départements concernés (ministère du Transport, Sncft, ministère des Finances, ministère de l’Équipement, ministère du Développement, outre les autres intervenants tels que la Sonede, la Steg ou TT pour la réalisation de ce projet, ce qui explique pourquoi il a fonctionné au ralenti.

Pour pallier cette anomalie qui faisait perdre du temps et de l’argent au projet, et pour rassurer les bailleurs de fonds, un comité de pilotage présidé par le Chef du gouvernement et qui comptait cinq ministres, à savoir des Finances, du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale, de l’Equipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire, des Domaines de l’État et des Affaires foncières, du Transport, le secrétaire général du gouvernement, le conseiller auprès du Chef du gouvernement chargé des affaires économiques, le gouverneur de Tunis, le gouverneur de La Manouba, le PDG de la société RFR et le PDG de la Sncft, a été mis en place en 2014 sans pouvoir faire avancer d’un iota le projet.

Ce comité de pilotage, qui devait résoudre tous les problèmes séance tenante ou entre les réunions puisqu’il instaure une coordination directe et permanente entre les départements, n’est pas parvenu à faire sauter tous les verrous.

En effet, beaucoup de plaintes ont été adressées aux principaux bailleurs de fonds ainsi qu’à la Délégation de l’Union européennes, outre celles formulées auprès des autorités locales. Le nœud gordien est certainement la Place du Bardo, dont les riverains refusent que la ville soit divisée par les murs nécessaires à un tracé propre au RFR. Ils pointent du doigt une mauvaise administration défaillante. Selon eux, l’entreprise n’agit pas en conformité avec la législation ou les politiques, règles et procédures en vigueur, n’a pas respecté les principes de bonne administration et porte atteinte aux droits de l’homme. À titre d’exemples de non-respect des principes de bonne administration tels que définis par le Médiateur européen, on citera les irrégularités administratives, l’iniquité, la discrimination, l’abus de pouvoir, le défaut de réponse, le refus de fournir des informations, les retards indus. Des cas de mauvaise administration peuvent également être liés aux incidences environnementales ou sociales des activités de l’entreprise, aux politiques concernant le cycle du projet ou encore à d’autres politiques en vigueur.

Cependant, il y a quelques jours, les responsables du secteur du transport et du gouvernorat de Tunis ont lancé un appel à la société du Réseau ferroviaire rapide (RFR) de Tunis et à la municipalité du Bardo afin de présenter, dans un délai maximum de 15 jours, une solution opérationnelle pour régler le dossier relatif au projet de Réseau ferroviaire rapide (RFR), notamment la ligne D reliant la gare Barcelone (centre-ville) à la station Mnihla, bloquée depuis l’année 2014, à cause du problème de la Place du Bardo.

Les participants ont souligné, à cette occasion, la nécessité de parvenir à une solution participative en se basant sur des données précises et objectives pour les deux parties et en tenant compte des caractéristiques techniques de ce type de projet et de la nécessité de parvenir à une formule finale pour lancer ce projet avec toutes ses composantes dans les meilleurs délais. Mais l’échec d’une telle initiative à l’amiable est déjà sur toutes les lèvres puisque de, part et d’autre, chacun campe sur sa position.

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