La transition énergétique est un défi de taille pour la Tunisie et plusieurs pays du monde entier qui ont fait de ce sujet l’un des grands projets d’avenir.
Se lancer dans le chantier d’une transition énergétique nécessite un fort engagement en matière de réduction de la dépendance énergétique, de création d’emplois, de contrôle des prix de l’énergie, de réduction des émissions de gaz à effet de serre… Mais à quel prix, alors que le déficit énergétique de la Tunisie ne cesse de se creuser d’une année à une autre ?

Pour débattre toutes ces questions liées à la problématique de l’énergie en Tunisie et proposer des recommandations permettant d’accélérer la mise en œuvre de cette stratégie, l’Association des économistes tunisiens (Asectu) a organisé à Hammamet, sa 15e conférence annuelle sur le thème « Accélération de la transition énergétique: révolution numérique, subventions publiques et décentralisation », en présence de nombreuses personnalités nationales et internationales du monde économique et politique.

Un défi récurrent…

Le président de l’Asectu, Mohamed Haddar, a indiqué que la problématique de la transition énergétique en Tunisie ne date pas d’aujourd’hui. C’est un défi récurrent mais qui constitue actuellement un vrai « casse-tête » dans un contexte économique difficile et très fragile. En effet, au fils des années, plusieurs études ont été réalisées sur la transition énergétique, des dizaines de stratégies ont été élaborées, des centaines de conférences impliquant les décideurs, les bailleurs de fonds et la société civile ont été organisées… La dernière manifestation en date était le dialogue national en mai 2019. Malgré tous ces efforts et toutes ces manifestations, cette problématique reste toujours d’actualité, non seulement en Tunisie mais aussi à l’échelle internationale.

Haddar ajoute que le choix de ce sujet n’est pas fortuit au moins pour trois raisons. D’abord, depuis les années 1980, la Tunisie n’a cessé de miser sur l’efficacité énergétique et des progrès ont été réalisés dans ce sens. «Dés le début des années 1980, la Tunisie a mis en place une politique nationale de maîtrise de l’énergie et de la promotion des énergies renouvelables», dit-il. Ensuite, la problématique de la transition énergétique en Tunisie a été posée quasi exclusivement en termes de rareté de ressources fossiles, alors que depuis 2001, le pays est entré dans un cycle déficitaire en énergie. Finalement, pendant des années, quatre plans solaires ont été élaborés (en 2009, 2012, 2016 et 2018), reprenant pratiquement les mêmes objectifs sans avoir des résultats notables et satisfaisants. «Tout le monde est conscient, aujourd’hui, que la transition énergétique exige le passage d’un modèle énergétique basé essentiellement sur la valorisation des énergies fossiles à un autre modèle plus respectueux de l’environnement grâce à l’investissement dans les énergies renouvelables. Mais cet enjeu nécessite l’implication de tous les acteurs institutionnels et économiques. Cette conférence est, donc, une occasion pour agir tous ensembles pour une alternative à une consommation effrénée de l’énergie et préserver notre planète pour la génération actuelle, mais aussi pour les générations futures», souligne-t-il.

Quels objectifs ?

La transition énergétique doit relever plusieurs défis. A l’échelle économique, il faut réduire la dépendance énergétique, créer de l’emploi, gagner en compétitivité… Pour le volet social, on doit contrôler le prix de l’énergie pour lutter contre la précarité. Un défi régional s’impose aussi ; il faut favoriser les productions décentralisées où chaque région/territoire/localité adaptera ses moyens de production d’énergie selon ses spécificités climatiques et ses besoins…

Pour l’écologique, il faut diminuer concomitamment les émissions de gaz à effet de serre et leurs effets néfastes sur l’environnement et la santé publique…Un autre défi de la même importance est celui des technologies; il faut favoriser le recours aux technologies numériques à même d’offrir des solutions performantes pour gérer efficacement la consommation.

«Une fois le diagnostic établi, voici le temps venu de passer à l’action. Le gouvernement, les entreprises et les citoyens doivent agir de façon concertée pour proposer des solutions audacieuses et novatrices ainsi que des moyens concrets pour faire réussir cette transition et ces défis», affirme-t-il.

A cet égard, quatre objectifs ont été fixés tout au long de ces journées. Il s’agit, tout d’abord, «d’informer» tous les acteurs et les parties prenantes de la situation du secteur des hydrocarbures, les mesures prises par les pouvoirs publics pour promouvoir l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables ainsi que les contraintes entraînant le potentiel en la matière (institutionnelles, réglementaires, financières…).

Deuxièmement : s’inspirer des expériences étrangères en la matière. «C’est une opportunité de parler des expériences internationales réussies et discuter comment un certain nombre de pays ont réussi à dépasser les barrières qui entravent le développement de l’efficacité énergétique ainsi que le développement des énergies renouvelables», précise Haddar.

Le troisième objectif consiste en la proposition des recommandations permettant d’accélérer la mise en œuvre de ces stratégies, dans le cadre d’une démarche collective et inclusive, d’un mécanisme de coordination entre l’ensemble des acteurs aussi bien les institutions gouvernementales, les collectivités territoriales, les grandes entreprises, les PME que les consommateurs.

Un dernier objectif est d’attirer les grands investissements. Haddar affirme que dans les circonstances actuelles de la Tunisie, on a besoin de grands investissements. Il est, donc, indispensable de proposer des mesures rassurantes et encourageantes pour attirer ces investissements lourds. «Un objectif pratiquement difficile à réaliser dans les conditions actuelles en raison des difficultés budgétaires, climatiques, sociales dans le pays. Mais on ne compte pas baisser les bras, malgré toutes ces contraintes… Toute la question est comment réorganiser le marché de l’énergie à la lumière de ces mutations profondes ?», précise-t-il.

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