Dans un contexte de raréfaction des financements disponibles, le ministère de l’Economie et de la Planification a fait le choix de prioriser et d’optimiser les investissements publics qui devraient être inscrits dans le prochain plan de développement 2023-2025. L’évaluation du plan quinquennal précédent, récemment entamée par le département de l’économie, va permettre de passer au crible les projets en continuation et d’identifier, selon les critères de faisabilité et de rentabilité socioéconomique, ceux qui vont être maintenus dans le nouveau plan triennal. Plus de détails sur les travaux d’élaboration du nouveau plan de développement 2023-2025 avec Belgacem Ayed, président du comité général du développement sectoriel et régional au sein du ministère de l’Economie et de la Planification.

Quels sont les principaux constats tirés de l’évaluation du plan de développement 2016-2020 ?

Nous avons, désormais, démarré les travaux d’élaboration du plan triennal 2023-2025. La première étape consistait à évaluer le plan précédent 2016-2020. En 2019, on a déjà engagé une démarche d’évaluation mais le contexte administratif était instable. Les résultats préliminaires montrent qu’on est loin des objectifs fixés, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, on a pu constater qu’une grande partie des projets du plan précédent n’étaient pas mûrs. Ainsi, le renchérissement des prix, surtout de l’énergie, des produits pétroliers et des matières premières, notamment dans la construction, a impacté la réalisation des projets (dans certains cas, les prix ont évolué de près de 40%). On a également décelé un problème au niveau de la capacité d’exécution des entreprises privées contractantes chargées des projets. Il y a surtout le facteur revendications sociales et instabilité sociale qui a beaucoup impacté l’avancement des projets.

Il ne faut pas oublier, non plus, qu’il y a un manque au niveau du personnel qualifié au sein de l’administration, surtout régionale. La lenteur des procédures et la peur des cadres administratifs de prendre les décisions ont fortement impacté la prise de décision.

Les résultats préliminaires ont révélé un autre facteur lié à la disponibilité des financements. On a remarqué que les projets financés à travers des crédits extérieurs n’ont pas beaucoup avancé parce qu’ils sont, en grande partie, tributaires des transferts de l’Etat, et, comme il y a une crise des finances publiques, les sommes allouées par l’Etat demeurent insuffisantes pour débloquer les financements nécessaires. On est resté dans un cercle vicieux même si on est en train de perdre, notamment en termes de commissions d’engagement sur les crédits engagés et non tirés.

En 2018, les commissions d’engagement ont été estimées à 9 millions de dinars. Actuellement, on a appelé tous les intervenants et les ministères à faire une évaluation beaucoup plus précise sur les réalisations 2016-2021 pour identifier tous les projets en continuation. En effet, les projets en continuation se répartissent en deux groupes; le premier groupe représente les projets qui sont en cours d’exécution alors que le deuxième comporte les projets non engagés. Et ce sont ces projets-là qui font débat. Etant donné que la situation des finances publiques est délicate, nous devons prioriser et optimiser les investissements publics. On va revoir la faisabilité et la rentabilité socioéconomique de ces projets-là pour trancher et décider quels projets seront maintenus dans le prochain plan 2023-2025.

Le plan triennal est élaboré dans une conjoncture économique et financière difficile marquée par un tarissement des ressources financières. Comment le gouvernement va-t-il subvenir aux besoins de financement de ce nouveau plan ?

A vrai dire, on a un gisement et un potentiel de financement importants qu’il faut libérer. L’idée selon laquelle un plan de développement se résume à un plan d’investissements publics est fausse. Le plan de développement est une orientation stratégique qui englobe tous les acteurs. On espère que ce sera un plan de réformes et d’impulsion de l’initiative privée et de l’investissement privé. Le Partenariat public-privé constitue, en ce sens, un véritable gisement de financement qui va permettre d’alléger les pressions exercées sur les finances publiques. Les PPP ou certaines formes de PPP, essentiellement les concessions, sont des sources de revenus pour le budget de l’Etat et permettent de répondre à une demande de l’économie tunisienne. Il faut les encourager.

Qu’en est-il du processus d’élaboration du plan ?

En 2019, on a essayé de donner le coup d’envoi de la préparation du plan avec une circulaire qui annonce le démarrage des travaux. Malheureusement, en raison de l’instabilité gouvernementale et administrative, la circulaire n’a été signée qu’en 2020 par le gouvernement Fakhfakh. Et ce n’est qu’avec ce gouvernement qu’on s’est mis d’accord et on a engagé le processus. Aujourd’hui, on a entamé la deuxième phase relative à l’élaboration des stratégies sectorielles, des priorités et des orientations stratégiques. Le processus devrait aboutir à la mise sur pied d’un schéma d’investissement pour la période 2023-2025.

Parallèlement, et en collaboration avec l’Ites et tous les ministères, le département de l’Économie et de la Planification est en train d’élaborer la vision 2035 qui sera une première étape de la vision 2056. Nous sommes inscrits dans une trajectoire de continuité et de complémentarité avec tous les partenaires et toute la société, y compris la société civile et les partenaires sociaux. Le temps est trop limité, les délais sont très courts mais on compte beaucoup sur l’implication et la volonté de nos collègues et de nos partenaires pour relever ces défis.

Quels seront les priorités et les objectifs du nouveau plan ?

Les priorités sectorielles sont connues par tous. Il s’agit, d’abord, de la transition énergétique et réellement nous devons aller vers les énergies renouvelables. La transition énergétique va réduire la dépendance énergétique et alléger les dépenses de l’Etat liées à la subvention énergétique. La transition numérique est la deuxième priorité. Il faut dire que la pandémie du coronavirus a révélé que les pays avancés sur le plan numérique sont beaucoup plus résilients.

Ensuite, il y a l’intégration régionale et sociale. Il ne faut pas oublier que les ressources humaines sont la première richesse de la Tunisie. Le développement du capital humain reste, de ce fait, un des piliers du développement et l’un des axes sur lesquels nous devons travailler. Une autre priorité: la protection de l’environnement et de nos ressources, à travers la consécration de l’économie verte, l’économie bleue et circulaire. Malheureusement, la dégradation de la situation environnementale en Tunisie est inquiétante. Elle impacte énormément l’économie tunisienne.

Le mot de la fin ?

J’espère qu’il y aura plus de communication autour de ces travaux de préparation et je souhaite que tous les partenaires adhèrent activement au processus d’élaboration du plan. Je tiens à remercier mes collègues des différents ministères. Ce sont des gens dévoués, qui ont beaucoup de volonté pour faire cet exercice et revenir à la planification et à la visibilité. Parce que la planification est avant tout de la visibilité. Cette dernière évite tout dérapage et envoie un message rassurant aux investisseurs, aux partenaires techniques et financiers de la Tunisie ainsi qu’à la communauté internationale.       

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