Plusieurs régions tunisiennes ont connu les affres de la colonisation, même après l’indépendance du pays, le 20 mars 1956. La tragédie de Remada en mai 1958 s’inscrit dans ce cadre pour se greffer à celle de Sakiet Sidi Youssef en février 1958 et la bataille de Bizerte en juillet 1961…

Dans un ouvrage élogieux édité dernièrement, Mohamed Noureddine Dhouib nous décrit les étapes de cette tragédie en plein Sahara; en fait, il nous fait ressurgir une pénible histoire balayée par les vicissitudes du temps pour mettre en évidence l’effort colossal fourni par nos aïeux afin de nous transmettre le flambeau si cher de la liberté et l’amour de la patrie.

Qui est Noureddine Dhouib ?

Mohamed Noureddine Dhouib, originaire de Zarzis, voue un grand amour pour l’histoire militaire. Il est ingénieur diplômé de l’Ecole supérieure d’électricité de Paris et ancien directeur à la Steg.

Féru d’histoire contemporaine, il se trouve converti en véritable narrateur pour ne pas dire historien.

Il a auparavant édité quelques ouvrages : citons «la Tunisie dans le tourbillon de la Seconde Guerre mondiale» édité en 2013, «Un Tunisien au cœur du 3e Reich» paru en 2014 et «Bazar du Sud» édité en 2019, sans parler des différents articles d’analyse publiés à travers les journaux et magazines de la place.

Son récent ouvrage bilingue (version arabe et version française) qui s’intitule «Remada 1958, le destin tragique de la famille Béchir Nebhéni» s’apparente à un roman historique où les péripéties des événements sont bien décrites, les scènes bien narrées, les éclaboussures aussi. Le tout s’achemine vers la fin fatale ou le destin tragique du héros Béchir Nebhani, ce jeune directeur de l’école primaire de Remada qui fut lâchement assassiné par les forces militaires françaises, lui et sa famille composée de sa femme et ses quatre enfants, dans son propre établissement scolaire à Remada durant la nuit du 24/25 mai 1958. L’auteur a dû faire des investigations et mener un travail minutieux et de longue haleine en prospectant auprès des témoins et en se basant sur des documents puisés des archives étatiques.

Béchir Nebhani, fleuron martyr du savoir

L’auteur voue un grand respect au héros Béchir Nebhani puisqu’il était son maître de la 2e année primaire à Zarzis avant d’être nommé en 1958 directeur de l’école primaire de Remada. Selon Dhouib, B. Nebhani était un homme digne et imbu de patriotisme. Dans ce livre illustré de plusieurs photos, essentiellement du héros et de sa famille, ainsi que d’autres personnages politiques de l’époque, l’auteur a sciemment transmis l’allocution de Mahmoud Messadi, alors secrétaire d’Etat de l’Education nationale, qui n’a pas caché son désarroi quant à la lâche agression subie par ce jeune directeur d’école primaire qui a accepté  d’honorer sa mission  de dispenser son enseignement  à des enfants dans une région saharienne connue pour son climat aride et de se comporter tel un soldat au service du savoir en se tenant à Remada, non point pour combattre quiconque, mais pour  lutter contre l’ignorance  et élever la jeune promotion dans le respect des valeurs morales: Extrait de l’allocation de Mahmoud Messadi du 29 mai 1958.

Situation et conjoncture politique

Dans cet ouvrage, l’auteur décrit avec précisions et preuves à l’appui la conjoncture politique en Tunisie en cette période d’après-indépendance (20 mars 1956). Situation caractérisée par l’incursion des forces armées françaises d’Algérie sur le sol tunisien, qui pourchassaient les guérilléros algériens civils, principalement dans l’axe frontalier Nord-Ouest/Sud-Ouest. A cette époque, la guerre d’Algérie était à son apogée.

Aides et encouragements

L’auteur précise aussi que son livre n’aurait pu voir le jour sans l’aide et l’encouragement de plusieurs personnes, dont essentiellement le regretté George Micallef, témoin oculaire du drame de Béchir Nebhani.

Micallef est un Franco-Maltais nommé en 1956 directeur de l’école française de Remada qui s’est lié d’amitié avec son collègue B. Nebhani.

Bref, par cette œuvre d’histoire contemporaine, Dhouib a su et pu élaborer un travail passionnant et sérieux juste pour transmettre un message sous forme de reconnaissance. « Oui, reconnaissance des sacrifices et luttes menées par nos aïeux dans tout le territoire de la République pour que nous jouissions glorieusement du goût de la liberté et de l’épanouissement ».

Béchir Nebhani est un héros national, animé par  l’amour de la patrie.

Tarek ZARROUK

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