C’était comme si nous nous étions égarés dans un fief de monstres ! Des petites aux grandes bêtes en passant par celles qui s’apprêtent à éclore, toutes entraînent le visiteur à Central Tunis, désormais l’antre d’Amir Chelly jusqu’au 31 mars 2022. A travers son art, le créateur nous fait aimer ses propres « monstres ».

Cette déambulation artistique s’est faite au 42, rue Ben-Ghedhahem. Passants et visiteurs sont comme happés à l’intérieur, attirés par le son redondant d’une berceuse. Un son qui accompagne les plus curieux, une fois sur place, tout au long de la visite. « I’m a Monster » (Je suis un monstre) est bel et bien le titre révélateur de l’exposition-monstre d’Amir Chelly, jeune artiste tunisien, inscrit en thèse de doctorat à l’unité de recherche Esthétiques et Pratiques des arts de l’Institut supérieur des beaux-arts de Sousse. Chelly a participé furtivement à une exposition auparavant, bien avant d’arriver à mener à bout « I’m a Monster », sa première exposition officielle, tenue à Tunis.

Le travail dans sa globalité fusionne « peintures et sculptures », visible sur les murs de l’espace et au sol : une création élaborée dans une esthétique attrayante, riche en couleurs, en formes diverses et qui dessine le milieu où vivent ces monstres en apparence, pour la plupart, « presque » inoffensifs : des bestioles tantôt attachantes, tantôt repoussantes. L’exposition plastique échappe à l’espace – temps, prend place dans notre réalité ordinaire, en lui ajoutant un zeste de fantaisie,  de fantastique, le temps d’une découverte. Toutes les formes conçues et exhibées sur place par l’artiste déforment totalement notre imaginaire déjà développé autour de la figure des monstres, d’où cette volonté de la déconstruire. Un imaginaire collectif qui a puisé dans la littérature, la culture sérielle, les films, les dessins animés et qui est désormais enrichi par la touche de Chelly.

Des physiques hybrides, des yeux globuleux, des corps tantôt humains, tantôt animaliers, des visages déformés, des ailes d’anges ou des oiseaux sur des corps d’enfants, cette monstruosité exprimée  titille notre conception classique des monstres et offre une vision inédite, faite de plusieurs disciplines : une technique que l’artiste tient à appliquer. Trêve de frontières entre les disciplines. L’influence mythologico-grecque se fait d’ailleurs sentir dans son expo-monstre que l’artiste voudrait « transgressive », échappant aux normes.  Il dissocie l’aspect maléfique souvent attribué à la figure des monstres, ayant une présence « repoussante » et « effrayante », et souligne cette dualité oxymorique qui caractérise son travail truffé de notions contradictoires : le beau et le laid, la tristesse et la joie, la douceur et la crainte, la féérie et la monstruosité, le diabolique et l’angélique, le céleste et le terrestre. Une vision globale qui ne laisse pas le récepteur indifférent.  L’exposition monstrueuse d’Amir Chelly se poursuit jusqu’au 31 mars 2022, au 42, rue Ben-Ghedhahem, Central Tunis.         

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