Il est nécessaire d’envisager une solution plus souple et positive pour le déroulement des matches et, notamment, le recours aux stadiers en lieu et place des forces de l’ordre qui ont tendance à recourir au bâton. Les stadiers, formés à la gestion des supporters et des ultras, pourraient canaliser le trafic et calmer les foules. Quant aux forces de l’ordre, à bout de patience durant les matchs de football, elles pourraient souffler et s’occuper des affaires plus urgentes.

De nouveaux dérapages se sont produits lors du match opposant l’Espérance Sportive de Tunis à l’Union Sportive de Tataouine. La rencontre, qui s’est déroulée au Stade olympique de Radès, a comporté des scènes de grabuge dans les gradins qui ont pris pour cible les supporters présents. Des organisations et associations tunisiennes n’ont pas tardé à réagir dans un communiqué. Elles condamnent les pratiques humiliantes et agressives adoptées par les sécuritaires à l’encontre de supporters, de surcroît arrêtés, dans des conditions humiliantes juste après le match. Les associations ont estimé que ces pratiques rappellent celles d’un autre temps, sous l’ancien régime. « Les citoyens ont le droit d’exprimer leurs opinions et demander des comptes, en l’occurrence concernant l’affaire du jeune supporter du Club Africain, Omar Laâbidi », communique le collectif de signataires, dont le Snjt, l’Association de défense des libertés individuelles et EuroMed. Elles font porter la responsabilité de ces dépassements au ministère de l’Intérieur, le mettant en garde contre le sentiment de colère que de pareils agissements pourraient engendrer et ses conséquences.

Des événements fâcheux se sont produits par le passé, dont l’un a été particulièrement dramatique ayant ameuté l’opinion publique. Celui conduisant à la mort d’Omar Laâbidi, jeune supporter du Club Africain, retrouvé noyé le 31 mars 2018, à proximité du stade de Radès. Pour qu’on n’en arrive plus à ce genre de situations tragiques, pour assainir le climat de fréquentation des stades, on ne doit pas couper l’herbe sous les pieds des supporters. Au lieu de traiter le phénomène de la violence dans les stades, on continue de décréter des huis-clos dans certains matchs, d’annuler d’autres rencontres, « faute d’enjeu », de prendre des décisions arbitraires envers des groupes de supporters contre l’usage de fumigènes. Il faut cesser cet acharnement sur les supporters dans les stades pour que le spectacle soit total sur le terrain. Même si ces derniers ne sont pas irréprochables et qu’ils ont des démêlés avec les forces de l’ordre. A l’orée des matchs des play-offs décisifs pour le titre et des matchs de play-out pour le maintien, la tension va monter d’un cran et il y a fort à parier que de nouvelles scènes de violence se produiront tant que le climat n’est pas assaini.

Renouveler l’expérience des stadiers

Il est nécessaire d’envisager une solution plus souple et positive pour le déroulement des matches et, notamment, le recours aux stadiers en lieu et place des forces de l’ordre qui ont tendance à recourir au bâton. Les stadiers, formés à la gestion des supporters et des ultras, pourraient canaliser le trafic et calmer les foules. Quant aux forces de l’ordre, à bout de patience durant les matchs de football, elles pourraient souffler et s’occuper des affaires plus urgentes. Elles doivent lâcher du lest dans les stades pour que les supporters jouissent pleinement de la ferveur et de la passion que suscitent les matchs à enjeu sans prétexter et anticiper un comportement violent et répréhensible de leur part.

La seule présence des policiers peut être une raison pour les supporters rivaux d’en découdre, alors que leur absence peut les dissuader et leur apprendre à se contenter de l’esprit de fair-play que leur inculquent et transmettent les stadiers reconnaissables par leurs combinaisons fluorescentes. Humilier un supporter en le rabaissant à son état le plus vil n’est pas un signe que le football tunisien se développe, mais qu’il régresse inexorablement.

Nos stades sont devenus infréquentables, les tribunes de presse sont inaccessibles et inexploitables. Le beau jeu sur le terrain est le premier perdant avec des joueurs crispés et les nerfs à vif. Le deuxième perdant est le supporter qui risque sa vie pour soutenir son équipe. On n’a pas le droit de priver un supporter d’assouvir sa passion. Il faut réfléchir à améliorer le climat dans les gradins au lieu de tirer à boulets rouges sur les supporters et les ultras, comme s’ils étaient la lie de l’humanité.

On a bien de bons exemples de déroulement de chocs avec des gradins archicombles et de supporters rivaux sans dégâts, comme lors du dernier classico qui a opposé les équipes de l’Espérance Sportive de Tunis à l’Etoile Sportive du Sahel en Champions League africaine. Notamment la deuxième partie avec une présence massive des supporters sahéliens et une bien moindre des supporters espérantistes.

Le souvenir marquant d’un match qui s’est déroulé au stade d’El Menzah en 2010 entre le CSHL et l’EST porte le témoignage indélébile d’une violence policière qui a dépassé les bornes suite à des mouvements de foule dans la panique et une coupure d’électricité au stade. Il faut définitivement mettre fin à ces pratiques liberticides et honteuses qui tuent le football tunisien.

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