Les mouvements de protestations qu’a connus l’ensemble du pays, durant le mois de mars 2022, se sont accompagnés par des actes de violence à différents degrés.

L’Observatoire social du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (Ftdes) vient de publier le rapport du mois de mars 2022, qui porte sur les mouvements sociaux, suicides, violences et migrations. Dans son document, l’Observatoire social tunisien a rappelé que le traitement de la violence, qui reste dans le sillage de la crise économique et sociale que traverse le pays, nécessite une vision et une stratégie institutionnelles capables de lutter contre ce fléau afin de protéger les victimes.

Les violences familiales en hausse

En effet, le mois de mars 2022 a vu l’émergence du phénomène des violences faites aux femmes et aux filles, d’une part, aux enfants et aux personnes âgées, d’autre part. On a, également, enregistré une nette évolution des violences sexuelles et dans les taux de violence domestique, en particulier la violence conjugale et la violence contre les enfants. Pour la première fois, l’espace domestique a enregistré le pourcentage le plus élevé de cas de violence relevés avec 31,8%, ce qui représente un tiers des cas de violence enregistrés. De plus, exceptionnellement, le mois de mars 2022 a connu une hausse des taux de violence dans la sphère publique, qui a atteint les limites de 23% du total des violences observées et une nette évolution du niveau de violence économique, qui a atteint les limites de 25% compte tenu de la propagation des comportements spéculatifs au cours du mois et des pénuries de produits alimentaires et de consommation en général. A cet égard, la violence criminelle a conservé la première place dans la liste des formes de violence enregistrées se situant à moins de 56,8% du total et enregistrant une baisse par rapport aux mois précédents. Quant à la violence institutionnelle, elle n’a représenté que 15,9% du total des cas de violence observés.

Le rapport constate aussi l’existence d’une tendance à la sortie de la violence de ses espaces privés vers les espaces publics sous une forme spectaculaire théâtrale. «Peut-être que l’incident d’un père jetant ses deux enfants du toit de sa maison, que la bagarre qui a éclaté entre deux quartiers du Kef et les cas de violences mutuelles dans la rue en sont les meilleures preuves», souligne le document.

Un mécanisme de communication…

L’OST rappelle aussi que la violence sous ses diverses formes est en train de se développer et de se transformer progressivement en une composante des comportements sociétaux dans les espaces public et privé, devenant un mécanisme d’expression et de communication entre les citoyens.

«Dans la plupart des cas, les enfants, les femmes et les personnes âgées sont les groupes les plus vulnérables de la société et les groupes cibles de la violence et de diverses formes d’escalade… Progressivement, le phénomène de la violence a connu ses transformations psychologiques et sociales et est peu à peu passé de la violence contre soi (suicides, menaces d’immolation…) à la violence contre autrui et s’est accompagné par la cessation de la recherche de solutions communes au profit de la recherche de solutions individuelles», souligne-t-on.

32,6% de violence mixte

Dans les taux de violence enregistrés au cours du mois de mars 2022, le gouvernorat de Sousse occupe la première place, avec un taux de 18,2%, suivi du gouvernorat de Kairouan, qui a enregistré 15,9% du total des violences observées. Les gouvernorats de Kasserine, du Kef et Monastir, avec un taux de 11,4%, arrivent en troisième position, suivis de Tunis, Bizerte, Zaghouan, Ariana, La Manouba et Gabès à égalité avec un taux de 2,3%.

Dans sa majeure partie, la violence est individuelle, masculine ou mixte et comprend, dans des proportions proches, les femmes comme les hommes, où le pourcentage de violences contre les femmes au cours du mois de mars a été de 27,9 %, tandis que le pourcentage de violences contre les hommes se situait à 39,5%, et le pourcentage de 32,6% a été enregistré sous la forme de violence mixte.

L’Observatoire social tunisien appelle, une fois de plus, les structures concernées à accorder une grande importance à la propagation du phénomène de la violence sous ses diverses formes, d’autant plus que des rapports officiels sont en train de confirmer la gravité de ce phénomène. En se référant aux rapports émis par le ministère de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées, qui s’inquiète de la situation de l’enfance, on confirme à chaque fois qu’il existe des menaces sérieuses pesant sur l’enfance en Tunisie et qui nécessitent un examen sérieux. Il en va de même pour les rapports sur les femmes et les violences faites aux femmes, qui montrent une évolution dans leur ampleur voire dans leurs formes. Ces rapports confirment que la situation exige de toute urgence une évolution immédiate vers le développement d’une nouvelle vision sociétale au sein de laquelle les enfants, les femmes, les personnes à besoins spécifiques, les personnes âgées, les minorités et les autres groupes vulnérables peuvent être placés parmi les priorités des préoccupations des structures officielles de l’Etat et ses programmes de développement.

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