Bien que le document des réformes économiques, relatif aux négociations avec le FMI, soit « prêt et complet », selon le ministre de l’Economie et de la Planification, Samir Saied, et que « les négociations avec le Fonds sont sur la bonne voie », certains experts et financiers tunisiens restent encore craintifs.

D’après l’expert financier Moez Laâbidi, les hésitations du Fonds monétaire international (FMI) lors des négociations sont principalement dues la fragilité de la situation démocratique en Tunisie. Lors d’un passage sur les ondes d’une radio privée, il dresse un état des lieux de la dette publique à  la lumière des négociations avec le FMI. « On ne vit ni sous l’égide d’un régime dictatorial capable d’imposer certaines réformes ni dans le cadre d’un régime démocratique capable d’engager les réformes recommandées et les respecter. Le FMI a besoin de garanties concernant la mise en œuvre des réformes proposées par la Tunisie », a assuré Laâbidi.

L’expert financier a, par ailleurs, commenté les déclarations de la directrice du FMI, Kristalina Georgieva, sur l’avancement des pourparlers avec les représentants de la Tunisie, de l’Egypte et du Sri Lanka : «La Tunisie  jouit de la confiance du FMI  vu qu’elle n’a pas jusqu’à présent eu recours à la structuration de ses dettes ». Il a également ajouté: «Le FMI peut imposer à la Tunisie la restructuration de ses dettes comme condition pour la conclusion de l’accord.

Cette éventualité pourrait résoudre toutes les difficultés financières que traverse la Tunisie. En revanche, cette voie requiert une forte volonté politique pour relancer l’économie tunisienne en accélérant la transition énergétique afin de réduire les importations des hydrocarbures. Il faut une forte volonté politique et une vision claire sur le processus des réformes et sur leur pertinence. Ces réformes doivent toucher les secteurs stratégiques pour assurer une bonne relance de l’économie nationale ». Laâbidi a, par ailleurs, expliqué que  l’instauration d’une justice fiscale est la voie pour réussir les réformes afin de regagner la confiance des Tunisiens qui seront prêts à faire des sacrifices.

De véritables réformes pour sauver le pays

« Les solutions de facilité pour fournir les ressources financières sans s’engager à mettre en place de véritables réformes ne sauveront pas du marécage de la dette ». Pour Moez Laâbidi, les dettes tunisiennes auprès des bailleurs de fonds sont indiscutables et doivent être remboursées à terme. Par contre, les prêts bilatéraux accordés par les pays voisins et amis peuvent faire l’objet de négociation et cela relève du rôle de la diplomatie économique.

Pour ce qui est de la hausse de l’inflation, Laâbidi a mentionné que les pays qui connaissent une envolée de l’inflation et une baisse de l’épargne connaissent également une chute des investissements. « On ne peut miser sur les réserves en devises de la Tunisie qui ne cessent de baisser », a-t-il signalé.

Il a aussi expliqué que l’endettement n’est pas un problème dans l’absolu. « Ce qui importe, c’est la raison de cet endettement, surtout si les crédits seront affectés pour combler un déficit ou rembourser des dettes antérieures ». Selon Laâbidi, plusieurs Etats traversent des crises financières aiguës à cause du surendettement. Il a donné l’exemple de  l’Egypte qui  affronte une crise sans précédent malgré les réformes qui ont été engagées au niveau des subventions et de la rationalisation des dépenses de l’Etat. « Ces réformes ne peuvent pas être engagées dans un contexte démocratique ou de transition démocratique. La transparence de l’économie égyptienne est dialectique, surtout avec la dissimilation de plusieurs données par le gouvernement ». Ce pays a vu sa dette augmenter à travers les nombreux financements étrangers obtenus, « la dette souveraine égyptienne est à un niveau record et alarmant », a-t-il indiqué.

La dette pourra se creuser encore

Laâbidi a également expliqué que la sortie sur les marchés financiers extérieurs n’est pas la solution idéale, puisque le taux d’intérêt pourrait dépasser les 22% (en dollars) et 31% (en euros). « L’expérience a montré que ces taux sont abusifs et excessifs dans d’autres pays, comme l’Egypte ou le Sri Lanka, dont le taux d’intérêt a atteint 38% ».

Pour l’expert financier, il est évident que la crise de la dette tunisienne est en train de se creuser au fur et à mesure que l’Etat s’endette sans qu’il engage des réformes structurelles. « Même si la Tunisie parvient à obtenir des prêts avec de faibles taux d’intérêt, cela ne pourra pas résoudre sa crise économique et financière et ne fera qu’alourdir le fardeau des futures générations. Il est clair que les principales causes de la situation économique actuelle sont la crise de la dette publique, l’instabilité politique et le flou qui enveloppe l’organisation et les dates des élections », a énoncé Laâbidi.

Des réformes encore peu connues !

Pour sa part, l’expert économique et financier, Moez Hadidane, a estimé que la Tunisie peut obtenir des financements auprès du Fonds monétaire, surtout après la dernière déclaration de Georgieva qui atteste que les négociations avec la Tunisie avancent. Néanmoins, Hadidane a considéré que la déclaration de la directrice du FMI, Kristalina Georgieva, concernant la situation en Tunisie et les conditions imposées par le FMI au sujet de la restructuration des dettes de certains pays, est choquante. L’expert a considéré les indicateurs encourageants et la Tunisie doit présenter des sacrifices. « Aujourd’hui, le recours au FMI est inévitable. Il reste que la teneur de ces réformes qui seront proposées demeure, jusqu’à présent, inconnue et assez confidentielle », a-t-il assuré.

Pour Hadidane, « le FMI considère qu’il n’est pas possible de poursuivre les négociations avant que la Tunisie n’envisage la restructuration de ses dettes bilatérales avec les autres pays ». Il a expliqué que, d’après le FMI, la Tunisie n’est pas en mesure de rembourser ses dettes bilatérales, même dans l’hypothèse de la conclusion d’un accord avec le FMI, ce qui rend le recours au Club de Paris indispensable. « Le recours au Club de Paris pour la restructuration de la dette n’est pas un danger et la Tunisie serait, peut-être, contrainte d’y aller pour que les négociations avec le FMI aboutissent », a-t-il conclu.

Intervenant également sur les ondes d’une radio privée, l’expert économique, Ezzedine Saïdane, a affirmé que la publication des perspectives économiques de la Tunisie à moyen terme, par le Fonds monétaire international (FMI),  dépend des suites des négociations avec les autorités tunisiennes.

« Ces perspectives varient en fonction de la conclusion de cet accord. Et c’est pour cette même raison que les résultats des perspectives économiques de la Tunisie, à moyen terme, n’ont pas été publiés par le FMI ». L’expert économique a expliqué que la délégation tunisienne a présenté son programme au FMI, mais « les problèmes politiques et l’état d’exception en Tunisie ont compliqué le processus de négociation avec le FMI qui assume la responsabilité des financements accordés à certains pays.

Encore faut-il rappeler que la décision du FMI va influencer la position des bailleurs de fonds qui s’appuient sur l’évaluation et l’attitude du FMI pour accorder des prêts », a-t-il précisé.

Saïdane a ajouté : «Comme les agences de notation, le FMI s’intéresse aussi à la situation politique dans les pays qui le sollicitent ». Et l’absence de la ministre des Finances lors des négociations avec le FMI peut susciter la méfiance. Selon ses dires, « la ministre des Finances aurait dû être présente dans les travaux de négociation avec le FMI avec le gouverneur de la BCT, Marouane Abassi, et le ministre de l’Economie, Samir Saïed, surtout que la BCT est indépendante et ne peut s’engager à la place de l’Etat tunisien ».

Aram Belhadj, expert économique, a, quant à lui, publié un statut sur sa page facebook qui démontre que la non-publication des perspectives d’évolution de l’économie tunisienne à moyen terme, entre 2023 et 2027, dans son dernier rapport, représente un précédent. Selon le FMI, la poursuite des discussions techniques entre le FMI et le gouvernement tunisien, en attendant la conclusion d’un accord entre les deux parties, en serait la cause. « Cette décision inattendue laisse penser que le FMI n’est pas assez convaincu par le programme de réformes proposé par la Tunisie et par les promesses du gouvernement tunisien », a-t-il regretté.

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