Nous l’avons toujours rêvé, longtemps attendu, pour qu’enfin soit créé le Macam (Musée national d’art moderne et contemporain). Ses portes s’ouvriront vers la fin de cette année après une longue et interminable attente causée par de nombreuses contrariétés, la crise de la Covid et tout ce qu’elle a engendré comme retard. Mais aussi la création d’un musée est un travail de longue haleine. C’est une lourde entreprise qui nécessite un investissement et une implication totale pour mettre sur pied un espace, un lieu et surtout une collection à sauver, à préserver et à laquelle il faudrait assurer une pérennité et une visibilité. Notre art est une mémoire vive, un témoin de notre temps, un patrimoine national et un ambassadeur de notre culture, le rôle d’un musée est un rôle essentiel dans sa promotion et son développement.

Depuis sa création en 2018, la bâtisse qui lui a été réservée au cœur de la Cité de la culture nécessitait une action et une intervention à plus d’un niveau, aménagement, éclairage, scénographie et optimisation de l’espace pour qu’il puisse jouer son vrai rôle dans la dynamique culturelle, picturale et plastique. D’abord, réfléchir et redéfinir l’espace, le concevoir dans sa nouvelle fonction, et en faire un lieu, adapté à son activité avec le rayonnement souhaité à travers les différentes vocations qui lui sont associées. Aujourd’hui, les travaux sont en grande partie achevés, les différents espaces sont fin prêts à l’emploi, le bookshop, l’espace Kids, la Galerie, le centre de documentation, les réserves, l’atelier de restauration, la salle d’exposition permanente et la salle annexe réservée aux expositions temporaires… Cette phase essentielle, a été présentée lors de la conférence de presse qui s’est tenue mercredi soir sur les lieux et qui nous a permis de saisir l’ampleur des efforts fournis.

La directrice du Musée, Rabaa Jedidi, a tenu à apporter quelques précisions : «Tout d’abord, Macam Tunis a pour mission de rassembler le patrimoine pictural tunisien, le restaurer, le conserver, l’étudier et le partager. Créé en 2018, le Musée national d’art moderne et contemporain est le premier musée dédié à toutes les formes d’arts plastiques et visuels en Tunisie. Sa principale mission est d’assurer l’étude, la gestion, la restauration, la préservation et l’exposition d’œuvres artistiques, selon les normes muséales internationales, en plus de promouvoir les expériences visuelles et plastiques contemporaines», explique-t-elle, «il est également une plateforme à vocations éducative, esthétique et scientifique, un lieu de rencontres de toutes les tendances, fédérateur de synergies indispensables à la promotion du secteur des arts visuels tunisiens à l’échelle, aussi bien nationale qu’internationale».

Restauration, conservation et gestion de la collection

Au-delà des locaux et des différents espaces ouverts au public, un musée est aussi une collection à répertorier, collecter, conserver, restaurer et gérer. Et cela représente la partie cachée de l’iceberg. Un travail de passion, de précision et d’expertise assuré par Slim Drissi, conservateur, restaurateur responsable de collection du Macam. En présentant ce grand volet technique, il affirme qu’ «à l’occasion de l’ouverture officielle de Macam Tunis,  environ 2.300 œuvres ont été mises à la disposition de l’exposition inaugurale. Elles ont été transférées depuis les anciennes réserves d’arts plastiques vers des espaces pourvus de toutes les installations de sécurité et de contrôle climatique, garantissant des conditions de conservation optimales. Ces transferts, dirigés par le service de conservation du musée, ont été l’occasion de définir un projet pilote de mise en sécurité de l’ensemble de la collection nationale d’arts plastiques en vue de la programmation d’un chantier de collection». Et d’ajouter, «les réserves qu’abrite le Macam Tunis présentent actuellement des volumes et des surfaces adaptés aux différents formats des œuvres et garantissent une accessibilité facile aux aires de travail et aux salles d’exposition. Ils assurent une fonction essentielle au sein du musée en proposant une zone fonctionnelle de conservation, d’étude et de gestion de la collection. Les œuvres sélectionnées pour l’exposition inaugurale ont été étudiées, documentées et préparées à être présentées au public. Un protocole d’intervention précis a ainsi été élaboré pour chacune de ces œuvres, donnant suite à des interventions de conservation-restauration afin de stabiliser leur état de conservation et améliorer leur lecture. Ces actions ont été réalisées dans le respect des critères déontologiques définis par la charte d’Athènes : intervention minimale, réversibilité et respect de l’intégrité de l’œuvre», conclut-il.

Dans le but de perfectionner et d’assurer à bien cette phase sensible, le Macam Tunis est sur le point de créer un espace dédié à la conservation-restauration. Il aura vocation à entretenir, préserver et sauvegarder les œuvres. Son activité s’organisera en fonction des expositions temporaires, des prêts et des dépôts, de l’aménagement des espaces d’expositions et de l’agencement des réserves. L’atelier occupera une place centrale dans la vie du musée. En étant en étroite relation avec les réserves, sa fonction primaire sera de lutter contre les causes de dégradation des œuvres constituant les collections. La création de cet atelier au sein du musée sera aussi l’occasion de développer des méthodes d’introspections non invasives permettant de révéler toutes les informations historiques masquées par le passage du temps, afin de permettre une meilleure lecture de l’œuvre, de la replacer dans son contexte historique et dans certains cas prouver son authenticité.Un deuxième atelier verra le jour au Macam Tunis. Il sera destiné à assurer l’assistance technique de différentes activités du musée en permettant de réaliser tous les travaux muséographiques tels que le soclage, l’encadrement et les systèmes de présentation des œuvres.

L’exposition inaugurale

«“Lueurs d’Histoire” est le titre de l’exposition inaugurale, programmée pour deux années, qui vise non seulement à restituer l’histoire du fonds national, mais aussi à rappeler les grands sentiers de l’histoire de l’art en Tunisie depuis la fin du XIXe siècle jusqu’aux alentours de 1980. Aussi, l’exposition comporte une double dimension : artistique et documentaire, présentant plus de 200 œuvres et plus de 300 documents dont plusieurs inédits. A travers l’histoire de la constitution du fonds national, c’est aussi les divers lieux et manifestations artistiques du siècle dernier qui sont rappelés à la mémoire, tels que le Salon Tunisien, le Salon de l’Afrique du Nord, le Salon de l’Ecole des Beaux-Arts, les galeries et les lieux de culture où les acquisitions pour le compte de l’Etat furent faites», explique Mohamed Ali Berhouma, commissaire de l’exposition.

Plus de 5.000 articles périodiques ont servi les recherches, couvrant une période allant de 1894 à 1994, environ 300 pièces documentaires seront exposées en plus d’un apport de 150 pièces iconographiques. L’exposition «Lueurs d’Histoire» se présentera sur un parcours de 15 sections avec plus de 200 œuvres exposées, plus de 110 artistes représentés.

Nous y reviendrons en temps voulu avec plus de précisions.

Charger plus d'articles
Charger plus par Asma DRISSI
Charger plus dans Culture

Un commentaire

  1. PARAIRE Chantal

    04/05/2022 à 12:24

    Mr Berhouma
    Très heureuse qu’un musée d’art moderne et contemporain voit le jour à Tunis.
    Je suis la fille de René Paraire qui a fait ses études à l’école des Beaux-arts de Tunis vers 1938 avec Maître Armand Vergeaud comme enseignant.
    J’ai vu sur le site internet de fb l’Art en Tunisie que l’état avait acheté une nature morte de René Paraire lors d’une exposition.
    Si des œuvres de mon père sont exposées dans le nouveau musée pourriez-vous me contacter.

    Merci

    Chantal PARAIRE

    Répondre

Laisser un commentaire