A l’initiative de leur syndicat, les journalistes expriment, dans une marche de protestation, leur rejet de certaines pratiques qu’ils considèrent en contradiction avec la démocratie et la liberté. 

Le recul de la Tunisie de 21 points au classement mondial de la liberté de la presse est jugé un facteur de risque lié au rétrécissement de la marge de manœuvre médiatique, mais aussi un danger bien réel qui pèse lourd sur le devenir du métier et la sécurité de ses professionnels. Ainsi, toute la corporation, structures professionnelles et syndicales (RSF, Snjt, de la fédération générale de l’information relevant de l’Ugtt), ainsi que des organisations de la société civile ont tiré la sonnette d’alarme sur un acquis révolutionnaire aujourd’hui confisqué : la liberté de la presse et d’expression.

C’est ainsi qu’hier, à 11h, une marche de protestation a démarré, depuis les locaux du Snjt à Lafayette, longeant l’avenue de la Liberté, celle de Paris, vers l’artère principale de la capitale, emblématique de la révolution du 14 janvier 2011. Sur le parvis du théâtre municipal de Tunis, les manifestants ont scandé des slogans contre la répression de la liberté de la presse et d’expression. D’une seule voix, ils ont haussé le ton: « 4e pouvoir et non pas une autorité soumise », « liberté, un droit acquis », « le temps des instructions est révolu », et bien d’autres défendant la profession. Prenant la parole, le président du Snjt, Mohamed Yassine Jelassi, s’est prononcé sur la situation inextricable dont souffre le secteur sur le plan professionnel, politique et socioéconomique. Suite à quoi, l’homme de médias n’est plus à l’abri d’un danger bien réel. Il a fait passer trois messages clés aux autorités, en l’occurrence le Président de la République, la Cheffe du gouvernement et le ministre de l’Intérieur, leur demandant de cesser de leur fuite en avant. Il a appelé à respecter la liberté de la presse, tout en accélérant la suppression des circulaires 19 et 20 respectivement liées à l’accès à l’information et au droit syndical. Il a vivement dénoncé les agressions et les violences faites aux journalistes, recommandant de mettre fin à l’impunité.

2022, l’année la plus violente

D’ailleurs, le Snjt avait intitulé son rapport annule pour 2022 présenté, hier, lors d’une conférence de presse, « la liberté de la presse fait face à un péril imminent ». Son unité d’observation et de veille sur la sécurité des journalistes a, elle aussi, dénoncé la spirale d’agressions, de répression et de séquestration dont nombre de journalistes étaient la cible. En fait, 2022 a ainsi été jugée la plus violente depuis les cinq dernières années, où la violence de l’Etat faite aux médias avait atteint son paroxysme. Dans la mesure où l’on recense, dans la période allant du 1er mai 2021 au 30 avril dernier, 214 violations dont 123 commises par des Officiels. Les deux têtes de l’exécutif (gouvernement et présidence de la République), ainsi que la police sont, tous, pointés du doigt. Alors, l’Etat tunisien est-il en guerre contre ses médias ? Dans un tel climat répressif contre la presse, l’on se demande si le citoyen aura encore droit à une information libre et indépendante. Absolument pas, tant que l’Etat n’entretient pas de bons rapports avec les médias. 

crédit photo : © Koutheir KHANCHOUCH
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