Economie bleue : Et si on misait sur les industries de la mer ?

La sous-exploitation du secteur de l’économie bleue laisse un boulevard pour développer des activités maritimes, jusque-là méconnues.   

Entre tourisme, industrie navale, pêche, transport maritime…, l’économie bleue couvre un large éventail de secteurs d’activités maritimes.  Elle met la durabilité de l’exploitation de la mer au cœur des priorités économiques. C’est un secteur qui revêt une importance croissante, d’autant que les spécialistes estiment que si les océans et la mer étaient un pays, ils seraient la 7e puissance économique mondiale avec 24 mille milliards de PIB. En Tunisie, l’économie bleue représente un double enjeu: comment tirer davantage de profits d’un secteur sous-exploité, tout en préservant un littoral fortement menacé en raison de l’accélération du changement climatique ? Le secteur privé œuvrant dans l’économie bleue  a son mot à dire à ce sujet, puisque ses activités  reposent essentiellement sur la durabilité de  l’exploitation des ressources maritimes. Dans l’optique d’éclairer les problématiques liées au rôle du secteur privé dans le développement d’une économie bleue durable, le Club bleu, de l’organisation  Saison Bleue,  a organisé, mardi 26 avril 2022, un webinaire qui a réuni des acteurs économiques de la mer en Tunisie. 

La protection du littoral et  la durabilité de l’activité touristique

Livrant son témoignage sur l’importance de la protection du littoral pour  la durabilité de l’activité touristique, Mouna Ben Halima, P.-d.g. de l’hôtel la Badira, a déploré « l’inaction totale » des institutions publiques face à la dégradation des plages de  Hammamet.  Elle a fait savoir que suite à l’effondrement d’une falaise en 2012, l’établissement s’est rendu compte des risques qui pèsent sur son activité. Ce qui l’a poussé à prendre les choses en main et entreprendre des travaux d’enrochement et d’aménagement de la plage pour pouvoir accueillir les touristes. Un incident qui a amené l’établissement à épouser une démarche de durabilité, affirme-t-elle. Depuis, l’hôtel est désormais labellisé « Travelife » et Pavillon bleu, deux  certifications délivrées par des organismes internationaux qui attestent de sa gestion éco-responsable. Ben Halima  a, par ailleurs, souligné que le secteur du tourisme peut faire mieux, d’autant que les ressources maritimes sont sous-employées. Elle a déploré, à cet égard, l’absence d’activités nautiques, précisant que la décision de l’Etat d’exclure les hôtels de la gestion des bases nautiques a contribué à un nivellement  vers le bas de cette activité. 

Quel gâchis !

Abondant dans ce sens, Aly Ben Smida, CEO du chantier naval  Nottoy Boats, a souligné que  le secteur de la plaisance peine à démarrer en Tunisie. Si le pays, avec ses 1.300 km de côtes, compte 8 marinas et quelques trentaines de petits ports de pêche, le potentiel de l’industrie navale est très mal exploité en Tunisie, fait-il savoir. 

Au contraire, la courbe est en train de s’inverser : au cours des dix dernières années,  le pays a perdu 10 chantiers navals. Ben Smida explique cette tendance par plusieurs  facteurs qui plombent le marché local, la recrudescence des  conflits sociaux au sein de ces entreprises et  l’absence d’un centre de formation dédié à l’industrie navale.

Parmi les facteurs décourageants, il cite une pression fiscale qui pèse lourd sur le secteur, une législation rébarbative (un nombre énorme d’autorisations et de procédures administratives) et une  mentalité qui prétend que la plaisance est l’apanage des riches. Pour remédier à cette situation, l’intervenant appelle, dans ce cadre, à créer une « task force » rassemblant les différents acteurs de l’économie bleue  dans l’objectif de lever tous les freins qui empêchent son essor, mettre à plat le cadre réglementaire de l’industrie navale, alléger les procédures et supprimer les autorisations et les remplacer par des cahiers des charges. Il estime que le développement des aires de mouillage, la mise en place des spots aménagés, la priorisation de l’entretien naval sont autant d’actions nécessaires qui permettent de débrider le secteur. 

De son côté, Claude Miguet, directeur général du chantier naval CMR, a, en somme, mis l’accent sur les problèmes fiscaux qui pénalisent la compétitivité de l’activité de la réparation navale en Tunisie. 

Collaborer au niveau régional 

Soulignant l’importance du partenariat régional et international dans le domaine de la protection de la mer et des océans,  Paul Holthus, président du World Ocean Council (Conseil Mondial des Océans), a mis l’accent sur le rôle pionnier que peut jouer le secteur privé dans la réduction des impacts environnementaux des entreprises. Il s’agit, selon le responsable, de propulser des projets de partenariat en matière, notamment,  de gouvernance, planification spatiale et collecte de données, qui impliquent différentes industries au  niveau régional, dans l’objectif de préserver les écosystèmes marins. Il a, par ailleurs, annoncé que le Conseil va bientôt lancer un programme méditerranéen qui va réunir les entreprises et leur offrir un cadre commun pour travailler sur les priorités environnementales. 

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