Dans un préambule idéal sur les rapports entre le politicien et le médecin, entre le médecin et la politique ou le pouvoir politique, l’auteur se réfère à ce qu’a écrit en Allemagne, dans les années 60 du siècle dernier, Konrad Adenauer «il est difficile de faire adopter une loi contre 70 mille médecins qui prennent en charge 30 patients par jour». Il s’agit là d’une description précise de la place du médecin lors de cette période historique, et comment les médecins sont capables de modeler l’opinion publique électorale et son orientation en fonction de leur proximité avec le citoyen et la symbolique de cette relation. Au siècle actuel, caractérisé par l’entrée dans l’ère de la production massive et du consommateur unique comme décrit par Herbert Marcuse, ainsi que par la démocratisation de l’enseignement et l’évolution du système de la sécurité sociale et de l’assurance maladie, les médecins ont beaucoup perdu de leur aura et de cette magie d’influencer les individus et les collectivités similaires, par rapport à celle des religieux ou des hommes politiques. Mais ils sont demeurés politiquement et économiquement puissants, à des niveaux d’intervention différents. Dans le contexte tunisien, et pour disséquer la relation entre le pouvoir du médecin et le pouvoir du gouvernant/politique, on peut évoquer deux expériences différentes au niveau du contexte et du régime politique, mais elles se ressemblent quant à leur contenu. La première expérience est celle des années 70 du siècle dernier lorsque Hédi Nouira a essayé d’introduire des réformes fiscales pour améliorer la capacité de contrôle des revenus des médecins, mais les lobbys ont fait avorter dans l’œuf les tentatives du ministre. La deuxième expérience s’est produite après la révolution, la montée de «Nidaa Tounès» et l’investiture de Youssef Chahed en tant que chef de gouvernement lorsque ce dernier a essayé de refaire la même chose. Cependant, il a échoué à imposer un système de contrôle fiscal plus précis et plus audacieux sur les médecins après le déclenchement d’un mouvement de leur part et de leur machine à tous les niveaux, et leur alliance socio-corporatiste avec d’autres corporations (les avocats par exemple) contre cette réforme. Il est important ici de mettre en évidence la relation du médecin avec la politique en Tunisie et l’intersection de deux champs sociaux imbriqués, compliqués et complexes. En effet, et depuis «Saddam Hamza», médecin tunisien et grand scientifique, en passant par Habib Thameur, Mahmoud Materi, Ahmed Ben Miled, Slimane Ben Slimane et Saïd Mestiri, symboles des médecins ayant lutté contre le colonialisme et précurseurs de la médecine tunisienne, et en arrivant aux médecins syndicalistes, militants et opposants sous l’Etat de l’Indépendance, à l’instar de Hachemi Ayari et Slimane Ben Slimane et autres; il a été dit : «Ce qui ne dépasse en rien la médecine, est superflu pour la médecine…».

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