Remporter le tournoi de Madrid n’est pas à la portée de n’importe quelle joueuse. Grâce à son talent et à sa ténacité, Ons Jabeur a imposé son tennis et sa personnalité. Revenue de très loin alors qu’on l’a tous oubliée pour diverses raisons (mauvais encadrement, pénurie financière et blessures), Ons est aujourd’hui une grande parmi les grandes. Mieux vaut tard que jamais ! Peut-on dire que sa réussite et son éclat sont le produit d’un modèle de performance tunisien? Ceux qui aiment cette thèse disent qu’elle est le pur produit du circuit local du tennis depuis 2006, qu’elle a été suivie et encadrée par la FTT où elle a remporté le Roland-Garros junior 2011 et que son staff actuel est purement tunisien. Ce n’est pas complètement faux, mais en même temps, c’est réducteur et surtout un discours émotionnel.

Ons Jabeur, au niveau où elle se situe actuellement, n’a aucun rapport avec un modèle de performance tunisien.

Parce que tout simplement, il n’y en a pas. Toutes ces performances de haut niveau depuis des années sont le mérite du talent des champions et de leur persévérance. Ons Jabeur est l’énième exception de ce sport tunisien qui n’a ni compétences  ni argent pour accompagner ces champions. Elle est autonome et professionnelle : elle gagne de l’argent, elle a des sponsors et elle se charge de ses gros frais à ce niveau! Une joueuse du Top 10 n’a rien à voir avec la FTTennis, ni avec le ministère des Sports, si on vous raconte cela, c’est de la pure manipulation des esprits et de la récupération de son mérite.

Si Ons s’est métamorphosée depuis 2020 c’est qu’elle s’est remise de ses blessures et qu’elle a changé d’attitude pour améliorer quelques composantes de son jeu pour être plus aguerrie. Le plus important, c’est qu’elle a un talent fou, et un registre technique  que maintes joueuses du Top 10 n’ont pas. De plus, elle s’entend bien avec son staff tunisien qui lui a donné le plus. Pour le reste, quand elle a compté sur elle-même, sur ses sponsors et quand elle a  enfin profité de son poignet magique, elle a pu atteindre  le palier qu’elle méritait depuis déjà 10 ans. D’autres champions et championnes comme elle sont «broyés» par l’infernal et  insupportable modèle qui gère l’élite tunisienne. Elle, elle a eu la chance divine de revenir de très loin au moment où l’on pensait qu’elle était finie. Une énorme championne comme elle, ça ne peut qu’être une exception dans le marasme sportif actuel tunisien. Laissons-la  savourer ce qu’elle fait dans cette sphère professionnelle inouïe  où elle évolue!

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