La déchéance morale d’une grande partie de la société tunisienne est, malheureusement, de plus en plus évidente. Après plus de dix ans d’un modèle de vie hors du temps, les gens se sont endurcis et ont adopté des comportements brutaux qui nous étaient étrangers. Une nouvelle génération d’individus faisant fi de tous règlements et lois  est en train d’occuper tous les espaces (politiques, culturels, éducatifs, etc.). C’est, vraiment, une catastrophe sociétale qui se confirme au fil des jours et des semaines.

Les scènes de violence et d’agression font, désormais, partie de notre triste quotidien. Il ne se passe pas un jour sans qu’on entende parler d’un braquage, d’un blocage d’une d’entreprise, d’un rassemblement devant une institution étatique, etc.

Le vol à l’arraché commis dans le train de la banlieue sud (le 10 avril dernier) et qui a entraîné la mort d’une jeune fille est la goutte d’eau qui a fait déborder  le vase. C’est le dernier signal que tout pouvoir politique sérieux doit prendre en compte.

Dans le collimateur

Tout ce que l’on voit porte à croire qu’il y a une véritable dérive des mœurs et des valeurs. L’intensité de cette dérive est telle que la plupart des Tunisiens éprouvent une gêne qu’ils ne cachent plus. Bon nombre d’entre eux préfèrent quitter ce pays, même s’ils savent qu’ils vont l’abandonner entre les mains d’individus sans foi ni loi. Ce qui se déroule sous leurs yeux quotidiennement ne les incite pas à rêver d’un meilleur avenir pour cette terre. Les migrations clandestines sont le résultat d’un échec social total inexorable que tous les pouvoirs successifs n’ont fait qu’alimenter par des politiques économiques défaillantes.

En parallèle, nous constatons des discours qui incitent à de tels comportements. Les médias (presse de caniveau et télé poubelle) n’y vont pas de main-morte. Débats houleux et scandales à profusion meublent les grilles des programmes de ces chaînes TV ou radio. Des séries télévisées ou des feuilletons, venus de pays où le terrorisme est bien installé ou bénéficie de soutiens sans faille, sont diffusés à longueur de journée. Sans aucun respect pour les téléspectateurs, ces médias n’ont d’yeux que pour l’audimat et la recherche effrénée du sensationnel. Même la Watanya n’a pas dérogé à cette règle oubliant en cela qu’elle n’a pas le droit d’imposer ce que certains responsables croient valable. Les fictions proposées et financées par la Télévision nationale contiennent des scènes de violence insupportables pour les enfants et les personnes sensibles. C’est l’argent du contribuable qui est en jeu (impôts et redevances sur la facture de la Steg).

Censure, dites-vous ?

Il y a  des œuvres qui peuvent passer à la télévision, mais celles qui contiennent des scènes de violence ou immorales ne doivent pas passer. Et ce n’est pas de la censure. De telles fictions ont leur place dans les salles de cinéma. Et qu’on ne vienne pas soutenir le contraire ! Ce n’est pas un hasard que beaucoup de téléspectateurs repensent avec nostalgie à ce qu’on appelle la “censure” imposée (selon eux) aux “créateurs”. Pourtant, n’est-ce pas cette censure qui a permis de produire des dizaines et des dizaines de chefs-d’œuvre ? Il suffit de voir le grand nombre de rediffusion de séries à grand succès en leur temps. Cela était possible grâce à l’ingéniosité des créateurs qui savaient contourner tous les obstacles de la censure pour, finalement, parvenir à passer leurs messages et mener à bien leur noble mission. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où l’on voit des scénarios truffés d’inepties et de scènes n’ayant aucun lien avec notre vécu ou nos traditions tunisiennes. Les événements rapportés semblent venir d’un autre monde qui nous est tout à fait étranger.

Toutes ces productions mobilisent de gros budgets qui n’ont rien à voir avec une gestion saine des fonds alloués à cette institution publique. Malheureusement, les responsables qui sont à la tête des médias audiovisuels publics se croient tout permis au nom de ce qu’ils appellent une “ligne éditoriale” libre et indépendante. On voudrait bien qu’il en soit ainsi. Mais le Tunisien qui finance ces entreprises publiques n’est pas près de les livrer entre les mains d’un groupe de responsables qui imposent leurs lois et leurs choix. Qui ne sont pas, toujours, voire jamais, les attentes des téléspectateurs tunisiens. D’où l’importance d’impliquer ce téléspectateur (par les moyens adéquats) dans les grands choix et dans la préparation des grandes lignes de ce qu’on appelle la ligne éditoriale.

Demain : Laideur à grande échelle (II)

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