La ministre des Finances, Sihem Boughediri-Nemsia, affirme que l’engagement de la Tunisie en matière de transparence et d’échange de renseignements à des fins fiscales a permis d’intensifier les échanges avec les partenaires étrangers, ce qui a permis de détecter des comptes bancaires non déclarés, des activités occultes et des pratiques de transferts illicites.Les professionnels réitèrent leur engagement à soutenir la rentabilité et la croissance de l’entreprise et de l’économie dans ce contexte mondial, complexe et tendu.

C’est à Yasmine-Hammamet que la Fédération internationale des experts comptables et commissaires aux comptes francophones (Fidef) a choisi de célébrer son 40e anniversaire. Un choix qui, selon le président de la Fidef, Slaheddine Zahaf, dénote, entre autres, la réputation méritée dont jouissent les experts-comptables tunisiens. « Depuis que j’ai été élu membre du conseil d’administration de la Fidef, il y a cinq ans, j’ai travaillé pour que le  40e anniversaire de la Fidef soit organisé en Tunisie. Bien entendu, la Tunisie jouit quand même d’une excellente réputation en tant que pays et en tant que profession », a-t-il souligné dans une déclaration à La Presse

A cette occasion, un colloque rassemblant plus de 200 participants a été organisé, mercredi 11 mai, en présence de la ministre des Finances, Sihem Boughediri-Nemsia. L’événement a offert un  cadre d’échanges et de partage d’expériences, et a été une occasion idéale pour les professionnels de se pencher sur des sujets d’actualité brûlante. Ainsi, deux tables rondes thématiques ont permis d’apporter des éclairages sur la lutte contre le blanchiment d’argent et l’intégration de l’économie informelle en Afrique, et ce, à travers la présentation de diverses expériences qui ont été menées dans plusieurs pays francophones. Allant du Mali e du Maroc, qui se sont  mis, depuis plusieurs années, à trouver des solutions pour réduire la taille du secteur informel, jusqu’au Canada qui s’est doté de réglementations et d’un système  infaillibles de lutte contre le blanchiment d’argent, passant par la Tunisie qui a réussi, en un temps record, à sortir de la liste noire du Gafi. Les intervenants ont passé en revue les expériences réussies qui ont été conduites dans leurs pays respectifs. D’ailleurs, l’expérience tunisienne en matière de lutte contre le blanchiment d’argent a été qualifiée par la secrétaire de la fédération, Geneviève Mottard, de « fabuleuse histoire de succès ». Un succès qui devrait, selon Zahaf, inspirer d’autres pays aux prises avec ce fléau qui menace les économies nationales. « La Tunisie, qu’on le veuille ou pas, a réussi à mettre en place le RNE, qui est une structure fonctionnelle depuis  6 mois […] il y a des participants issus de 37 pays et ils doivent tirer les leçons de l’expérience tunisienne », a-t-il souligné. 

Echanges de renseignements

Ouvrant le débat, la ministre des Finances, Sihem Boughdiri-Nemsia, a mis l’accent sur le rôle que pourrait jouer la Fidef en tant qu’organisation professionnelle dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et dans l’intégration de l’économie informelle, et ce, à travers l’incitation des organisations membres  à s’engager dans des formations et des programmes portant sur la transparence, l’échange des données  et de renseignements, et sur les  réseaux de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale transfrontalière. 

La ministre a, à cet égard,  rappelé qu’en 2012, la Tunisie a adhéré au Forum mondial de la transparence et l’échange de renseignement à des fins fiscales, ainsi qu’à la convention multilatérale concernant l’assistance administrative mutuelle en matière fiscale, avec, en point de mire, le renforcement de la transparence et la lutte contre toutes les formes de délinquance financière.  Un engagement  qui a permis de mettre fin au secret bancaire et de mettre en place un système d’échange international de renseignements. Depuis, les échanges avec les partenaires se sont intensifiés : le nombre des demandes adressées à l’étranger est passé de 33 en 2016 à 264 en 2021. « Ces échanges de données ont permis de détecter des comptes bancaires non déclarés, des activités occultes et des pratiques de transferts illicites », a affirmé Nemsia.  

Evoquant les résultats du rapport 2020 du forum, qui porte sur l’évaluation de la Tunisie et sa conformité aux normes internationales en matière d’échange et de renseignement sur demande, la ministre des Finances  a souligné que  le niveau de supervision chez les experts-comptables est développé. « Le rapport d’évaluation de la Tunisie a bien démontré les progrès réalisés par l’Ordre des experts comptables tunisiens en matière de transparence et de lutte contre le blanchiment d’argent. Les experts-comptables tunisiens respectent les règles imposées, notamment l’obligation de s’assurer que la nature de la mission qu’ils acceptent n’est pas risquée. Ces derniers entreprennent des enquêtes de diligence avant d’accepter toute relation d’affaires », a-t-elle ajouté. 

Les pays, les entreprises et les modes de vie impactés

De son côté, Slaheddine Zahaf a mis l’accent sur  le rôle qu’a joué la Fidef au cours des dernières décennies dans le développement professionnel des experts comptables francophones. Pour le président de la fédération, ce qui unit les experts-comptables et les commissaires aux comptes francophones, ce ne sont pas les langues acquises, mais plutôt les valeurs universelles d’humanisme, d’équité, de droits, de liberté, de paix, de sécurité, de servir autrui et de respect de la vie et de l’environnement. Autant de valeurs portées par la francophonie. Evoquant les enjeux sociaux, économiques, sécuritaires et environnementaux auxquels fait face le monde aujourd’hui, le past-président de l’Ordre des experts-comptables de Tunisie a souligné l’importance que doit accorder, aujourd’hui,  la profession à ces défis. « Nos horizons doivent s’élargir, au-delà des nouvelles normes comptables et autres mesures, à un périmètre plus important, celui des nouveaux enjeux pour nos sociétés et pour notre planète. La responsabilité sociale, les changements climatiques, la lutte contre la précarité, l’ancrage de la solidarité méritent notre attention. Nous devons les prendre à bras-le-corps et les insérer au cœur de nos missions », a-t-il précisé. Et d’ajouter: «Nous devons aussi consolider la position de notre profession auprès des pouvoirs publics. Sans cette poussée collective continue, nous ne pourrons faire avancer la législation et moderniser la réglementation ». 

Evoquant la succession des crises (sanitaire, économique et géopolitique) que le monde a connues au cours de ces dernières années, Zahaf a fait savoir que le changement des équilibres stratégique, économique, financier et technologique impactera fortement les pays, les entreprises et les modes de vie. Il a, ainsi, estimé qu’un monde de vigilance, de transparence et  d’efficience est en train de naître. Et d’ajouter : « Dans ce nouveau monde, complexe et compliqué, notre responsabilité première, alors que persistent les diverses crises, est de sauver l’entreprise. Experts-comptables et commissaires aux comptes, nous nous trouvons ainsi projetés en première ligne au quotidien pour éviter à nos clients et partenaires tout naufrage, toute déperdition. Une lourde responsabilité, qui se poursuit pour susciter, accompagner et soutenir la rentabilité, la croissance, de l’entreprise et de l’économie ». S’adressant à la salle, Zahaf a, par ailleurs, invité les professionnels à participer à la Ticad 8, ainsi qu’au Sommet de la francophonie, deux événements d’envergure internationale qui se tiendront respectivement à Tunis et à Djerba.   

Faciliter l’investissement   

Dans son allocution, le président de l’Ordre des experts-comptables de Tunisie (Oect), Walid Ben Salah, a indiqué que les professionnels sont parfaitement conscients des embarras de la situation économique actuelle et sont plus que jamais déterminés à apporter à l’édifice « pas uniquement leur pierre, mais tout ce qu’il faut pour assurer la relance espérée et sécuriser les investisseurs tunisiens et étrangers». Evoquant les thèmes du colloque, Ben Salah a précisé que des efforts continuent à être déployés  pour faciliter l’investissement à travers notamment la suppression des autorisations, la simplification de certaines procédures et la lutte contre l’économie informelle. Il a ajouté, à cet égard, que la Tunisie dispose désormais d’un dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, conforme aux standards internationaux. Il constitue, selon l’expert comptable,  une précieuse garantie pour les investisseurs.

Faire barrière aux intrus à la profession  

De son côté, Mohamed Anis Aissa, président de la Compagnie des Comptables de Tunisie (CCT), est revenu sur les mutations de la profession. Accélérés par la crise de la Covid, ces changements qui s’opèrent, aux niveaux  technologique, économique et réglementaire, constituent, selon lui, des défis majeurs pour la profession. 

Aissa  a appelé la Fidef à parrainer et à soutenir la digitalisation des ordres professionnels et des cabinets comptables et à baliser la voie vers une reconnaissance mutuelle des diplômes professionnels comptables, afin de permettre une plus grande mobilité des professionnels au sein des pays francophones. Il a, par ailleurs, mis l’accent sur la nécessité de juguler le fléau de l’exercice illégal de la profession comptable dans les pays francophones. Un fléau qui touche particulièrement la Tunisie, puisque, selon une étude réalisée par la CCT,  le marché de la profession comptable est détenu à 58% par des intrus. C’est dans ce contexte que le président de la compagnie a appelé la ministre des Finances à appuyer les actions de la CCT  pour protéger la profession.

Il convient de rappeler que la Fidef a été créée en 1981 à l’initiative de plusieurs pays francophones. C’est une fédération internationale qui regroupe les instituts comptables des pays francophones. Il s’agit des ordres des experts comptables, des commissaires aux comptes, des experts-comptables agréés officiels, reconnus en tant que tels par leurs gouvernements. 38 pays sur 4 continents sont représentés par 54 organisations ou associations membres de la Fidef. Son président actuel n’est autre que Slaheddine Zahaf qui est past-président de l’Ordre des experts comptables de Tunisie, et ses deux vice- présidents sont de la Belgique et du Togo. Arnaud Debray en est le délégué général. 

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