Cette période de l’année coïncide avec le retour massif des Tunisiens résidant à l’étranger. Ces derniers opèrent dans plusieurs secteurs comme l’ingénierie, la médecine, l’architecture et l’enseignement aussi bien dans les pays européens que dans les pays arabes et africains. Au cours de la saison estivale, ils marquent une pause pour voir les parents et les amis et se reposer un peu avant le retour au pays d’accueil. L’apport des Tunisiens à l’étranger a été toujours important pour l’économie nationale, et ce, aussi bien en termes de transfert de devises pour les parents que pour l’épargne. D’après les chiffres disponibles, les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger sont de l’ordre de 4,5 milliards de dinars en 2017. Nos concitoyens à l’étranger ont toujours une idée en tête : créer un projet lors du retour définitif dans le pays pour assurer un revenu régulier et subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.
C’est pour cette raison qu’une partie de leurs avoirs en devises est transférée en Tunisie. Cette volonté de créer un projet en Tunisie est judicieuse, car elle permet de dynamiser un tant soit peu la vie socioéconomique et de créer des postes d’emploi. Lors de leur retour provisoire, certains émigrés importent des voitures, des équipements électroménagers et des produits divers dont des Smartphones et des moyens de communication les plus performants pour une utilisation personnelle. Cet investissement consacré à l’acquisition de biens personnels constitue aussi une priorité pour les résidents à l’étrangers qui pensent aussi au bien-être de leurs familles.

Les doléances formulées
En foulant le sol tunisien, nos expatriés constatent un changement dans le mode de vie et une infrastructure de base différente que celle des pays d’accueil. Ils doivent s’y adapter pour pouvoir communiquer et vivre dans cet environnement familial. Parmi les doléances formulées par nos concitoyens qui vivent à l’étranger, celles qui concernent les procédures administratives considérées compliquées et lentes, notamment au niveau des démarches auprès de la douane. L’intéressé est obligé d’attendre des heures pour obtenir un document administratif et peut même reporter sa demande pour un autre jour, ce qui décourage plus d’un promoteur potentiel à concrétiser son projet. Avec l’horaire d’été et la séance unique, la situation devient plus compliquée et il faut faire preuve de patience pour atteindre son objectif.
L’autre problème soulevé par nos émigrés concerne l’infrastructure de base qui a connu une dégradation avancée. D’abord, la circulation en voiture constitue un vrai calvaire dans la mesure où les rues sont exiguës et les embouteillages sont monstres. Il faut passer plus d’une heure pour aller de la sortie sud de la capitale à la place Pasteur. C’est que tous les fonctionnaires entrent et sortent en même temps. Les voitures particulières côtoient le transport collectif public et privé dans une même artère. Toutes les artères sont prises d’assaut, comme l’avenue de la Liberté, l’avenue Mohamed-V, la rue Saad Zaghloul et d’autres.

Manque de programmes d’animation
Les Tunisiens à l’étranger se plaignent également du manque des programmes d’animation qui leur permettraient de visiter certaines régions du pays, de connaître plus profondément les coutumes des habitants et de partager avec eux certaines valeurs. La seule solution pour eux est de passer la période de congé dans un hôtel de la place et de profiter de la mer et du soleil. Encore faut-il trouver une place vacante dans un hôtel, vu le nombre impressionnant de touristes qui ont réservé leur chambre. Il est nécessaire que les pouvoirs publics élaborent un programme d’animation et de loisirs pour les Tunisiens établis à l’étranger, comportant des visites dans les régions, des rencontres d’information sur les opportunités d’investissements dans les secteurs rentables avec les responsables des différentes administrations pour exposer leurs problèmes et obtenir des réponses à certaines interrogations.
Les cours en langue arabe pour les enfants des expatriés ne sont pas suffisants pour raffermir leurs liens avec la mère patrie. Cette action devrait être consolidée par l’organisation de voyages et d’excursions dans les régions intérieures pour vivre avec les habitants qui seraient ravis de partager certaines valeurs. A noter que le transfert des Tunisiens à l’étranger représente la quatrième source de devises pour la Tunisie, soit 5% du PIB et 20% de l’épargne nationale en 2017. Evidemment, ce taux change d’une année à l’autre en fonction des envois d’argent vers le pays.
Une conférence annuelle des Tunisiens établis à l’étranger est régulièrement organisée pour connaître leurs observations et doléances et émettre des recommandations qui seront adressées aux pouvoirs publics. Ces recommandations ne font pas toujours l’objet d’un suivi dans la mesure où certains problèmes ne sont pas résolus comme ceux qui concernent la lenteur administrative et la facilitation du dédouanement des objets importés de l’étranger. Par rapport à d’autres pays, les transferts des Tunisiens en devises sont considérés assez faibles. Les cadres travaillant à l’étranger sont beaucoup mieux payés qu’en Tunisie et mènent une vie décente dans les pays européens ou du Golfe. Ils peuvent, si les mécanismes sont disponibles, consacrer plus d’argent pour contribuer à la croissance par la création de nouveaux projets dans les régions de l’intérieur. Mais les handicaps administratifs constituent souvent un frein pour concrétiser les ambitions de ces jeunes qui veulent bien contribuer à la croissance de leur pays.

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