Faouzia Zouari raconte et se raconte. Schéhérezade des champs et des forêts, elle déroule les rets d’une voix magicienne et nous invite au pays de son enfance.             


Dans son dernier livre paru aux éditions Plon — « Par le fil je t’ai cousue » —, Faouzia Zouari évoque un univers hors du temps, un territoire enchanté  et une enfance à laquelle, il est vrai, quand on la connaît, il est difficile de croire. Elle raconte Ebba, son petit village natal, oscillant entre la ruralité crasse et la forêt magique.                                      Et on a envie de vérifier si Ebba existe vraiment sur une carte, ou si c’est ce fameux pays où l’on n’arrive jamais. Dans ce village vivant sous la férule de Sidi Askar, un saint ancêtre qui continue de gérer les morts et les vivants, se déroule le long fleuve tranquille d’une enfance qu’on croyait abolie depuis longtemps. Pas si tranquille en fait, d’après Faouzia Zouari.  Sous sa plume, elle fait se lever des mondes parallèles, où succubes et incubes dansent d’étranges sarabandes. Elle raconte un univers, un terroir, un sur-monde dont la tranquillité ne serait qu’apparente, dissimulant de frénétiques activités, des jaillissements de forces menaçantes que seul peut maîtriser Sidi Askar, bien sûr, mais aussi la mère, figure omniprésente et omnipuissante. 

Elle se l’était pourtant promis : la mère, à qui elle avait déjà consacré un livre —  « Le corps de ma mère » —, devait laisser place, dans celui-ci à d’autres personnages, d’autres allégeances, d’autres conflits, d’autres puissances.

Mais la force des mères est incommensurable, et elles acceptent rarement de rester à l’écart des sagas familiales. Celle-ci s’impose dans la trame du livre, dans ses refrains, dans ses dits et ses non-dits. La petite fille tranquille de l’époque — c’est du moins ainsi qu’elle se souvient avoir été —  n’essaie pas de se dérober à cette force, pas plus qu’elle ne se rebelle contre le carcan des  traditions de cette société rurale, naïve, fermée et brutale. Pas plus, d’ailleurs, qu’elle ne se révoltera à l’idée de suivre le destin de ses sœurs sorties tôt de l’école. Elle se reconnaît incapable de ruptures.

« Ce qui me ferait partir et acquérir peu à peu mes libertés ne devrait rien à une force de caractère, ni à la possibilité de suivre des modèles réels. Ce sont des contes, des rêves, des silences…».

Ce livre, en fait, se raconte difficilement. On y entre en pays inconnu, et on a du mal à en sortir !

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