Grâce à son impact sur la balance commerciale, mais également sur la durabilité des cultures céréalières, le développement de la filière colza en Tunisie est tout bénéfice. Selon Abdelaziz Bouhejba, président de l’Association pour l’agriculture durable (Apad), cette filière devrait être au cœur des priorités stratégiques de la sécurité alimentaire du pays. Rien qu’en considérant son potentiel, elle  a une importante capacité à prospérer à l’avenir.

Bouhejba a affirmé  que la production locale du colza est moins coûteuse que son importation et est moins exposée aux perturbations du marché et aux fluctuations des  prix. Il a souligné, à cet égard,  que la production de 30.000 t de graines au cours de l’année dernière a permis de réduire de 80 millions de dinars  les importations d’huile végétale. “ La production au cours de l’année dernière a atteint 30.000 t de graines. Cette quantité a permis de produire 10.000 t d’huile et 20.000 t de tourteaux. Cela a contribué à la réduction des importations, de l’ordre de 80 millions de dinars. Nous travaillons en tant que opérateurs privés et nous sommes  parvenus à alléger le déficit alimentaire, d’environ 10% sur la partie huile. Je pense que cela reste respectable comme résultat”, a-t-il affirmé dans une déclaration à La Presse. Il déplore l’absence d’étude par les autorités  qui soupèse les débouchés de la production du colza.

Le président de l’Apad a expliqué qu’un travail de communication doit être effectué pour sensibiliser aussi bien les consommateurs que les agriculteurs des bénéfices de la consommation et de la culture du colza en Tunisie.

Ainsi, il a identifié trois niveaux de communication: le premier est tourné vers les consommateurs qui doivent savoir que les agriculteurs tunisiens sont capables de produire de l’huile locale. “En termes de qualité, l’huile de colza est classée deuxième   après l’huile d’olive. C’est l’huile qui fournit les omégas 3 et 6”, a-t-il précisé. Il a ajouté que les éleveurs et les fabricants d’aliments de bétail ont intérêt à adhérer à cette filière, étant donné que leurs activités reposent sur l’importation du soja. “On a apporté un produit de remplacement qui peut entièrement remplacer le soja importé”, a- t-il fait remarquer.

Le deuxième niveau de communication s’intéresse à l’agriculteur. Bouhejba a, en ce sens, expliqué que  l’Apad  ne ménage pas ses efforts pour informer les agriculteurs et communiquer sur cette filière naissante. “Nous avons organisé 145 journées d’information sur les trois dernières années. En 2021, nous avons pu toucher trois mille agriculteurs lors des  différentes journées d’information de terrain. Aujourd’hui, il n’y a pas un seul agriculteur en Tunisie  qui n’a pas entendu  parler du colza et qui ne connaît pas ses bénéfices en tant que culture”, a-t-il ajouté. S’agissant du troisième volet de communication, il concerne l’administration. A cet égard, Bouhejba a indiqué que les autorités doivent considérer la culture du colza comme étant une priorité stratégique et mettre en place une stratégie permettant de développer cette filière prometteuse.

Il a fait savoir, dans ce contexte, qu’une étude réalisée par l’Apad a démontré que la culture du colza engendre une baisse de 100 millions de dinars des importations alimentaires.  Il a estimé que le rôle de l’Etat est de mettre à disposition des divers acteurs les mécanismes et les moyens nécessaires leur permettant d’augmenter leur production dans les années à venir. Expliquant que la culture du colza permet une bonne alternance aux céréales,  l’agriculteur a affirmé que cette culture contribue à la durabilité de la filière blé grâce à l’intégration  du colza dans les assolements céréaliers.“La mise en œuvre d’une stratégie nationale nécessite des moyens, des réunions et des gens qui comprennent déjà le concept.

On peut réussir cette filière. On a fait mieux que ça en Tunisie, mais on est bloqué en raison des vieux réflexes. Le ministère de l’Agriculture déclare que la production du blé est sa première priorité, mais une exploitation céréalière ne peut faire uniquement du blé. Il faut, toujours, une vue d’ensemble  et c’est ce qui nous manque malheureusement. Quand la crise ukrainienne s’est déclenchée, tout le monde avait les yeux rivés sur le blé. Mais en pensant uniquement blé, ce n’est pas durable. Nous en tant que Apad, on fait la promotion de l’assolement céréalier. Et c’est étonnant de voir que c’est le ministère de l’Agriculture, censé avoir les bonnes techniques, qui opte pour la monoculture, sachant que le facteur limitant l’augmentation de  la productivité, c’est la monoculture parce qu’elle a épuisé les sols”, a-t-il conclu.

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