Le fiasco politique a suscité chez les jeunes une grande déception et tué en eux tout projet futuriste. Aussi leur état dépressif les rend-il de plus en plus agressifs.

Légion sont les études menées sur le vécu de nos jeunes, leurs soucis, rêves et les objectifs auxquels ils aspirent très souvent, à l’aune des maux affligeants et l’avenir incertain qui les taraude. La toute récente enquête sociale de l’ONG « International Alert » vient de montrer que nos quartiers populaires à haute densité démographique sont trop marginalisés, suite à une politique de développement, jusqu’ici, pénalisante. Et que l’Etat n’a toujours pas été à l’écoute de la jeunesse. Au fil du temps, l’on a entendu parler de l’intérêt qu’il fallait accorder à cette population, le tiers de la société, et les forums de dialogue qu’on devait lui réserver à souhait. Mais, cela n’a abouti à rien et même les promesses qui lui étaient publiquement exprimées sont aussi parties en fumée.

Un modèle de développement pénalisant !

Ce fiasco politique a suscité chez les jeunes une grande déception et tué en eux tout projet futuriste. D’autant plus que leur état dépressif les rend de plus en plus agressifs. A l’école, dans la rue ou ailleurs, la violence est devenue monnaie courante. Une réalité, à n’en point douter ! Voire un danger banalisé. Et ce n’est pas tout. L’émergence d’autres comportements à risque liés à des clivages sociaux entravant toute forme de développement humain. L’échantillonnage auquel a procédé l’« International Alert » est basé sur des focus groupes dans trois quartiers populaires, à savoir Kabaria à Tunis, Kasserine nord et Tataouine nord, lesquels sont retenus comme « fiefs» où l’on culpabilise l’insécurité, l’anxiété, le chômage et la déscolarisation. Soit un constat réduit à une simple perception si péjorative, découlant, à vrai dire, d’un modèle de développement jugé punitif. A cela s’ajoute un certain désengagement institutionnel et moral. En cause, cette politique deux poids, deux mesures qui a appauvri les plus démunis.

Les jeunes de ces quartiers ont toujours été à la marge. Sans emploi, en dehors des structures d’accompagnement et de formation, leur vécu étant à la merci des aléas du temps qui passe. Tous ces préjugés sociaux dont leur esprit s’était imprégné ont gravement influé sur leurs comportements. Leur confiance en eux-mêmes et leur regard de l’autre. L’autre, c’est bien l’Etat, de prime abord. Puis, leur milieu immédiat et la société tout entière, en second lieu. Cela n’est pas sans impact sur leur état d’âme, leur psychologie sociale, mais aussi sur leur santé mentale. Ce sur quoi repose l’enquête réalisée dans ces trois quartiers précités, avec des outputs spécifiquement relatifs à l’anxiété comme indicateur de la santé mentale des jeunes et leurs comportements à risque adoptés. Au fur et à mesure, la délinquance juvénile demeure une qualité intrinsèque. Mais, elle n’est guère une fatalité, déduit le groupe d’enquêteurs. Cela dit, l’homme est le produit de la société. Un animal social, comme le disait Aristote.

Nos prisons ont-elles une vocation rééducative ?

D’autant plus que ces jeunes dépourvus de subsistance ont répondu n’avoir pas droit d’accès aux soins de proximité. C’est que la défaillance des structures de santé de base et l’absence de l’Etat-providence ont ajouté à cette crise sociétale. La réticence de ces jeunes à l’égard de la chose politique n’est plus à démontrer. Ainsi, tout a été étudié et quantifié à travers un échantillon de 1.250 interviewés de 18-29 ans. Violence, exploitation sexuelle, consommation des stupéfiants sont tributaires d’une injustice sociale. Cette injustice qui a dû provoquer un sentiment de frustration, d’exclusion et puis un comportement violent. En vérité, le volet quantitatif n’importe pas beaucoup. Un bon traitement socioéconomique s’impose. Car  même dans nos établissements pénitentiaires, comme le note l’étude, la qualité des prestations sociales et sanitaires fait encore défaut. Outre des lieux privatifs des libertés, nos prisons sont, hélas, devenues des milieux de violence et d’insécurité. Voire une machine à produire des récidivistes criminels. En sont victimes les jeunes de ces quartiers populaires. En tout cas, leur passage carcéral semble un grand témoin. D’où un nouveau projet sociétal s’avère nécessaire.

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Charger plus par Kamel FERCHICHI
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