• Noureddine Taboubi est catégorique : «Nous sommes dans la ligne de mire du pouvoir».
• L’Ugtt rejette le programme de réformes du gouvernement qu’elle accuse de «porter atteinte aux droits économiques et sociaux de tous les Tunisiens, en particulier le petit peuple et les salariés».
• Le parti «le Mouvement du 25 juillet» exhorte l’Ugtt à «abandonner la politique et à être fidèle à son rôle national».

Le divorce Ugtt-présidence de la République est-il consommé officiellement ?

La rupture Ugtt-Présidence du gouvernement est-elle déclarée elle aussi officiellement ?

Ces deux questions se sont invitées au débat national, à la faveur de deux déclarations incendiaires produites par Slaheddine Selmi, secrétaire général adjoint, et Noureddine Taboubi, secrétaire général de la centrale syndicale ouvrière.

En effet, mercredi 8 juin, Slaheddine Selmi a déclaré à l’agence Tunis-Afrique presse (TAP) : «L’Ugtt rejette le programme national de réformes présenté par le gouvernement dans la mesure où ce programme comprend un ensemble de mesures d’austérité qui exigent la suppression de la compensation et le désaveu des accords des augmentations salariales des agents du secteur et de la fonction publics».

Quant à Noureddine Taboubi, il n’a pas mâché ses mots pour crier, hier, textuellement : «La centrale syndicale est plus que jamais dans la ligne de mire du pouvoir en place».

Et sans le dire clairement, Noureddine Taboubi fait référence au Président de la République Kaïs Saïed que certaines parties et voix n’ont pas hésité à accuser publiquement de chercher à noyauter l’Ugtt et à y encourager un mouvement de scission dont l’objectif principal serait de pousser les syndicalistes mécontents de Taboubi et de son équipe actuelle à une action qui finirait par les évincer de la gestion de l’Ugtt et les remplacer par une nouvelle équipe et un nouveau S.G. plus dociles et plus compréhensifs et disposés à participer au Dialogue national et à cautionner les choix et les approches charriés par la dynamique ou le processus du 25 juillet 2021.

Mais pourquoi en est-on arrivé à vivre cette tension Ugtt – Présidence de la République, exacerbée notamment à l’occasion du démarrage du Dialogue national, samedi dernier, à Dar Dhiafa ? Une séance inaugurale à laquelle l’Ugtt a décidé de ne pas participer, les syndicalistes la qualifiant «de poudre aux yeux et dépourvue de toute notion participative».

Et Noureddine Taboubi d’affirmer, à plusieurs reprises, que les conclusions du Dialogue national, comme conçu par le Président de la République, sont déjà prêtes et que les participants n’auront qu’à avaliser des choix prédéfinis au service du projet politique du Président de la République.

Et si l’Ugtt se contentait de sa mission initiale ?

Coïncidence ou concomitance programmée à l’avance, le démarrage du Dialogue national au niveau de la commission des affaires sociales et économiques (à laquelle l’Ugtt a été invitée mais a décliné l’invitation) s’est produit le jour même de la présentation par le gouvernement Najla Bouden de son programme national de réformes. Et les observateurs et analystes de se poser la question : comment l’Ugtt va-t-elle réagir aux propositions par le gouvernement dans le cadre de son programme dit de réformes ?

Autrement dit, que va faire l’Ugtt qui a décidé de boycotter les travaux de la commission des affaires et économiques et sociales relevant du Dialogue national censé, selon son coordinateur général, le Pr Sadok Belaïd, baliser la voie à l’édification de la nouvelle République ?

Et la réponse de l’Ugtt n’a pas tardé à être annoncée par Slaheddine Selmi, secrétaire général adjoint : «Nous n’avons été consultés ni directement ni indirectement lors de la préparation et de l’élaboration de ce programme».

Il précise encore : «Le programme porte atteinte aux droits économiques et sociaux de tous les Tunisiens, notamment le petit peuple et les salariés». Donc, l’Ugtt rejette ce programme, d’autant plus que «le gouvernement, confie toujours Slaheddine Selmi à la TAP, n’a présenté à l’organisation aucune  proposition d’augmentation salariale et ne lui a pas envoyé d’invitation à une réunion de conciliation à la suite à l’annonce de la grève générale du secteur public prévue jeudi 16 juin». Du côté du parti «le Mouvement du 25 juillet» créé ces dernières semaines et soutenant les approches du Président Kaïs Saïed, on développe un discours totalement opposé à celui que défendent les syndicalistes de la place Mohamed-Ali allant jusqu’à exhorter «l’Ugtt à abandonner la politique et à renouer avec son rôle national et à recouvrer sa vocation initiale». Dans une conférence de presse donnée, hier, à Tunis, les responsables du parti soulignent : «Il est inacceptable que l’Ugtt s’oriente vers les affaires politiques. Nous appelons l’Ugtt à réviser toute sa politique, ses activités et ses devoirs envers la Tunisie».

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